Notification aux Parties

14 mai 1999

Jonathan Barzdo
CITES Secretariat
Geneva Executive Center
15, chemin des Anémones
1219 Châtelaine

Suisse

Concerne: 11e session de la Conférence des Parties: Proposition du R.-U. d'inscrire le requin pèlerin (Cetorhinus maximus) à l'Annexe II de la CITES

Monsieur,

Veuillez trouver, ci-joint, une proposition du R.-U. d'inscrire le requin pèlerin (Cetorhinus maximus) à l'Annexe II de la CITES à la prochaine session de la Conférence des Parties, à Gigiri, en avril 2000.

Compte tenu du grand nombre d'Etats de l'aire de répartition de cette espèce, nous prions le Secrétariat de transmettre cette proposition aux Parties conformément à la procédure énoncée dans la résolution Conf. 8.21.

Un résumé des principaux arguments en faveur de cette inscription est joint à la proposition. Ces arguments sont les suivants:

  • le requin pèlerin est inscrit comme "Vulnérable" sur la Liste rouge de l'UICN
  • Sa maturation est lente, sa longévité longue, sa fécondité faible et sa période de gestion longue. Ces caractéristiques, ainsi que la facilité de sa capture, en font une espèce particulièrement vulnérable face à la surexploitation
  • Des déclins rapides ont été enregistrés dans les pêcheries axées sur cette espèce
  • Ses ailerons, facilement identifiables, ont une valeur de plus en plus élevée sur le marché international
  • L'espèce figure dans le plan de la FAO parmi les 20 requins les plus vulnérables face à la surpêche.

Nous restons dans l'attente des résultats que le Secrétariat recevra.

J.P. Claxton

 

Proposition d'inscrire le requin pèlerin (Cetorhinus maximus)

à l'Annexe II de la Convention sur le commerce international

des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction (CITES)

(révision du 13 mai 1999)

Résumé

  • Le requin pèlerin (Cetorhinus maximus) est largement réparti dans les eaux côtières et sur les plateaux continentaux des zones tempérées de l'hémisphère nord et de l'hémisphère sud. C'est une espèce planctonivore et ovovivipare (portant un petit nombre de jeunes vivants); c'est le deuxième poisson au monde par la taille (il peut atteindre 10 m et peser 5-7 t) après le requin baleine Rhincodon typus.
  • C. maximus figure comme "Vulnérable" sur la Liste rouge de l'UICN de 1996 sur la base des données passées sur ses populations, en déclin du fait de l'exploitation par les pêcheries, du taux de rétablissement lent et de la possibilité de futurs déclins similaires dus à la pêche ciblée et aux prises incidentes.
  • La biologie de l'espèce la rend particulièrement vulnérable face à l'exploitation; elle est extrêmement K-selected, même pour un requin. Son taux de croissance est lent et elle atteint lentement la maturité sexuelle (en 12 à 20 ans); sa période de gestation est longue (1-3 ans), avec intervalle similaire entre les portées ; sa fécondité est faible (la seule portée enregistrée comportait six très grands jeunes), et ses populations probablement petites. Quoi qu'il en soit, l'espèce n'a pas été bien étudiée et de nombreux aspects de sa biologie restent à élucider. Son comportement, consistant à se prélasser à la surface, la rend vulnérable face à la pêche au harpon.
  • Peu de pêcheries de C. maximus (en particulier dans le NE de l'Atlantique) ont été étudiées et lorsqu'il y a des données, elles suggèrent des réductions de stock de 50-90% sur de courtes périodes (quelques décennies ou moins). Ces déclins ont persisté sans rétablissement apparent plusieurs décennies après l'arrêt de l'exploitation. D'autres données, fondées sur des observations et sur des pêcheries aux données moins bien enregistrées, suggèrent un déclin similaire. Des facteurs autres que l'exploitation, tels que des changements océanographiques et dans la nourriture disponible, doivent également être pris en compte.
  • Les requins pèlerins étaient chassés traditionnellement pour leur foie, qui donne une huile riche en squalène. Ce marché a maintenant été largement remplacé mais la demande d'ailerons de C. maximus a augmenté. Les ailerons provenant en particulier du NE de l'Atlantique sont vendus dans le commerce international à destination de l'Asie de l'est où ils atteignent des prix élevés comme produit alimentaire frais ou séché. Cette demande assure actuellement la rentabilité des pêches ciblées sur cette espèce et incite aux prises incidentes. Un seul C. maximus peut donner plus de 90 kg d'aileron dont le prix atteint USD 100-300/kg (séché) et USD 26/kg (frais). Les ailerons entiers se vendent à plus de USD 6000. Les ailerons non traités sont identifiables dans le commerce. La demande de viande et de cartilage de ce requin est limitée.
  • Cette espèce remplit les critères énoncés dans la résolution Conf. 9.24, Annexe 2a, Bi: "il est établi, déduit ou prévu que le prélèvement de spécimens dans la nature aux fins de commerce international nuit ou pourrait nuire à l'espèce car il excède, sur une longue période, le niveau pouvant être maintenu indéfiniment". L'espèce remplit également le critère de l'Annexe 1, Ci & ii: "Un déclin en cours ou passé a été observé et est déduit ou prévu sur la base des niveaux ou modes d'exploitation.

L'espèce n'est protégée que sur une partie limitée de son aire de répartition (dont le Royaume-Uni) et aucune pêche n'est correctement gérée. La présente proposition vise à contribuer à ce que l'exploitation de cette espèce globalement menacée soit réglementée et suivie et à ce que le commerce international ne nuise pas à sa survie. Compte tenu des lacunes inévitables dans les données sur cette espèce peu étudiée, le principe de précaution (défini dans la résolution Conf. 9.24) devrait être suivi. L'inscription à l'Annexe II contribuera en partie à la mise en œuvre du Plan d'action international de la FAO pour la conservation et la gestion des requins, récemment approuvé à Rome. Elle pourrait également encourager la gestion des pêches et la recherche sur les aspects mal connus de cette espèce, afin de garantir la durabilité à long terme des prélèvements.

Proposition d'inscrire le requin pèlerin (Cetorhinus maximus)

à l'Annexe II de la Convention sur le commerce international

des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction (CITES)

A.

Proposition

Inscription du requin pèlerin (Cetorhinus maximus) à l'Annexe II de la CITES

B.

Auteur de la proposition

Royaume-Uni de Grande Bretagne et d'Irlande du Nord

C.

Justification

1.

Taxonomie

1.1

Classe

Chondrichthyes (sous-classe Elasmobranchii)

1.2

Ordre

Lamniformes

1.3

Famille

Cetorhinidae

1.4

Espèce

Cetorhinus maximus (Gunnerus, 1765)

1.5

Synonymes scientifiques

Halsydrus pontoppidani (Neill, 1809); Tetroras angiova Rafinesque, 1809; Squalus gunnerianus Blainville, 1810; Squalus homianus Blainville 1810; Squalus pelegrinus Blainville, 1810; Squalus peregrinus Blainville, 1811; Squalus (Cetorhinus) gunneri Blainville, 1816; Squalus (Cetorhinus) shavianus Blainville, 1816; ? Scoliophis Atlantiqueus Anon., 1817; Squalus isodus Macri, 1819; Squalus rostratus Macri, 1819; Squalus elephas LeSueur, 1822; Squalus rashleighanus Couch, 1838; Squalus rhinoceros Mitchell, en DeKey, 1842; Squalus cetaceus Gronow, 1854; Polyprosopus macer Couch, 1962; Cetorhinus blainvillei Brito Capello, 1870; Selachus pennantii Cornish, 1885; Cetorhinus maccoyi Barrett, 1933; Cetorhinus maximus forma infanuncula Deinse & Adriani, 1953; Cetorhinus maximus normani Siccardi, 1960.

1.6

Noms communs

angl.

Basking shark, (sunfish ou sailfish, hoe mother)

gaël.

Cearban (Ecosse), liabhán mór, liabhán chor gréine (Irlande)

fran.

Requin pèlerin

Esp.

Peregrino

All.

Riesenhai

Ital.

Squalo elefante

1.7

Numéro de code

2.

Paramètres biologiques

2.1

Répartition géographique

Eaux tempérées des plateaux continentaux et insulaires; l'espèce observée très occasionnellement au large dans les eaux océaniques mais le plus souvent très près des côtes. Elle n'a pas été enregistrée dans les eaux tropicales; les spécimens observés dans les zones les plus chaudes étaient souvent des animaux échoués, ou morts ou moribonds. On peut en observer dans les eaux boréales en été. Bien qu'ayant une vaste répartition géographique, ces requins sont peu souvent observés sauf dans quelques zones côtières privilégiées où on les voit d'ordinaire en grand nombre une partie de l'année.

L'espèce est répartie dans l'Atlantique Nord, de la zone de convergence entre les eaux de l'Atlantique et celles de l'Arctique [Newfoundland (Canada), golfe du Maine (E.-U-), sud et ouest de l'Islande, au large du cap Nord de la Norvège et dans l'ouest de la mer de Barents et de la mer Blanche], la Méditerranée (au moins jusqu'en Turquie) et au sud jusqu'au Sénégal (peut-être seulement des spécimens morts ou échoués) et en Floride, E.-U. (spécimens moribonds à l'extrême sud de l'aire de répartition).

