Allocution de John Scanlon


Allocution de John E. Scanlon, Secrétaire général de la CITES,
à l’occasion de la 30e réunion du Comité de lutte contre la fraude, de l’Organisation mondiale des douanes  

Bruxelles (Belgique), 21 mars 2011 

 

M. le Secrétaire général,
M. le Président, 
Distingués délégués,
Mesdames, Messieurs

"Il y a de nombreux appels pour une synergie et une collaboration accrue entre les organisations intergouvernementales …il y a peu de meilleurs exemples de collaboration réussie que celle qui existe entre la CITES et l'OMD.."

C’est avec un très grand plaisir que j’ai accepté l’aimable invitation à prendre la parole devant ce Comité alors qu’il va commencer ses délibérations sur toute une série de questions touchant à la lutte contre la fraude. C’est ma première visite au siège de l’Organisation mondiale des douanes depuis que j’ai commencé à assumer le poste de Secrétaire général en mai dernier, et j’espère que cette visite sera suivie de nombreuses autres. 

L’an dernier, la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction, couramment connue comme la CITES ou la Convention Washington, a célébré ses 35 ans depuis son entrée en vigueur.

La CITES est une convention mondiale qui compte 175 Parties et l’adhésion de six autres pays est en bonne voie. Pour atteindre son but, qui est de garantir que le commerce international des spécimens de plantes et d’animaux sauvages ne menace pas la survie des espèces auxquelles ils appartiennent, elle requiert une coopération internationale, jour après jour.

Lorsque la CITES a été préparée, au début des années 1970, il a été reconnu que le contrôle aux frontières serait un élément absolument vital pour la réussite de la Convention. C’est en grande partie dû au travail des services douaniers du monde entier que la CITES est à présent considérée comme l’un des accords multilatéraux sur l’environnement parmi les plus réussis. Et ce sont les douaniers qui sont en première ligne pour empêcher ceux qui cherchent à voler les ressources naturelles de leur pays de faire passer leur contrebande à travers les frontières nationales.

La CITES et l’OMD ont des objectifs communs: faciliter le commerce légal et durable tout en veillant à ce que le commerce illégal soit détecté, intercepté et contrecarré de manière appropriée.

Les Secrétariats de la CITES et de l’OMD profitent de relations de travail très étroites, et ce, depuis bien années. Ces relations donnent un effet réel et pratique au protocole d’accord signé par nos deux bureaux en 1996. Au fil des ans, nous avons grandement bénéficié de l’enthousiasme et du dévouement manifestés par plusieurs membres du personnel du Secrétariat de l’OMD désignés comme nos interlocuteurs, et en particulier par notre contact actuel, Hui Fu. Je tiens aussi à consigner notre sincère appréciation de l’engagement personnel et du leadership dont le Secrétaire général Mikuriya fait preuve dans la lutte contre la criminalité en matière d’environnement.

Les relations de travail revêtent de multiples formes.

  • Dans le domaine du renforcement des capacités, l’enseignement par voie électronique et la formation face à face, en particulier dans les pays en développement. Initialement axés uniquement sur la CITES, ils se sont, ces dernières années, largement étendus grâce au partenariat “Douanes vertes”;

  • Dans la réunion et le partage de données sur les saisies, en particulier celles sur le commerce illégal de l’ivoire;

  • Dans le partage de renseignements, par le biais de nos Alertes CITES, pour aider à l’évaluation des risques, au ciblage et au profilage; et

  • Dans l’évaluation des contrôles du commerce national, où, par exemple, le personnel du Secrétariat de l’OMD s’est joint à nous pour examiner les mesures prises en Chine et au Japon pour le commerce de l’ivoire. Nous espérons que le personnel de l’OMD se joindra bientôt à nous pour conduire des missions techniques dans les Etats de l’aire de répartition du gorille pour aider à concevoir des stratégies visant à sauvegarder cette espère très menacée.

Le personnel de l’OMD a aussi participé activement aux équipes spéciales CITES sur la lutte contre la fraude et au groupe CITES de spécialistes de la lutte contre la fraude et nos deux secrétariats collaborent actuellement à l’élaboration de systèmes CITES de délivrance informatisée des permis.

