Le Secrétaire général de la CITES appelle à prendre en urgence des mesures pour protéger les éléphants des groupes armés qui sévissent | dans le parc national de Dzanga-Sanga

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Un éléphant d’Afrique (Loxodonta africana)

Genève, le 8 mai 2013 – Le Secrétaire général de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES), M. John E. Scanlon, a exprimé sa vive inquiétude au sujet de la détérioration de la situation récemment constatée en République centrafricaine. D’après les informations dont il dispose, des groupes armés seraient entrés dans un site inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO situé à l’extrémité sud-ouest du pays qui jouxte le Cameroun et la République du Congo, où ils auraient peut-être commencé à massacrer des éléphants de forêt.

Aux dires de WWF et de divers médias, un groupe de 17 individus armés, dont certains avec des fusils de gros calibre, est entré dans le parc national de Dzanga-Ndoki le 6 mai 2013 et s’est dirigé vers Dzanga Bai, une vaste clairière connue dans la région sous le nom de « village des éléphants » où se rassemblent quotidiennement 50 à 200 éléphants qui viennent y boire les sels minéraux présents dans le sable.

Le parc national de Dzanga-Ndoki fait l’objet d’une surveillance dans le cadre du programme de suivi de l’abattage illégal d’éléphants (MIKE), conduit par la CITES, et le niveau de braconnage y est généralement inférieur à la moyenne de l’Afrique centrale.  Il s’agit d’un site isolé, qui a été relativement bien protégé, et il ne s’y est jusqu’à présent pas produit d’incidents de braconnage majeurs.

Le Secrétariat de la CITES a instamment prié tous les gouvernements de la région ainsi que les institutions pertinentes de l’Organisation des Nations Unies et d’autres organismes internationaux de prendre en urgence des mesures pour empêcher que la population d’éléphants qui vit dans le parc ne soit massacrée.  La CITES a également informé ses partenaires du Consortium international de lutte contre la criminalité liée aux espèces sauvages (ICCWC) de la menace imminente et a demandé à chacun d’entre eux de prendre contact avec ses divers réseaux pour les informer de la situation.

« Cette nouvelle est très préoccupante, car les récents incidents de braconnage des éléphants se sont produits à grande échelle, ce qui reflète une nouvelle tendance dans tout le continent africain, où des braconniers bien armés disposant d’armes sophistiquées déciment l’une de nos plus magnifiques espèces, souvent en toute impunité. Cette menace imminente pour les éléphants dans une zone isolée et relativement bien protégée préoccupe vivement la CITES et j’appelle la communauté internationale à coopérer et à prendre des mesures coordonnées pour éviter que ne se produise une nouvelle tragédie de l’ampleur du massacre d’éléphants qui avait été perpétré au Cameroun en 2012 », a déclaré le Secrétaire général de la CITES, M. John E. Scanlon.

Le mois dernier, le parc aurait été la cible de plusieurs attaques au cours desquelles du matériel aurait été dérobé dans des bâtiments administratifs et des équipements saccagés.  Saluant une récente déclaration de l’UNESCO, M. Scanlon a ajouté : « l’alerte donnée par la directrice générale de l’UNESCO, Mme Irina Bokova, vient encore renforcer notre inquiétude quant aux liens qui existent entre le trafic illicite des espèces sauvages et la sécurité régionale dans certaines parties de l’Afrique ». « Le Secrétariat de la CITES continuera de soutenir en tant que de besoin les autorités qui enquêtent sur l’implication des milices rebelles dans la criminalité liée aux espèces sauvages et qui luttent contre ces milices », a-t-il poursuivi.

A l’occasion de la 16e session de la Conférence des Parties qui s’est tenue en mars à Bangkok, la CITES a présenté des rapports sur l’augmentation des incidents de braconnage dans des sites inscrits sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO répartis dans toute l’Afrique. En août 2012, le Secrétariat a entamé des discussions avec l’UNESCO afin d’examiner dans quels domaines il serait possible d’accroître la collaboration entre l’UNESCO et la CITES, notamment en ce qui concerne le braconnage des éléphants et le commerce illégal de l’ivoire. Plusieurs zones de conservation, notamment le parc national de Garamba et la réserve de faune à okapis, mentionnés dans les rapports de la CITES sur l’abattage illégal des éléphants, sont des sites inscrits sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO.