Dans l'Atlantique Sud, l'espèce a été enregistrée du sud du Brésil à l'Argentine et au large des côtes ouest et sud de la province du Cap, Afrique du Sud. Dans le Pacifique Nord-Ouest: Japon, République de Corée, République démocratique populaire de Corée, et Chine; dans le Pacifique Nord-Est: golfe d'Alaska, Colombie britannique, golfe de Californie, et dans le Pacifique Sud-Est: au large de l'Equateur, Pérou et Chili. En Australasie, elle a observée, rarement, en Australie: Nouvelle-Galles du Sud, Victoria, Tasmanie, Australie-Méridionale et Australie-Occidentale (sud) mais elle est plus commune dans les eaux plus fraîches de Nouvelle-Zélande (Compagno 1984, Last & Stevens 1994).

Les principaux Etats de l'aire de répartition de l'Atlantique Nord sont les suivants: Norvège, Suède, Royaume-Uni, Irlande, France, Espagne, Portugal, Italie, Grèce et Turquie en Europe; E.-U. et Canada (nord-ouest de l'Atlantique et nord-est du Pacifique). Les autres Etats de l'aire de répartition de l'Atlantique Nord sont d'autres pays méditerranéens (sauf, peut-être l'extrémité est et sud-est), l'Islande, les îles Féroé, le Danemark, la Fédération de Russie, et peut-être des pays d'Afrique du Nord-Ouest.

Ailleurs, les principaux Etats de l'aire de répartition sont les suivants: Japon, République de Corée, République démocratique populaire de Corée et Chine en Asie de l'est; Brésil, Argentine, Uruguay, Equateur, Chili et Pérou en Amérique du Sud; Afrique du Sud et Nouvelle-Zélande.

Les données sur la répartition géographique sont caractérisées par des apparitions très saisonnières; l'espèce est peut-être très migratrice mais aucun suivi d'individus sur de longues distances n'a été enregistré. La majorité des observations de requins pèlerins enregistrées dans les eaux du R.-U. paraît correspondre à un écart thermique étroit de l'eau: 8°-14°C, 14°C au Japon, ou 8-12°C dans le Newfoundland (Lien et Fawcett 1986). Toutefois, Owen (1984) a signalé des spécimens observés au large de la Nouvelle-Angleterre, dans le nord-ouest de la côte Atlantique à des températures de surface de la mer de 11°-24°C, les observations les plus fréquentes ayant été faites à des températures de surface de 16°-24°C, avec des pics à 22°-24°C.

Les observations à des latitudes plus hautes sont le plus communes au printemps et en été, ce qui suggère une migration saisonnière. Il est possible que cette migration ait lieu des eaux profondes vers les eaux peu profondes (d'après le niveau élevé de squalène dans l'huile du foie au printemps, suivi par une augmentation des niveaux de vitamine A plus tard dans l'année), et/ou de latitudes plus basses à des latitudes plus élevées à mesure que la température de la mer augmente. Dans l'Atlantique Nord, les requins pèlerins sont présents dans la partie australe de leur aire de répartition au printemps; ils vont vers le nord en été puis semblent presque disparaître en automne et en hiver. Owen (1984) signalait qu'au printemps, lors d'études aériennes, les requins pèlerins sont d'abord observés dans les eaux très profondes des bords sud et est de Georges Bank, au large de la Nouvelle-Angleterre (E.-U.). Ils progressent vers les eaux moins profondes du plateau à mesure que la saison avance, en particulier après le développement du thermocline et lorsque la densité du zooplancton est au maximum.

Dans l'est du Pacifique Nord, les requins pèlerins sont le plus nombreux en hiver (novembre à mars) sur la côte californienne et sont présents à des latitudes septentrionales (Washington et Colombie britannique) au printemps et en été (Compagno, 1984). Dans l'ouest du Pacifique Nord, au Japon, la saison de la pêche du requin pèlerin au large de la péninsule de Shima, préfecture de Mie, est ouverte au printemps et au début de l'été (mars à mai).

L'on note une ségrégation prononcée, spatiale et saisonnière, de la population: des groupes d'animaux de taille similaire et de même sexe sont souvent observés ensemble. La plupart des requins pèlerins pris en surface dans les eaux écossaises étaient des femelles s'étant récemment accouplées (ratio F:M de 18:1, Watkins 1958); 65-70% des requins pris au Japon étaient également des femelles. A l'inverse, les prises à l'araignée sous la surface au large du Newfoundland incluaient deux fois plus de mâles que de femelles (Lien & Fawcett 1986). En dépit du grand nombre de femelles matures prises, une seule était gravide (et accompagnée d'une portée de six). Les nouveau-nés et les juvéniles sont eux aussi rarement observés, ce qui indique que leurs populations se trouvent ailleurs, hors du domaine de la pêche de surface.

Le nombre de requins pèlerins (ou d'observations enregistrées) dans certaines régions paraît varier sur une période indéterminée. C'est ainsi qu'un nombre exceptionnel de requins pèlerins ont été observés en Bretagne, France, et au sud-ouest de l'Angleterre en 1998 (Speedie 1998) mais apparemment pas dans d'autres régions du R.-U. De même, des "invasions" similaires ont été signalées ailleurs de temps à autres (Kunzlik 1988, Castro et al. en prép.). Toutefois, sur ce schéma vient d'en surimposer un autre, de requins individuels vus à plusieurs reprises en certains endroits, année après année (Watterson en lit., Compagno en lit.).

Des programmes de marquage utilisant des transmetteurs par satellite et autres marques électroniques sont proposés dans un certain nombre d'endroits. En cas de succès, ils contribueront à déterminer les routes de migration de ces requins.

Siccardi (1960, 1971) suggérait qu'il y a quatre espèces de Cetorhinus: deux dans l'Atlantique Nord et la Méditerranée (C. maximus et C. rostratus), une au sud de l'Australie (C. maccoyi), et une dans l'Atlantique Sud (C. normani). Compagno (1984) et Springer et Gilbert (1976) estimaient que les données sont insuffisantes pour séparer ces populations. Tomás et Gomes (1989) ont décrit des dissemblances morphologiques entre les requins pèlerins pris à l'araignée au large du sud-est et du sud du Brésil et ceux de l'Atlantique Nord. Ces observations pourraient indiquer qu'il y a peu ou pas d'échanges entre les populations des deux hémisphères par des migrations en eau profonde et froide sous le thermocline. Aucune recherche n'a été faite sur la question de l'existence de sous-populations génétiquement distinctes dans les océans ou les hémisphères. Des échantillonnages de tissus commencent à être faits et des études prévues de l'ADN pourront à la longue préciser le statut des diverses populations.

2.2. Habitat disponible

La disponibilité de l'habitat n'est pas considérée comme une contrainte pour cette espèce.

Les requins pèlerins sont observés principalement dans les eaux tempérées, côtières et océaniques, en surface lorsqu'ils se nourrissent ou se rassemblent, ou très près de la surface. Pour se nourrir et peut-être s'accoupler, ils paraissent préférer les eaux de surface des bords des océans ou la proximité des îles et des baies où des "lignes de marée" se forment dans des zones à fortes marées, où le zooplancton se rassemble (Earll 1990, Sims et al. 1997, Sims et Quayle 1998).

Des requins pèlerins sont capturés occasionnellement dans des filets dérivants en eau océanique tempérée et constituent des prises incidentes dans de filets en eau profonde ou peu profonde de zones côtières. Bonfil (1994) extrapolait à partir de données d'observations pour obtenir un chiffre de 50 requins pèlerins capturés chaque année par toutes les pêcheries à filets dérivants du Pacifique, suggérant qu'il n'y en a qu'un petit nombre loin de la côte. On estime que l'espèce hiverne dans les eaux profondes du large mais l'on ignore généralement l'emplacement de ces lieux d'hivernage. Seules quelques données ont été enregistrées pour l'hiver; il s'agissait de requins pris dans des chaluts d'eau profonde dans le golfe du St Laurent, Newfoundland, Canada (Lien et Aldrich 1982) et à l'embouchure de la Clyde, Ecosse (Fairfax 1998). Owen (1984) indiquait que les premiers requins ayant été observés près de la surface ou en surface au printemps, l'ont été dans les eaux profondes au bord de Georges Bank, au large de la Nouvelle-Angleterre, E.-U.

2.3 Statut de population

Au niveau mondial, le requin pèlerin est évalué comme "Vulnérable" (A1a,d, A2d) sur la Liste rouge de l'UICN de 1996 des espèces menacées d'extinction.

