La CITES et les ours polaires

Forum international sur la conservation des ours polaires et Réunion anniversaire 
des Parties à l’Accord de 1973 sur la conservation des ours polaires
 
Discours d’ouverture
 
John E. Scanlon
 
Moscou, Fédération de Russie, 4-6 décembre 2013
 
M. Sergey DONSKOY, Ministre des Ressources naturelles et de l’Environnement de la Fédération de Russie.
 
Mesdames et Messieurs les Secrétaires exécutifs des conventions sœurs, M. le Directeur général adjoint de l’UICN, M. le Directeur général du WWF International.
 
Honorables hôtes et invités, chers amis et collègues.
 
Nous tenons à adresser nos plus sincères remerciements au Gouvernement et au peuple de la Fédération de Russie pour l’accueil de cet important forum et pour avoir  invité la CITES à y participer.
 
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Ayant célébré le 40e anniversaire de la CITES en mars de cette année, c’est réellement un immense plaisir de revenir dans la superbe ville de Moscou pour me joindre à vous et célébrer le 40e anniversaire de la signature de l’Accord sur la conservation des ours polaires.
 
C’est en effet un endroit parfait pour célébrer votre 40e anniversaire compte tenu du rôle de premier plan des représentants russes - alors de l’URSS - au début des années 1970 dans la promotion de l’Accord, et des mesures prises ici dès 1956 pour protéger l’ours polaire.
 
Le texte fondateur de la CITES reconnaît que « les peuples et les États sont et devraient être les meilleurs protecteurs de leur faune et de leur flore sauvages ». Les États de la région de l’Arctique sont tous Parties à la CITES et ont également pris des mesures complémentaires en vertu de l’Accord pour protéger l’ours polaire.
 
Il existe une grande complémentarité entre nos deux instruments : ils portent tous les deux sur des espèces et sont particulièrement pertinents pour les communautés autochtones et locales et leurs moyens de subsistance - et l’Accord fournit un cadre approprié pour renforcer encore davantage la réussite de la mise en œuvre de la CITES.
 
En fait, la CITES fonctionne de manière symbiotique avec un certain nombre de conventions et d’accords régionaux et mondiaux portant sur des espèces particulières - comme la Convention internationale pour la réglementation de la chasse à la baleine ou la Convention pour la conservation et la gestion de la vigogne - et nous nous réjouissons du nouvel élan donné à l’Accord sur la conservation des ours polaires à l’occasion de son 40e anniversaire.
 
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Mesdames et Messieurs les délégués, l’ours polaire, comme tous les ours, a été inscrit à l’Annexe II lorsque la CITES est entrée en vigueur le 1er juillet 1975.
 
L’Annexe II de la CITES comprend 96 % des 35 000 espèces inscrites au titre de la Convention. Les espèces figurant à l’Annexe II ne sont pas nécessairement menacées d’extinction mais pourraient le devenir si leur commerce n’était pas strictement réglementé – afin de veiller à ce qu’il soit légal, durable et traçable. Le commerce international de ces espèces est autorisé à condition qu’il ne soit pas préjudiciable à leur survie dans la nature.
 
Moins de 3% des espèces inscrites à la CITES figurent à l’Annexe I. Elles sont menacées d’extinction et les échanges commerciaux les concernant sont généralement interdits.
 
Bien que le nombre d’échanges commerciaux de spécimens d’ours polaires soit beaucoup plus élevé, il est estimé, en ce qui concerne les individus entiers (peaux et trophées), qu’environ 400 à 500 ours polaires font l’objet de commerce international chaque année. Près de 80 % de ces exportations proviennent d’un même État de l’aire de répartition.
 
La conservation et l’utilisation durable des ours polaires ont été longuement débattues lors des dernières réunions de la Conférence des Parties à la CITES (CoP) et très récemment lors de la CoP 16, tenue à Bangkok en mars de cette année.
 
Ces débats ont largement tourné autour de propositions visant à transférer l’ours polaire de l’Annexe II à l’Annexe I, ce qui interdirait d’une manière générale tout commerce international de l’espèce.
 
Ces propositions sont fondées sur les inquiétudes relatives à l’impact du changement climatique sur la banquise qui sert d’habitat à l’ours polaire, et sur la manière dont cela exacerbera d’autres menaces potentielles pour l’espèce, telles que l’utilisation et le commerce international.
 
Les débats sur ces propositions ont suscité l’intérêt de toutes les Parties à la CITES – ainsi que des groupes concernés par la conservation et par le droit des animaux, et également des peuples autochtones et locaux dont les moyens de subsistance sont intimement liés à l’ours polaire et à son habitat.
 
Lors des deux occasions récentes au cours desquelles des propositions ont été émises – en 2010 et 2013 – un débat riche et très intense a eu lieu entre les Parties et tous les acteurs concernés. Celui-ci n’ayant pas abouti à un consensus, il a été suivi d’un vote des Parties à la CITES.
 
À chacune de ces occasions, la CoP de la CITES a décidé que les critères d’inscription de l’ours polaire à l’Annexe I de la CITES n’étaient pas remplis.
 
Ces décisions ont pour effet de maintenir l’inscription de l’ours polaire à l’Annexe II de la CITES, ce qui permet aux échanges commerciaux de continuer dans des conditions strictement réglementées - si un État décide d’autoriser le commerce de cette espèce.
 
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Mesdames et Messieurs les Délégués, la situation au titre de la CITES n’est pas statique et le Comité CITES pour les animaux, l’un des deux comités scientifiques de la CITES, examine régulièrement les niveaux du commerce international des spécimens d’ours polaire par rapport à l’état de conservation de l’espèce.
 
À ce jour, le Comité n’a pas identifié, d’un point de vue biologique, de problèmes concernant la durabilité du commerce autorisé - mais si des problèmes devaient être identifiés à l’avenir, y compris en ce qui concerne les impacts du changement climatique sur la banquise, le Secrétariat se tournerait alors vers l’Accord pour des conseils et pour coopérer, comme il l’a fait en 2010 et 2013 au sujet des deux propositions examinées par la CoP de la CITES.
 
Compte tenu de la nature des récents débats, il convient également de noter que les deux comités scientifiques de la CITES ont identifié des points clés concernant les impacts du changement climatique sur les espèces CITES, et notamment ce qui suit :
 
« Les effets du changement climatique pourraient exacerber les facteurs de stress existants ou modifier les processus environnementaux, écologiques et physiologiques complexes existants »
 
Par conséquent, on peut s’attendre à ce que les questions du commerce international de l’ours polaire et de sa conformité avec les dispositions de la CITES restent d’actualité encore pendant un certain temps.
 
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Mesdames et Messieurs les Délégués, l’importance continue de la CITES a été reconnue par les chefs d’État et de gouvernement lors de la Conférence des Nations Unies sur le développement durable, Rio+20, tenue l’année dernière, où la Convention a été décrite comme un accord international qui se situe au carrefour du commerce, de l’environnement et du développement.
 
La nature et l’ampleur du débat sur l’ours polaire dans le cadre de la CITES est un exemple concret de la façon dont ces trois questions sont étroitement liées et dont la Convention les traite - et l’expérience acquise sur ces sujets dans le cadre de la CITES pourrait s’avérer utile aux négociations et débats actuels sur les Objectifs de développement durable et sur l’Agenda post-2015 pour le développement.
 
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Honorables hôtes et invités, chers amis et collègues, nous nous réjouissons de continuer à travailler en étroite collaboration avec l’Accord pour les 40 prochaines années - et nous vous remercions de votre coopération continue visant à assurer la survie de l’ours polaire dans la nature pour la génération actuelle et toutes celles à venir.