Les décisions stratégiques et opérationnelles prises sur les questions de lutte contre la fraude lors de la 16e session de la Conférence des Parties à la CITES offrent aux Etats une base solide pour prendre des mesures concrètes en vue de faire chuter le niveau actuellement élevé du commerce illégal des espèces sauvages.

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Les Etats de l’aire de répartition connaissent actuellement une grave recrudescence de l’abattage illégal des éléphants et rhinocéros d’Afrique, ainsi que du commerce illégal de l’ivoire et de la corne de rhinocéros qui s’y rattache. Les données recueillies dans le cadre du programme de suivi de l’abattage illégal d’éléphants (MIKE) conduit par la CITES montrent que le niveau d’abattage illégal des éléphants s’est constamment accru depuis 2006, l’année 2011 ayant connu le niveau de braconnage le plus élevé depuis que des données ont commencé à être recueillies dans le cadre du programme MIKE, en 2002. Ces conclusions sont étayées par les renseignements fournis par le Système d’information sur le commerce de produits d’éléphants (ETIS), qui indiquent que la quantité d’ivoire saisie a continué de croître rapidement et qu’elle a aujourd’hui atteint son plus haut niveau sur la période de 16 années que couvre ETIS.

L’abattage illégal d’un grand nombre d’éléphants pour leur ivoire implique de plus en plus le crime organisé et, dans certains cas, des milices rebelles bien armées. Ainsi, dans le parc national de Bouba N’Djida, au nord du Cameroun, jusqu’à 450 éléphants auraient été abattus par des groupes rebelles venus du Tchad et du Soudan en février 2012. L’ivoire braconné serait échangé contre de l’argent, des armes et des munitions pour soutenir les conflits dans les pays voisins. Le Secrétaire général a, à l’époque, exprimé sa vive préoccupation à propos de cet incident, et, en réponse à cette insurrection, le Gouvernement camerounais a déployé 150 soldats dans le parc national pour aider les gardes forestiers à mettre un terme à l’abattage illégal. Un autre exemple de ce type de braconnage a été l’abattage illégal de 22 éléphants dans le parc national de Garamba, en République démocratique du Congo, en avril 2012. Ils auraient apparemment été abattus à coup de fusil depuis un hélicoptère par des hommes très entraînés, au cours d’un seul raid. L’ivoire a été emporté.

Le niveau de braconnage augmente dans toutes les sous-régions africaines, l’Afrique centrale continuant d’afficher le taux d’abattage illégal le plus élevé de toutes les sous-régions d’Afrique et d’Asie. La puissance de feu des gardes forestiers chargés de protéger les espèces sauvages, qui sont au front dans cette lutte, est bien souvent insuffisante. La criminalité liée aux espèces sauvages est devenue une sérieuse menace pour la sécurité, la stabilité politique, l’économie, les ressources naturelles et le patrimoine culturel de nombreux pays et le degré de réaction nécessaire pour répondre efficacement à cette menace dépasse souvent les seules attributions des agences de lutte contre la fraude en matière d’environnement ou d’espèces sauvages, d’un seul pays ou d’une seule région.

Cette situation critique démontre la nécessité de mettre en œuvre le Plan d’action pour l’éléphant d’Afrique qui a été créé sous les auspices de la CITES. Un Fonds pour l’éléphant d’Afrique a été inauguré en août dernier, lors de la 61e session du Comité permanent de la CITES. Il est géré par le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE).

Voir également :

  • Le Secrétaire général de la CITES exprime sa vive inquiétude au sujet des massacres d’éléphants constatés au Cameroun
  • Seizième session de la Conférence des Parties à la CITES, Bangkok 2013: un tournant dans la lutte contre la criminalité liée aux espèces sauvages
  • Consortium international de lutte contre la criminalité liée aux espèces sauvages (ICCWC)

 


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