Cette évaluation est fondée sur des données passées sur des populations locales en déclin du fait de l'exploitation par la pêche et du taux de rétablissement très lent (voir aux pages suivantes). Elle tient également compte de la possibilité que des déclins similaires surviennent à nouveau en raison de la pêche ciblée sur l'espèce pour répondre à la demande des ailerons dans le commerce international, et des prises incidentes dans le monde. Plusieurs auteurs ont indiqué que la pêche d'autres requins a pu causé un déclin sérieux des stocks (Ripley 1946, Olsen 1954, Rae 1962, Holden 1968 et 1974, Casey et al 1978, Gauld 1989, Cailliet et al 1993). Compagno (1984) considérait le requin pèlerin comme "extrêmement vulnérable à la surpêche - plus peut-être que la plupart des autres requins ... en raison de son taux de croissance lent, du temps qu'il lui faut pour atteindre la maturité sexuelle, de sa longue période de gestation, de sa fécondité probablement faible (la seule portée enregistrée comportait six très grands jeunes), et de la taille probablement petite de ses populations (ce que dément la taille immense des individus de petits bancs)." Les meilleures estimations de l'âge à la maturité pour les requins pèlerins sont de 12-16 ans pour les mâles et de 20 ans pour les femelles, avec des portées de six, et une période de gestation de 12 à 36 mois. La longévité atteint probablement les 50 ans. L'intervalle entre les portées est peut-être de deux à quatre ans (Pauly 1978 et sous presse, Compagno 1984, Fowler sous presse). Ce n'est pas excessif pour un requin aussi grand si l'on se réfère à des périodes de gestation bien étudiées de 18-24 mois enregistrées par Camhi et al. 1998 pour Squalus acanthias, espèce beaucoup plus petite.

Il n'y a pas d'estimations fermes pour la population mondiale ou des populations régionales de cette espèce. Owen (1984) suggérait que le nombre observé lors d'une étude aérienne de cétacés et de tortues dans le l'Atlantique Nord-Ouest, qui couvrait 10% du plateau et ne permettait de repérer que les requins nageant à moins de 3-4 m, pourrait représenter 1/7e seulement du total de la population présente. Sur cette base, il estimait à 4000 à 6000 le nombre de requins présents dans le golfe du Maine et au large de la Nouvelle-Angleterre (E.-U.) en été. Il comparait ce chiffre à la population estimée à 2000 requins dans la zone de la baie de Monterey sur la côte ouest des E.-U. (Squire 1967). McNally (1976) indiquait qu'une pêcherie avait capturé 12 360 requins pèlerins sur une période de 29 ans sur la côte ouest de l'Irlande, la majeure partie dans les années 1950. La flotte norvégienne en a pris 800 dans la région de 1973 à 1983, et probablement un nombre plus important avant 1973, année où les données sur la zone de pêche du Conseil international pour l'exploration de la mer (ICES, International Council for the Exploration of the Sea) sont devenues disponibles (Annexe 2b). Des données sur des observations récentes (Berrow & Heardman 1994) donnent à penser que cette population ne s'est pas rétablie depuis la fermeture de la principale pêcherie irlandaise dans les années 1970, après plusieurs années de faibles prises.

Comme le soulignait Compagno (1984), il est à noter que les populations de requins pèlerin sont probablement très petites comparées à celles d'autres requins. La plupart des pêcheries enregistrées n'en ont pris que quelques centaines ou un millier d'individus par an pendant quelques années avant de s'effondrer. Le maximum de prises annuelles enregistrées dans tout le l'Atlantique Nord-Est n'a qu'occasionnellement dépassé les 3000 individus, alors que la flotte norvégienne était à son maximum avec 30 bâtiments pour toute ou partie de la saison (ICES,1995). Lorsque des observations de requins pèlerins ont été enregistrées, le total annuel était habituellement de dizaines, de centaines ou de quelques milliers au plus, y compris les mêmes individus observés plusieurs fois. La Marine Conservation Society a reçu 2610 données avec des informations sur 9064 requins (certains ayant sans doute été observés plusieurs fois) dans les eaux du R.-U. de 1986 à 1988. Ces 50 dernières années, les prélèvements dans tout l'Atlantique Nord-Est ont probablement totalisé 80 000 à 100 000 animaux (Annexe 2a).

2.4 Tendance de population

Des déclins bien documentés sur les prises de pêches axées sur le requin pèlerin suggèrent des réductions de stock d'au moins 50% à plus de 80% dans certaines régions pour de très courtes périodes (d'ordinaire, 10 ans ou moins, Fowler sous presse; Annexe 1). Ces déclins ont abouti à des réductions à long terme (plusieurs décennies) de populations locales, avec apparemment peu ou pas de migrations vers d'autres régions. Des exemples sur l'Irlande, le Japon et la Colombie britannique sont donnés ci-dessous. Quoi qu'il en soit, la plupart des autres pêcheries décrites dans la littérature (voir résumé ci-dessous) manquent de données exactes sur les quantités débarquées, les conditions du marché et les prises par unité d'effort. Il n'est donc pas toujours possible de déterminer si une pêcherie à court terme ferme pour des raisons liées au marché ou parce que la population locale a décliné au point qu'il lui devient difficile de trouver les animaux recherchés sans compromettre sa rentabilité. Des calculs sur la mortalité naturelle et celle due à la pêche faits sur la base des quantités débarquées dans le nord-ouest de l'Europe (voir paragraphe suivant) suggèrent fortement que cette espèce ne peut pas supporter longtemps une exploitation spécialement axée sur elle, et confirment que l'épuisement du stock est probablement un facteur important affectant le rendement des pêcheries.

Pauly (1978 et sous presse) a refait l'analyse des données de durée/fréquence précédemment publiées pour les requins pèlerins du nord-ouest de l'Europe, obtenues principalement à partir des juvéniles échoués et des adultes pris par une pêcherie écossaise. Il a établi un modèle de croissance en utilisant la formule de von Bertalanffy et a estimé la mortalité totale (Z) à 0,33/an pour les juvéniles (considérée comme trop élevée pour représenter la mortalité naturelle) et à 0,16/an pour les adultes. La mortalité naturelle des adultes (M) calculée sur la base de Pauly (1980) donne une estimation de M = 0,068/an. La mortalité due à la pêche (F) était évaluée à 0,094/an pour les adultes, avec un ratio de F/Z = 0,6. Pauly (sous presse) déclare que c'est "un taux d'exploitation qu'aucun poisson - surtout ceux à grande longévité et faible fécondité comme le requin pèlerin - ne peut supporter pendant longtemps (Beddington et Cooke 1983)".

Une explication supplémentaire de l'effondrement rapide de pêcheries locales d'une espèce largement répartie et ayant apparemment une migration saisonnière, est que les requins pèlerins tendent à revenir "en pèlerinage" dans la même zone côtière en été pour se reposer et se nourrir. Bien que se déplaçant sur de vastes régions, ils font en fait partie d'un stock local et sont particulièrement vulnérables face à la pêche (Fowler 1996 et sous presse). Des individus de plusieurs autres espèces de requins faisant de vastes migrations retournent saisonnièrement au même endroit pour se nourrir, se reproduire ou donner naissance aux petits. Walker (1996) donnait des exemples d'épuisement localisé de stocks pour des populations de requins ayant une vaste aire de répartition. Hueter (1998) suggérait que cette "philopatrie" peut survenir chez de nombreuses espèces de requins et entraîner un épuisement localisé de certains stocks. En fait, il y a probablement des sous-populations de requins pèlerins présentes dans presque toutes les régions côtières mais le degré d'échange entre elles n'est pas connu. Watterson (in lit.) a vu plus de 35 individus revenant à l'île de Man (territoire dépendant du R.-U.), quelques uns sur une période de quatre ou cinq ans. Certains requins sont restés dans la région jusqu'à 27 jours. Un requin pèlerin d'Afrique du Sud a été revu au large de l'île Robben, Cap Town, en plusieurs occasions (Compagno, com. pers.). Cependant, des requins marqués à l'île de Man ont été revus dans plusieurs endroits, l'un sur la côte ouest de l'Ecosse, l'autre au sud de l'Angleterre, et un autre au sud-ouest de l'Irlande, peut-être à d'autres étapes de leur migration saisonnière (Watterson com. pers.).

Il y a très peu d'informations disponibles sur des tendances de population plus larges; on ne peut obtenir qu'au niveau local ou, au plus, régional, des données indiquant des changements dans les prises par unité d'effort ou dans la variation annuelle du nombre d'observations. Les données normalisées sur les observations par heure à l'île de Man, où l'espèce est protégée depuis 1990, suggèrent un déclin du nombre de requins depuis la fin des années 1980, les observations étant particulièrement peu nombreuses vers le milieu des années 1990 (tableau 1 et figure 1). Les données sur les observations, corrigées par effort, obtenues sur un site d'observation des cétacés en Cornouaille en 1995-1998 n'indiquent pas de tendance significative (Speedie en lit.). D'autres plans d'observation (Scottish Wildlife Trust et Marine Conservation Society) n'établissent pas de corrélation entre les observations effectives et l'effort d'observation, et ne permettent donc pas d'évaluer les tendances de façon fiable. Les données de la MCS (tableau 2 et figure 1) semblent encore présenter un déclin des observations enregistrées entre 1988-91 et 1995-96, périodes durant lesquelles le plan d'observations par le public a fait l'objet d'une active promotion.

Tableau 1. Nombre de requins pèlerins vus par heure d'observation autour de l'île de Man (Watterson en lit.)