Certes, nous reconnaissons que le commerce informatisé et la délivrance informatisée des permis sont des tendances nouvelles qui auront un impact important sur le commerce des espèces CITES. Nous avons donc tout fait pour que notre travail dans ce domaine respecte le modèle de données de l’OMD. Cela facilitera l’utilisation des e-permis CITES par les Parties et garantira que le commerce CITES reste légal, durable et traçable. Nous avons été très heureux qu’un cadre de l’OMD rejoigne, récemment, le groupe de travail CITES sur l’e-commerce. Le rôle des douanes est central dans son travail et les membres du groupe de travail tireront un parti considérable de l’expertise et de l’expérience de notre organisation.

Cependant, nous réalisons que la CITES et l’OMD, quelle que soit l’efficacité de leurs relations, ne peuvent pas tout faire à elles seules. Comme bien d’autres formes de trafic, le commerce illégal d’espèces sauvages implique de plus en plus des groupes du crime organisé qui utilisent des techniques de prélèvement et de contrebande sophistiquées, parallèlement à la violence et aux tentatives de corruption envers les cadres chargés de lutter contre la fraude.

C’est pourquoi j’ai été ravi par l’enthousiasme manifesté par le Secrétaire général Mikuriya lorsque le concept de Consortium international de lutte contre la criminalité liée aux espèces sauvages (ICCWC) a été formé fin 2009. J’ai été désolé d’apprendre que l’ampleur de ses tâches l’empêcherait de se joindre à nous pour le lancement du Consortium à Saint-Pétersbourg en novembre dernier, lors du Forum international sur le tigre accueilli par le premier ministre Poutine, de la Fédération de Russie. Je suis très heureux d’être ici aujourd’hui pour le remercier sincèrement en personne pour son engagement dans cette excellente initiative.

En réunissant la CITES, Interpol, l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime, la Banque mondiale et l’Organisation mondiale des douanes, l’ICCWC vise, par le biais de la collaboration et de la coordination, à appuyer les agences nationales, y compris, bien sûr, les douanes, pour renforcer l’action qu’ils mènent pour contrer le commerce illégal des animaux et des plantes protégés. Un groupe de spécialistes des cinq organisations partenaires s’est réuni le mois dernier au siège de l’UNODC à Vienne; le Comité en apprendra plus à ce sujet cette semaine. J’espère, M. le Président, que vous-même et vos collaborateurs conviendrez avec moi que c’est là une excellente occasion d’ouvrir une ère nouvelle dans la protection de la faune et de la flore rares du monde.

Je félicite le Secrétariat de l’OMD et les autorités douanières qui ont pris part récemment à l’opération GAPIN qui a ciblé les déplacements illégaux d’espèces sauvages au départ de l’Afrique. Cette initiative a été couronnée de succès; le Comité en apprendra plus à ce sujet cette semaine. Le Secrétariat CITES a eu l’honneur de fournir l’avis de spécialistes durant cette opération.

Le Secrétariat CITES recrute actuellement deux nouveaux membres pour travailler aux questions de lutte contre la fraude. Je ne peux pas prédire la sorte de formation qu’auront les candidats mais je serais très heureux que quelqu’un ayant une expérience des douanes rejoigne notre équipe à Genève.

M. Secrétaire général, M. le Président,

La Conférence des Parties à la CITES, de même que de nombreuses institutions de l’ONU et de politiciens et diplomates, demandent régulièrement davantage de synergie et de collaboration entre les organisations intergouvernementales.

Bien que je sois relativement nouveau à la CITES, je travaille aux affaires internationales depuis de nombreuses années et je suis convaincu qu’il y a peu de meilleurs exemples de collaboration réussie que celle qui existe entre nos bureaux en Belgique et en Suisse.

Je suis également convaincu qu’il y a peu de traités internationaux qui servent mieux les douanes que ne le fait la CITES.

Je sais parfaitement qu’aujourd’hui, les douaniers ont une multitude de tâches à remplir et une myriade de formes de contrebande à repérer. Distingués délégués, au nom de la CITES et de ses Parties, je vous remercie très sincèrement pour l’extraordinaire travail que vous accomplissez quotidiennement afin que partout dans le monde, les communautés locales puissent profiter d’un commerce durable des espèces sauvages tout en garantissant que les générations futures pourront voir et profiter des animaux et des plantes de notre planète dans leur environnement naturel.

Permettez-moi de souhaiter au Comité de lutte contre la fraude de l’OMD le plein succès dans ses délibérations et de vous assurer de notre appui continuel.

Merci.