Année

1985

1986

1987

1988

1989

1990

1991

1992

1993

1994

1995

1996

1997

1998

Requins/h

3,51

3,07

3,36

2,01

2,70

2,85

2,56

2,05

0,92

0,44

0,34

0,22

0,07

1,43

Tableau 2. Observations signalées à la Marine Conservation Society, 1986-1998

Année

1986

1987

1988
(*)

1989
(*)

1990
(*)

1991
(*)

1992

1993

1994

1995
(*)

1996
(*)

1997

1998

Nbre de rapports

66

102

396

509

360

298

130

77

64

130

165

164

175

Nbre de requins

40

240

1283

1773

1168

1226

585

162

161

300

312

331

1457

(*) années durant lesquelles le plan d'observation par le public a été promu

Il y a des indices de cycles imprévisibles du nombre de requins pèlerins entrant dans les eaux côtières. Certaines années (y compris 1998), il y a eu un afflux de requins dans certaines régions du R.-U. alors que d'autres, le nombre de requins enregistré est faible (Kunzlik 1988, Speedie 1998, Fairfax 1998). Les quantités débarquées dans le l'Atlantique Nord-Est subissent également d'importantes fluctuations. Cette variation annuelle des observations et des prises peut toutefois être fortement influencée par les conditions météorologiques car les requins pèlerins sont en général observés plus communément en surface par temps calme - à un moment où ils sont le plus vulnérables à la pêche au harpon. La température de l'eau peut elle aussi avoir un effet significatif sur le nombre observé; les années particulièrement chaudes ou froides, les observations sont moins nombreuses, reflétant peut-être la disponibilité de nourriture ou sa répartition dans la colonne d'eau. Enfin, les observations de requins pèlerins sont souvent liées à la présence de fronts océaniques ou côtiers, où il peut y avoir des concentrations de zooplancton. Ces fronts peuvent être plus persistants et les requins plus abondants les années où les conditions météorologiques sont particulièrement favorables, ou si des incursions d'eau océanique ont lieu dans les zones côtières. De telles incursions peuvent se produire dans un cycle long (le cycle de Russell, dans la Manche, Russell 1936, Southward 1980) mais des cycles plus courts, de six et de trois ou quatre ans, ont été signalés par Robinson et Hunt (1986). Dans ces conditions, les requins migrant peuvent passer plus de temps à se nourrir d'un plancton plus abondant et retarder la poursuite de leur migration vers les lieux d'estivage qu'ils préfèrent.

Certaines fluctuations des prises dans l'Atlantique Nord-Est (figure 4 et Annexe 2) peuvent résulter de fluctuations cycliques de l'abondance du zooplancton liées à des changements océaniques à grande échelle, eux-mêmes liés à des facteurs tels que la stratification d'été, l'oscillation dans l'Atlantique Nord ou le climat (Reid & Planque, sous presse). Les changements dans les types d'activité des requins pèlerins qui leur sont associés rendent leurs populations plus vulnérables à la pêche certaines années plus que d'autres. Autre explication: la flotte norvégienne de pêche lointaine a repéré et épuisé successivement plusieurs stocks locaux, ce qui a entraîné une série de pics et de creux à mesure que chaque stock était ciblé. Ces deux hypothèses ne peuvent pas être testées en raison de l'absence de données sur les lieux de pêche pour la majorité des prises. La biologie du requin pèlerin, avec sa maturité tardive et son faible taux de naissances, signifie toutefois probablement que les fluctuations à court terme des observations ou des prises ne reflètent pas les fluctuations naturelles de l'abondance totale, mais les variations dans la répartition et/ou la vulnérabilité face à la pêche au harpon en surface.

Les pêcheries irlandaises

L'on dispose de données sur l'effondrement de deux pêcheries au large de la côte irlandaise: la pêcherie de Sunfish Bank, du 18e au 19e siècle, et de celle de l'île d'Achill, au milieu du 20e (McNally 1976, Parker & Stott 1965).

Sunfish Bank se situe à 30-40 km au large de la côte de Galway et Mayo; elle est parallèle à la côte entre Slyne Head et Erris Head (y compris l'île d'Achill), non loin du bord du plateau continental. McNally note que cette zone a été décrite en 1836 comme "remarquable pour ses conditions de marée" (conditions dans lesquelles de grandes concentrations de requins pèlerins sont fréquemment signalées ailleurs aujourd'hui). Sunfish Bank et l'île d'Achill sont deux des principales zones où un grand nombre de requins pèlerins ont été pris par de petits bateaux à équipement relativement rudimentaire à la fin du 18e siècle et au premier trimestre du 19e. Les données pour cette période donnent à penser que la pêche a été active durant plusieurs décennies entre 1770 et 1830. La saison ne durait quelques semaines en avril et en mai mais au moins 1000 requins (probablement plus) étaient sans soute pris chaque année au cœur de la saison. Au début des années 1830, les requins sont devenu rares. Malgré le prix toujours élevé de l'huile de requin pèlerin, la pêche s'est effondrée au second semestre du 19e siècle. Une pénurie de requins de quelques années peut être due à des conditions météorologiques défavorables mais celle-ci a duré plusieurs décennies. Il n'y a pas de preuve que l'effondrement de la pêche ait été dû aux conditions du marché. Le déclin de la pêche a commencé 20 ans avant que la paraffine ne devienne largement disponible; l'huile de requin avait encore plus de valeur que la paraffine en Irlande en 1855 et les profits à faire sur les prises de requins pèlerins étaient très élevés en 1875 - au point que "des vies étaient risquées pour en capturer" (McNally 1976).

L'île d'Achill était citée comme le deuxième site pour l'abondance de requins pèlerins en 1941 (McNally 1976), dont le nombre était sans doute en augmentation depuis un certain temps. C'était 50 ans après la fermeture d'une pêcherie dans la région et plus de 100 ans après des prises importantes de requins au large de cette côte. Une nouvelle pêcherie utilisant des filets maillants a commencé ses activité dans la baie de Keem sur l'île en 1947. De 1951 à 1955, 1000 à 1800 requins ont été pris chaque année (soit une moyenne annuelle de 1475) mais un déclin significatif des prises enregistrées a commencé en 1956. La moyenne annuelle des prises était de 489 en 1956-1960, de 107 en 1961-65 puis de 50-60 jusqu'à la fermeture de la pêcherie (figure 2).

Il n'y a pas de preuve que ce déclin régulier des prises ait résulté d'un déclin important de l'effort de pêche, qui a été assez régulier dans cette station. Il reflète plus probablement la baisse du nombre de requins entrant dans la baie de Keem en raison du déclin brutal de la population régionale de requins. L'effort de pêche a même augmenté au début des années 1970 par suite de l'augmentation du prix de l'huile et des réinvestissements; ailleurs, les prises ont augmenté (voir ci-dessous). Des canons à harpon ont été installés sur trois bateaux de l'île d'Achill en 1973, ce qui a permis aux pêcheurs de quitter la baie et d'aller jusqu'à la côte de Galway. Quoi qu'il en soit, la pêcherie n'a pas pu augmenter les quantités débarquées et a fermé en 1975 (Kunzlik 1988). Au total, 12 360 requins ont été pris en 29 ans sur ce site, dont 10 676 de 1949 à 1958 (voir figure 2 et Annexes).

Une autre pêcherie de requins pèlerins a commencé ses activités dans le comté de Waterford (sud-est de l'Irlande) en 1974, pêchant 180 requins par an cette année là et 350 en 1975 (McNally 1976), ce qui confirme la valeur des produits de requin pèlerin à l'époque.

L'effondrement de la pêcherie de l'île d'Achill a probablement été accélérée par l'activité des pêcheurs norvégiens à l'ouest de l'Irlande, y compris à Sunfish Bank et l'île d'Achill (S. Myklevoll com. pers., cité dans Kunzlik 1988). Le nombre de requins pris par cette flotte dans les eaux irlandaises et d'autres eaux de la CE n'a pas été enregistré avant 1973, de sorte que la proportion des prises norvégiennes antérieures dans les eaux irlandaises n'est pas connue. Les prélèvements dans la zone de pêche de l'ICES enregistrés à partir de 1973 indiquent que quelques centaines de requins ont été capturés sur la côte ouest de l'Irlande par la flotte norvégienne en 1973-74 (zone VIb-c) mais les Norvégiens ont pêché à l'ouest de l'Ecosse en 1975 (figure 3 et Annexe 2b). Toutefois, le total des quantités norvégiennes débarquées pour tout l'Atlantique Nord-Est (y compris les eaux côtières norvégiennes et écossaises) étaient encore relativement faible au cours de la période initiale du déclin à l'île d'Achill (figure 4). Il paraît probable que par la suite, la majorité de leurs prises aient été faites au large de la côte norvégienne.

Fowler (1996 et sous presse) suggère que le pourcentage du déclin dans la population régionale de requins pèlerins qui a eu lieu au large de la côte ouest de l'Irlande durant ces pêches, comme l'indique le déclin brutal et durable des prises, était certainement supérieur à 50%. Si l'on considère les seules quantités irlandaises débarquées, on peut même dire que la pêche récente à l'île d'Achill paraît avoir entraîné un déclin de la population régionale de plus de 80% en moins de 10 ans. Les prises moyennes annuelles des 15 dernières années de la pêche ont représenté moins de 10% des rendements du début des années 1950. Si l'on tient compte des prises norvégiennes sur la côte irlandaise (dans la mesure où c'est possible compte tenu de l'absence de données sur les prises dans la région de l'ICES pour les années 1950 et 1960), le déclin de la population régionale a même pu être supérieur.

Malgré les données incomplètes sur les prises de la flotte norvégienne dans la région, on considère que les données sur les prises à l'île d'Achill reflètent largement un déclin général dans la population régionale de requins pèlerins de la côte ouest de l'Irlande dû à cette pêche. Les indices évoqués ci-dessus d'un épuisement local du stock résultant de la pêche d'autres espèces de requins (Walker 1996) appuient cette théorie. Si un tel déclin peut, à court terme, être dû aux conditions météorologiques, Berrow & Heardman (1994) notaient qu'il y avait toujours très peu de requins pèlerins observés par les pêcheurs sur toute la côte ouest et nord-ouest de l'Irlande en 1993, en comparaison des zones côtières précédemment non exploitées. Autre explication suggérée du déclin de la pêche à l'île d'Achill: il y aurait eu un déclin de la quantité de zooplancton à cette époque et cela a pu modifier le nombre de requins pouvant être pêchés au harpon en surface (anon., sous presse; Reid & Planque, sous presse). Si c'est le cas, le déclin a duré 40 ans.

Les pêcheries écossaises

Fairfax (1998) résumait les informations limitées disponibles sur les pêcheries écossaises du 18e et du 19e siècles. Comme les pêcheries irlandaises, elles semblent avoir cessé leurs activités vers le milieu des années 1830; un grand nombre de requins n'a plus été enregistré en jusque vers les années 1930. Fairfax (1998) et Kunzlik (1984) ont présenté des données sur les quantités écossaises débarquées des pêcheries de requin pèlerin du 20e siècle concentrées à l'embouchure de la Clyde et sur la côte ouest (voir Annexe I). Plusieurs pêcheries ont commencé leur activité dans les années 1940, certaines totalement axées sur le requin pèlerin durant la saison d'été, d'autres étant plus opportunistes. Quoi qu'il en soit, elles ont cessé leur activité après quelques années de bonnes prises (figure 4, Annexe 2a). L'on ignore si la cause de cet arrêt a été l'épuisement du stock (par les pêcheurs écossais eux-mêmes ou par les Norvégiens opérant près de la côte ouest de l'Ecosse) ou la chute du prix de l'huile dans les années 1950.

Le prix de l'huile a de nouveau augmenté vers le milieu des années 1970 et les pêcheurs norvégiens ont pris plusieurs centaines de requins en 1975; des prises incidentes de requins pèlerins à l'embouchure de la Clyde ont été traitées vers la fin des années 1970 et une petite activité de pêche au harpon ciblée a recommencé à l'embouchure de la Clyde en 1982. Ses rendements initiaux ont été bons mais ils ont rapidement diminué et la pêche a cessé à la fin de 1994 après plusieurs années de faibles prises (Fairfax 1998, Annexe 2a).

La pêche norvégienne dans le l'Atlantique Nord-Est

Une flotte norvégienne de pêche lointaine, dont le déploiement dans le temps et dans l'espace a grandement varié d'une année sur l'autre (Stott 1982), a effectué une pêche importante de requins pèlerins dans l'Atlantique Nord-Est. Les quantités débarquées étaient le fait de pêcheries locales de la mer de Barents jusqu'à Kattegat, dans la mer du Nord jusqu'au sud et à l'ouest de l'Irlande, la côte ouest de l'Ecosse, l'Islande et les îles Féroé (Pawson et Vince 1998); elles ont subi d'importantes fluctuations (voir figures 3 et 4 et l'Annexe 2).

Le maximum de prises (>1000 et jusqu'à >4000 certaines années) a été effectué entre 1959 et 1980: plus de 30 bâtiments opéraient toute ou partie de la saison (ICES 1995, figure 4). Le prix de l'huile de requin était particulièrement élevé du milieu des années 1970 au début des années 1980, aussi pense-t-on que l'effort de pêche est resté assez constant durant cette période.

Le déclin de cette pêche a été attribué (ICES 1995) au vieillissement de la flotte pêchant les requins pèlerins et à la baisse de la valeur de l'huile de foie vers la fin des années 1980 (résultant de la concurrence de la pêche axée sur Centrophorus granulosus et Dalatias licha.) Il semble toutefois que cette tendance ait été compensée par la valeur croissante des ailerons dans le commerce international dans les années 1990. Quoi qu'il en soit, actuellement, seuls quelques bateaux continuent de pêcher cette espèce. Une augmentation future de l'activité de la flotte côtière norvégienne pourrait entraîner une augmentation des prises opportunistes de requins pèlerins.

Comme les emplacements précis où la flotte norvégienne a pêché les requins pèlerins sont incertains pour les 27 premières années de pêche, il est difficile de déceler et d'évaluer les tendances des prises, de l'effort de pêche, et donc des populations. La figure 5 donne toutes les données sur les quantités débarquées combinées pour l'Atlantique Nord-Est depuis que la pêche a recommencé (dans les années 1940) avec des moyennes ajoutées pour atténuer les fluctuations ayant pu résulté (voir plus haut) de facteurs climatiques ou océanographiques. Elle montre clairement la persistance du déclin des quantités débarquées du début des années 1970 au début des années 1990. Cette période de déclin inclut un pic de la demande et de la valeur élevée de l'huile de requin pèlerin au milieu des années 1970 au milieu des années 1980, qui a encouragé l'établissement de nouvelles pêcheries au sud de l'Irlande et à l'embouchure de la Clyde, en Ecosse. Selon l'ICES (1995), la flotte norvégienne n'a connu un déclin significatif qu'après 1980 et l'effort de pêche s'est largement concentré au large de la côte norvégienne à partir de 1984.

Bien qu'il n'y ait pas de données disponibles sur l'effort de pêche, on peut conclure que le déclin des prises de 1970 à 1980 représente une baisse des rendements de stocks en déclin (peut-être malgré un effort de pêche accru), plutôt qu'un déclin de l'effort de pêche. Ce schéma de déclin prononcé des prises se retrouve certainement pour d'autres pêches axées sur de grands requins, pour lesquelles de bien meilleures données, y compris sur les prises par unité d'effort, sont disponibles.

Les quantités débarquées ont légèrement augmenté au début des années 1990 (figures 4 et 5), quand la pêche était soutenue par la valeur élevée des ailerons (ICES 1995, citant S. Myklevoll). Le principal marché pour les ailerons norvégiens était le Japon et les exportations vers ce marché ont régulièrement augmenté depuis le début des années 1990 (Directorate for Nature Management, 1995, cité dans Castro et al. en prép.). Les prises norvégiennes ont depuis décliné en dépit de la valeur toujours élevée de ces produits et de la demande du marché international.

Newfoundland, Canada

Lien et Fawcett (1986) signalaient des prises incidentes de requins pèlerins dans la pêche au saumon et à la morue dans le Newfoundland. Depuis longtemps dans cette région, des requins pèlerins sont parfois capturés accidentellement dans des filets fixes et ramenés et vendus pour l'huile de foie mais les données écrites sur ces prises sont rares. Lorsqu'une étude a été faite sur les collisions des cétacés et des requins pèlerins avec les engins de pêche, l'on a estimé que 410 requins avaient été pris entre 1980 et 1983. Les prises incidentes de requins ont augmenté en 1981 avec le développement du marché des ailerons et de l'huile de foie. Lorsqu'il n'y a pas un tel marché, les pêcheurs de saumons relèvent généralement leurs filets pour éviter de les endommager lorsque des requins pèlerins sont signalés dans la zone. S'il y a un marché, les requins deviennent une cible: les filets sont laissés dans l'eau et les requins pris sont tués et débarqués au lieu d'être relâchés.

Pacifique canadien

Les requins pèlerins sont présents dans la tradition des Hesquiat et des Ahousat, au centre de la côte ouest de l'île de Vancouver. Dans les années 1940, les pêcheurs de saumons se plaignaient que ces requins se prennent dans leurs filets à Berkley Sound, île de Vancouver. Le Département de la pêche et des océans a donc entrepris un programme d'éradication dans les années 1950. Une grande lame était placée à la proue des bateaux de pêche et les requins étaient assaillis et tués. Les informations sur le nombre de requins tués de cette manière varient. Des articles de presse ont signalé un maximum de 31 requins tués en un jour, 50 le premier mois de l'opération en 1956, et un total de 59 tués en 1955 et 51-56 en 1956. Clemens et Wilby (1961) déclaraient que "plusieurs centaines" avaient été tués à Barkley Sound jusqu'en 1959. Le programme a cessé lorsque le nombre de requins avait diminué au point que ceux qui restaient ne posaient plus de problème aux pêcheurs de saumons. Darling et Keogh (1994) déclarait que "les requins pèlerins sont rarement observés à Barkley Sound aujourd'hui, ce qui donne à penser que la majorité de la population de cette région a été tuée". Il semble qu'un seul bateau soit parvenu à épuiser le stock de requins pèlerins de Barkley Sound en quelques années. Cela s'est produit il y a 35 à 40 ans mais la population ne s'est pas rétablie.

Californie, E.-U.

Les requins pèlerins n'étaient pris qu'occasionnellement en hiver dans les eaux californiennes avant le début de la pêche ciblée. La pêche au harpon a d'abord été une pêche sportive et les carcasses obtenues étaient traitées pour en extraire l'huile du foie et fabriquer des farines de poisson. La valeur de ces produits a augmenté et la pêche, devenue rentable, a été pratiquée à partir de deux centres: la baie de Monterey et la zone de la baie de San Luis Obispo à celle de Morro, 100 miles au sud. C'est dans ces deux petites zones que se trouvent les plus importantes concentrations hivernales de requins pèlerins le long de la côte centre et nord-ouest du sud de la Californie (Squire 1990). Une moyenne de 25 requins par an ont été débarqués chaque saison (de septembre à mai) de 1924 à 1938, avec un maximum de 100 en une seule année. La pêche a cessé pendant plusieurs années, probablement en raison d'opérations militaires, puis a recommencé à l'automne 1946 avec le développement de nouvelles utilisations de l'huile. Les carcasses devaient être traitées pour en tirer également un cuir épais et de la nourriture pour animaux; les ailerons étaient destinés à l'exportation en Chine. La première saison, 300 requins pèlerins ont été pêchés par 12 bateaux opérant dans la baie de Monterey et six dans la zone de la baie de San Luis Obispo. Certains étaient dirigés par un avion de repérage vers les requins pèlerins nageant en surface ou juste en-dessous (Phillips 1947). La pêche a continué jusqu'au début des années 1950 avec des prises annuelles de 200 requins (Roedel et Ripley 1950). Squire (1967) indiquait que la pêche a été suspendue en Californie en 1950 en raison du bas prix de l'huile et du manque de requins pèlerins. Lea (com. pers.) indique que depuis 20 ans, les observations de requins pèlerins au large de la côte centrale de Californie sont moins nombreuses qu'autrefois. L'explication donnée est qu'au début des années 1940 et 1950, la pêche a réduit substantiellement les populations et l'espèce ne s'est jamais complètement rétablie. Quoi qu'il en soit, il y a encore des prises incidentes de requins pèlerins dans cette zone. Depuis quelques années, des carcasses sans ailerons s'échouent (Sean van Sommeran com. pers.).

Japon

La principale pêcherie japonaise de requins pèlerins s'activait jadis au large de Nakiri, dans la péninsule de Shima, préfecture de Mie. La pêche de requin pèlerin y est une activité traditionnelle depuis l'ère Edo (1772). Des requins pèlerins constituaient aussi des prises incidentes dans les années 1960 dans des filets fixes dans la zone de Nakiri et ailleurs (notamment à Onahama, sur la côte Pacifique du Japon, et près de Tokyo). La pêche était ouverte durant la principale migration des requins pèlerins dans cette zone de mars à mai. Les requins sont le plus abondants en mars, quand la température de l'eau est d'environ 14° C. Environ 65-70% des requins pris étaient des femelles; la présence de sperme chez les mâles capturés indiquait que l'accouplement a lieu durant cette partie de l'année.

La pêche au requin pèlerin s'est intensifiée en 1967 avec l'augmentation du prix de l'huile; les pêcheurs de Nakiri ont commencé à les harponner en grand nombre, à bord de bateaux de moins de trois tonneaux avec un équipage de deux hommes (un harponneur et un skipper). Les bateaux de pêche travaillaient habituellement par deux, l'un tuant les requins et l'autre les remorquant. A cette époque, les requins étaient recherchés pour l'huile de leur foie, riche en squalène. Les ailerons étaient également importants et considérés comme de qualité moyenne à Taïwan. La viande était souvent vendue pour la consommation humaine ou traitée pour faire des farines de poisson destinées à la consommation animale.

De 1967 à 1978, plus de 1200 requins pèlerins ont été harponnés (soit une moyenne annuelle d'environ 100). Les dernières années de la pêche, de 1975 à 1978, les prises ont graduellement diminué, passant de 150 requins en 1975 à 20 en 1976, neuf en 1977 et six en 1978. La pêche a complètement cessé au début des années 1980 suite à la baisse du prix de l'huile et du déclin du nombre de requins. Dans les années 1990, seuls 0-2 requins pèlerins ont été vus chaque année au large de Nakiri durant la saison de la migration. Cela correspond au pic de 1972, où plus de 60 requins pèlerins ont été traités pour être vendus sur le marché de Nakiri. (Ces données ont été compilées sur la base de Yano 1976 et 1979, et Uchida 1995.)

Chine

Parry-Jones (1996a dans Phipps 1996) signalait une pêche au harpon de requins pèlerins dans la province de Fujian et dans la région autonome de Guangxi Zhuang jusqu'aux années 1970. L'espèce était couramment prise dans les années 1960 mais l'est rarement aujourd'hui. Ce rapport concluait que les prises et les quantités débarquées avaient diminué depuis 40 ans, et recommandait l'interdiction des prises de cette espèce et de Rhincodon typus dans les eaux proches de la côte, comme mesure de précaution en attendant la vérification de leur statut.

2.5 Tendances géographiques

L'espèce a une large répartition dans les eaux tempérées mais un grand nombre de requins pèlerins tendent à se concentrer dans quelques zones côtières privilégiées où ils se nourrissent et s'accouplent à la surface ou juste en-dessous. Comme noté plus haut, ils sont le plus vulnérables à la pêche ciblée lorsqu'ils forment de telles concentrations en surface. Une population à l'effectif très réduit a persisté pendant des décennies dans des lieux autrefois privilégiés, où la pêche s'était intensifiée. De plus, des variations cycliques dans les observations et les prises de cette espèce ont été signalées. Ainsi, la pêche norvégienne a présenté d'importantes fluctuations des quantités débarquées en 20 ans d'activité; des variations à court terme de l'abondance locale des requins pèlerins observés sont notées de temps à autres (Kunzlik 1988, Speedie 1998). Elles peuvent être liées à des modifications des courants océaniques, de la température de l'eau et des concentrations de zooplancton. Des cycles longs et courts d'abondance du plancton ont été signalés dans le l'Atlantique Nord-Est et la mer du Nord, différents schémas d'abondance étant enregistrés dans différentes zones (Reid et al. 1998 a et b). L'abondance de Calanus finmarchius (composante importante du zooplancton) par exemple, a décliné dans l'Atlantique Nord-Est - de 50% dans certaines zones depuis 1970 (UK BAP, sous presse). Cela peut également influer sur la répartition et l'abondance du requin pèlerin ou sur sa disponibilité pour la pêche.

2.6 Rôle de l'espèce dans son écosystème

Le rôle du requin pèlerin dans son écosystème n'est pas connu mais comme c'est un grand planctonophage (10 m de long), on peut penser que son rôle est le même que celui des petites baleines à fanons.

2.7 Menaces

La principale menace pesant sur le requin pèlerin est la pêche - prises ciblées et prises incidentes. Toutefois, comme ces poissons se rassemblent dans des baies et en eau peu profonde, il y a également un risque de collisions avec les bateaux; ils peuvent aussi être perturbés par les observateurs des requins. Les collisions paraissent assez fréquentes et l'on observe souvent de grandes cicatrices sur la tête et le dos de ces requins.

Pêche ciblée

Les bateaux dont la pêche est axée sur le requin pèlerin utilisent des filets maillants pour les prendre délibérément, ou des canons à harpon pour les prendre quand ils nagent ou se nourrissent en surface. Cette pêche est pratiquée dans les endroits suivants: Norvège, Irlande, Ecosse, Islande, Californie, Chine, Japon, Pérou, Equateur (Compagno 1984) et nord de l'Espagne (Evaristo Alfaya com. pers). (Voir plus haut.) Le principal produit de cette pêche est l'huile de foie mais la viande, la peau et le cartilage sont aussi utilisés; les ailerons sont un produit très important de la pêche moderne en raison de leur valeur élevée dans le commerce international.

Pêche incidente

Les prises incidentes sont principalement dues aux filets fixes et aux chaluts; elles ont lieu le plus souvent dans les eaux côtières, dans des zones évidemment bien plus vastes que celles de la pêche ciblée. Dans le Newfoundland, la pêche incidente a pu devenir pêche ciblée lorsque les marchés pour les produits se sont développés (Lien et Fawcett 1986). L'on a signalé des requins pèlerins trouvés morts, sans ailerons, dans des zones où il n'y a pas de pêche ciblée connue (dans la baie de Monterey, van Sommeran com. pers). Berrow (1994), extrapolant à partir d'observations très limitées, suggérait que 77-120 requins par an peuvent être pris dans des filets maillants en mer d'Irlande; toutefois, la fiabilité de cette estimation a été contestée (P. Kunzlik in litt.). Berrow et Heardman (1994) ont reçu 28 témoignages de pêcheurs sur des requins pris dans des filets maillants (de surface pour la plupart) autour de la côte irlandaise en 1993, ce qui représente près de 20% de toutes les données sur cette espèce cette année là. Au moins 22% des requins pèlerins pris accidentellement dans des filets étaient morts. A l'île de Man, les prises faites au cours de la pêche au hareng incluaient 10-15 requins par an. Autre source de prises incidentes dans cette région: les cordages des casiers dans lesquels se prennent 4-5 requins par an (Watterson in litt.). Lien et Fawcett (1986) ont noté qu'au moins 410 requins pèlerins avaient été pris entre 1980 et 1983 dans des filets maillants utilisés dans la pêche au saumon et à la morue dans les eaux côtières du Newfoundland. Certains requins pèlerins ont également été pris dans des chaluts en eau profonde les mois d'hiver. Fairfax (1998) indiquait aussi que des requins pèlerins, vifs ou engourdis, sont parfois ramenés dans des chaluts d'eau profonde de la côte écossaise en hiver. Contrastant avec ces prises incidentes côtières assez importantes, une extrapolation des données des flottes océaniques à filets maillants suggère qu'une cinquantaine de requins pèlerins seulement sont pris parmi les millions de requins pris chaque année au large de l'océan Pacifique (Bonfil 1994).

Les requins pèlerins capturés accidentellement dans la pêche à d'autres espèces sont suffisamment résistants pour être relâchés, apparemment sans mal dans bien des cas, après avoir passé jusqu'à trois heures sur le pont (Lien com. pers. et Watterson in litt). La survie des requins ainsi relâchés n'a pas été étudiée. Toutefois, la valeur des ailerons (et dans une moindre mesure, de l'huile, de la viande et du cartilage), incite les pêcheurs à les tuer plutôt qu'à les relâcher.

3. Utilisation et commerce

Le requin pèlerin peut atteindre un poids de sept tonnes (c'est le deuxième poisson par la taille après le requin baleine Rhincodon typus). Les principales parties utilisées sont le foie, qui représente 17-25% du poids et donne 60-75% d'huile (Phillips 1947, McNally 1976), la viande et les ailerons. Le cartilage et la peau ont une importance secondaire. Le principal produit traditionnel de la pêche au requin pèlerin était l'huile de foie. Son utilisation, notamment pour l'éclairage, a été signalée dès le 17e siècle au R.-U. et l'on peut penser qu'elle existait bien plus tôt dans cette région et ailleurs. La viande, fraîche ou séchée, est elle aussi utilisée depuis le début de la pêche. C'était un produit secondaire, venant après l'huile, dans la pêche traditionnelle mais elle a encore de la valeur dans certaines zones. Les ailerons étaient considérés comme un sous-produit de la pêche dans la baie de Monterey dans les années 1940 et étaient un produit important de la pêche irlandaise en 1960. La plus grande valeur des ailerons de ces dernières décennies incite probablement à la poursuite de la pêche du requin pèlerin dans certaines régions. Le cartilage sert à produire des farines de poisson et, depuis plus récemment, il est utilisé dans la recherche médicale et dans la fabrication de capsules de cartilage destinées au marché de la santé. La peau, épaisse, donne un cuir de bonne qualité.

Le manque de données détaillées sur les quantités débarquées et de données au niveau de l'espèce sur le commerce et sur les produits spécifiques de requins, est un obstacle important quand il s'agit de déterminer avec précision quels produits, et en quelle quantité, sont utilisés au plan national par les pays pratiquant la pêche, et lesquels entrent dans le commerce international (Rose 1996). Toutefois, des informations peuvent être obtenues dans la littérature, les communications personnelles et les rapports de TRAFFIC sur le commerce international des requins. Même lorsque les produits de requin pèlerin sont utilisés dans les pays d'origine, cette utilisation a souvent été précédée d'une exportation sous "forme brute" destinée au traitement, les produits étant ensuite réimportés en tant que produits commercialisables.

3.1 Utilisation au plan national

L'huile de foie

Récemment encore, le foie était le principal produit de la pêche au requin pèlerin; à l'origine, c'était surtout pour fournir les marchés intérieurs. Autrefois, le foie était prélevés en mer et le reste du requin était rejeté. Un grand requin peut fournir jusqu'à 0,7 t d'huile, mais la moyenne est de 0,4 à 0,5 t. Cette huile a une teneur en squalène très élevée (jusqu'à 55%, Buranudeen & Richards-Rajadurai 1986), caractéristique des requins pélagiques, et a donc un intérêt plutôt industriel que médicinal. (L'huile de foie riche en vitamines A et D caractérise les requins d'eau peu profonde; la teneur en vitamine A des requins pèlerins est la plus élevée en automne après la période passée en surface.) La pêche traditionnelle du requin pèlerin fournissait de l'huile pour l'éclairage mais cette huile est à présent utilisée dans certains processus de fabrication et comme lubrifiant. La grande quantité d'huile extraite d'un seul requin faisait que cette pêche était rentable dans le passé mais le marché de l'huile de foie pâtit actuellement de la concurrence de la pêche de Centrophorus granulosus et de Dalatias licha (ICES1995). En Norvège, l'huile est utilisée pour le squalène, qui sert en cosmétique et comme complément vitaminique sur le marché de la santé (Fleming et Papageorgiou 1996). Suite à la baisse récente du prix de l'huile (voir 3.2), en Ecosse le foie est rejetés en mer alors que la viande et les ailerons sont débarqués. L'on ignore la proportion exacte de l'huile de foie débarquée qui est utilisée au plan national aujourd'hui, mais la plus grande partie de l'huile débarquée au R.-U. ces dernières années paraît entrer sur le marché international, principalement sous forme d'exportations vers la Norvège.

La viande

La viande de requin pèlerin, lorsqu'elle n'est pas rejetée en mer, sert à produire des farines de poisson et, séchée ou fraîche, elle est consommée par l'homme. McNally (1976) notait que la viande se vendait au prix de £2,54-3,05 la tonne au début des années 1960, ce qui en rendait le traitement non rentable. La viande de requin pèlerin était vendue sur le marché de Billingsgate dans les années 1970, et en restauration, dans des fish-and-chips en Ecosse dans les années 1980 et au début des années 1990. Le prix de la viande était de £0,30-0,80/kg au début des années 1990 (Fleming et Papageorgiou 1996). Chen et al. (1996 dans Phipps 1996) donnait une valeur de USD 1,10/kg à la criée pour le requin pèlerin à Taïwan.

Les ailerons

Les ailerons débarqués en Europe et ailleurs (hormis l'Asie du sud-est) étaient principalement destinés au commerce international et n'avaient pas d'utilisation significative au plan national. Les ailerons débarqués en Chine et au Japon peuvent aller sur les marchés intérieurs ou être exportés pour être traités. Les ailerons de requin pèlerin peuvent être réimportés sous forme traitée mais il est peu probable que les spécimens qui ne sont plus entiers puissent être identifiables comme appartenant à cette espèce.

Le cartilage

Le cartilage n'est probablement utilisé qu'en petite quantité sur les marchés intérieurs et peut être exporté "sous forme brute" avant d'être réimporté sous forme traitée pour être utilisé dans le pays d'origine. La grande taille des requins pèlerins rend le traitement du cartilage plus rentable que celui de requins plus petits, ce qui augmente la demande de cette espèce.

La peau

Aucune information n'a été obtenue sur l'utilisation actuelle au plan national de la peau de requin pèlerin dans l'industrie du cuir.

3.2 Commerce international licite

Quatre produits du requin pèlerin sont présent dans le commerce international en quantités importantes (mais rarement enregistrées): l'huile de foie, les ailerons, le cartilage et la viande. Toutefois, il n'y a pas de données douanières disponibles sur les quantités d'ailerons, de cartilage et d'huile importées et exportées par espèce; la plupart des pays qui conservent des données sur le commerce de requins séparément des données sur les autres poissons, les combinent en une seule catégorie. Il est donc impossible de déterminer avec précision le volume de produits de requin pèlerin entrant dans le commerce international ou de quelles populations ils proviennent. Les informations qui suivent ont été trouvées dans la littérature et dans les études de TRAFFIC.

Huile de foie

La valeur de cette huile a diminué ces dernières décennies. McNally (1976) indiquait les prix suivants en Irlande: £140/t en 1947, £90-110 en 1948, £70 en 1949 et jusqu'à £508/t en 1974 (en raison du coût élevé à l'époque des importions d'huile des principaux pays producteurs). Fleming et Papageorgiou (1996) donnaient comme prix £600/t pour l'huile débarquée en l'Ecosse au début des années 1980 mais le prix était tombé à £230/t à la fin des années 1980. Fairfax (1998) donnait comme prix £250/t (USD 375/t) au début des années 1990, et notait que le foie n'était plus débarqué depuis quelques années par la pêcherie de l'embouchure de la Clyde en Ecosse parce que le coût élevé de l'exportation de l'huile en Norvège la rendait non rentable. La pêche norvégienne débarque encore de l'huile de requin pèlerin et importe de grandes quantités d'huile de diverses espèces depuis 10 ans. Toutefois, la pêche norvégienne ne serait rentable qu'en raison de la valeur élevée des ailerons (ICES 1995 citant Myklevoll). Les requins pèlerins pris accidentellement par les pêcheries de Nouvelle-Zélande sont traités pour l'huile et les ailerons, qui sont principalement exportés. Lorsque des données sur les exportations et les importions d'huile sont disponibles, elles n'indiquent pas l'espèce d'origine. Elles peuvent donc porter sur différentes espèces de requins.

La Norvège est le seul pays qui communique des informations à la FAO sur le commerce d'huile de requins. Les importations norvégiennes ont largement dépassé les exportations en 1988-1994 mais l'on ignore si les produits d'huile de requin traités puis réexportés apparaîtront dans les statistiques des exportations norvégiennes, ou si seule l'huile non traitée y est enregistrée. Il est extrêmement difficile de suivre les exportations, les importations et les réexportations d'huile de foie sous forme de capsules et autres produits.

Les ailerons

Les ailerons ont une très grande valeur sur les marchés orientaux. McNally (1976) notait que la vente d'ailerons fournissait à l'île d'Achill "une source de revenus relativement faible, secondaire, depuis 1960" au moment où les ailerons étaient exportés d'Irlande en Espagne. En 1970, les ailerons étaient exportés directement à Hong Kong. Le prix payé aux pêcheurs était de £3000/t dans les années 1970 et était passé à £20 000 (USD 30 000)/t en 1994 (Fairfax 1998). (Ces prix ne sont pas corrigés en tenant compte de l'augmentation de l'indice des prix durant cette période de 20 ans mais l'augmentation de près de 700%, qui a eu lieu de la fin des années 1980 au début des années 1990 est significative.) Fleming et Papageorgiou (1996) ont noté que les ailerons étaient exportés d'Ecosse en Norvège pour USD 6/kg (£ 4/ kg) en 1983. Les prix ont alors augmenté et l'on signale une augmentation particulièrement rapide au début des années 1990; les ailerons étaient exportés au prix de USD 26,25/kg (£17,50/kg) en 1994, soit une augmentation de plus de 300% en neuf ans. Fairfax (1998) signalait que la plus grande quantité d'ailerons produite récemment par un seul requin (une grande femelle) à l'embouchure de la Clyde était de 92 kg. Les ailerons d'un seul requin valent donc nettement plus de USD 1500 (£1000) et peuvent atteindre USD 2400 (£1600) pour le pêcheur. Ce prix élevé est le principal facteur économique soutenant actuellement la pêche norvégienne de requin pèlerin (S. Myklevoll, dans ICES, 1995). Les exportations norvégiennes d'ailerons vers le Japon ont régulièrement augmenté: 96 kg d'ailerons ont été exportées en 1992, 7218 kg en 1993, et 26,859 t en 1994 (lettre de la Direction de la gestion de la nature, 21 septembre 1995, citée dans Castro et al., en prep.).

Le prix des ailerons séchés en vue d'un traitement est bien sûr beaucoup plus élevé. Un industriel norvégien indiquait qu'en avril 1996, il était de USD 130/kg (£ 90/kg) (Fleming et Papageorgiou 1996). Des ailerons peuvent être utilisés au plan national dans des restaurants orientaux des pays d'origine mais l'on estime que presque tous les ailerons de requins pèlerins pris dans les eaux européennes et dans des zones hors de l'Asie du sud-est sont susceptibles d'entrer dans le commerce international; certains peuvent être réimportés après traitement. Lum (1996) signalait que les ailerons de requin pèlerin importés de Norvège atteignent les prix les plus élevés à Singapour: SGD 400 (£200 ou > USD 300)/ kg (séché), ou SGD 88 (£44) le bol dans les restaurants.

Parry-Jones (1996b dans Phipps 1996) citait comme prix au détail d'un commerçant de Hong Kong, USD 25/kg, USD 256/kg et USD 330/kg respectivement pour un ensemble d'ailerons de requin pèlerin congelés, séchés ou traités (soit deux nageoires pectorales, dorsales et caudale inférieure). Un autre commerçant a cité le prix de USD 846/kg (USD 6176) pour un seul aileron pesant 7,3 kg, provenant d'un requin pèlerin ou d'un requin baleine. En juin 1998, un seul aileron d'1 m de haut, provenant probablement d'un requin pèlerin, était en vente dans un restaurant à Chengdu, Sichuan, Chine, pour 80 000 yuans (un peu moins de USD 10 000) (Antony Whitten, com. pers.).

Le cartilage

Il est impossible de déterminer le volume de cartilage entrant sur le marché international. Toutefois, Fleming et Papageorgiou (1996) ont signalé que des capsules de cartilage fabriquées et vendues en pharmacie, dans des magasins homéopathiques et chez des praticiens en Belgique étaient étiquetées comme "ex Ceatarinus maximus pulvis". Si cet étiquetage est correct, le cartilage a certainement dû être importé en Belgique; il n'y a pas de populations de requins pèlerins dans le sud de la mer du Nord. Ce produit est aussi exporté de Belgique en France, au Portugal, en Allemagne et en Suisse.

La viande

Fleming et Papageorgiou (1996) indiquaient que les exportations de viande de requin pèlerin de Norvège en Europe orientale sont en augmentation avec, en 1996, un prix de USD 1/kg.

3.3 Le commerce illicite

Tout le commerce international connu de produits de requin pèlerin est licite. Un commerce illicite n'aura lieu que si les produits proviennent de zones où l'espèce est protégée et où les requins ont été pris illégalement (c'est-à-dire dans les zones indiquées au point 4.1); il n'y a pas de preuve d'un tel commerce mais il n'y a pas de données détaillées sur le commerce de cette espèce.

3.4 Effets réels ou potentiels du commerce

La valeur élevée des ailerons de requins pèlerins dans le commerce international est citée comme raison de la rentabilité persistante de la pêche norvégienne de cette espèce alors que le prix de l'huile de foie a chuté (ICES, 1995). L'on n'estime pas qu'il y ait un marché significatif en Norvège ou dans d'autres pays européens pour l'aileron non traité; on en a conclu que le commerce international de ce produit est le principal motif de cette pêche.

Il est probable que la valeur du commerce international a elle aussi des effets significatifs sur la mortalité due aux prises incidentes. Comme signalé par Lien et Fawcett (1986), l'existence d'un marché de produits du requin pèlerin, notamment les ailerons pour le commerce international, incite les pêcheurs du saumon et de la morue du Newfoundland à laisser leurs filets lorsqu'il y a des requins pèlerins, malgré les risques de collision et d'endommagement des filets, parce que la valeur des produits de requin dépasse largement les dégâts causés. Lorsqu'il n'y a pas de marché pour ces produits, les filets sont remontés si la présence de requins est signalée sur zone. En fait, le marché international des produits de requin pèlerin a transformé les prises incidentes en pêche ciblée. La valeur élevée du commerce international des ailerons de requin pèlerin incite elle aussi les pêcheurs à prélever les ailerons sur les requins pèlerins pris accidentellement au cours d'une autre pêche, alors qu'autrement, les requins auraient été relâchés vivants.

3.5 Reproduction en captivité à des fins commerciales

Elle n'est pas possible.

4. Conservation et gestion

4.1 Statut légal

4.1.1 Au plan national

Royaume-Uni

Le requin pèlerin est pleinement protégé de la capture intentionnelle ou des perturbations dans les eaux britanniques (à 12 miles au large) par la loi de 1998 sur les espèces sauvages et la campagne (1981), Liste 5.

Ile de Man

Le requin pèlerin est protégé depuis 1990 dans un rayon de 12 miles autour de l'île de Man (territoire dépendant de la Couronne britannique). Malgré cette protection, le nombre de requins pèlerins diminue autour de l'île depuis quelques années (voir tableau 1 et figure 1 au point 2.4).

Guernesey, île de la Manche

Le requin pèlerin est strictement protégé autour de Guernesey (territoire dépendant de la Couronne britannique) par la législation de la pêche.

Etat de Floride, E.-U.

Le requin pèlerin, qui est à l'extrémité australe de son aire de répartition dans les eaux de la Floride, est pleinement protégé par cet Etat (au-delà de la limite des trois miles sur la côte est et des neuf miles sur la côte du golf).

Eaux territoriales (fédérales) de l'Atlantique et du golfe (3-200 miles), E.-U.

Le requin pèlerin est strictement protégé par le Plan américain de gestion de la pêche. La pêche commerciale ciblée et le débarquement ou la vente (suite à la pêche commerciale ou sportive) de cette espèce est interdite. L'interdiction reconnaît la vulnérabilité biologique de cette espèce (potentiel reproducteur limité et déplacements lents en surface) et a été adoptée pour empêcher le développement de la pêche ciblée.

Nouvelle-Zélande

Le requin pèlerin est l'un des poissons (y compris des téléostéens) ayant reçu une protection partielle par la législation sur la pêche de 1983. La pêche ciblée commerciale de cette espèce est interdite depuis 1991 mais les prises incidentes sont autorisées. Le foie et les ailerons peuvent alors être débarqués et les ailerons sont presque certainement tous exportés. Deux raisons sont à l'origine de cette interdiction: la vulnérabilité des requins pèlerins en NZ (taux de reproduction sans soute faible, taux de croissance et taille de population), et l'introduction d'un contingentement (QMS) en 1986. Le QMS limite la pêche aux principales espèces commerciales et réduit substantiellement certaines prises. Suite à cela, les pêcheurs ont fait preuve d'intérêt et d'innovation dans la recherche et la prise d'espèces non contingentées. Le Ministère de l'Agriculture et de la pêche a interdit la prise d'espèces ciblées considérées comme ne pouvant supporter une pêche importante, pour empêcher un transfert d'activité des espèces contingentées à des espèces pour lesquelles il y a peu (ou pas) de contrôle, et pas d'informations sur les rendements durables (Malcolm Francis, com. pers.)

4.1.2 Au plan international

Méditerranée

Le Protocole de la Convention de Barcelone sur la protection de la mer Méditerranée (1976) concernant les zones spécialement protégées et la diversité biologique de la Méditerranée a été signé à Barcelone le 10 juin 1995. Le requin pèlerin Cetorhinus maximus est inscrit à l'Annexe II du Protocole en tant qu'espèce en danger ou menacée et sera donc pleinement protégée en Méditerranée lorsque la Convention aura été ratifiée et la législation appropriée mise en place. (Les espèces recevant un degré moindre de protection sont inscrite à l'Annexe III: "Espèces dont l'exploitation est réglementée".)

Le requin pèlerin (population de la Méditerranée) a également été inscrit (comme espèce strictement protégée) à l'Annexe II de la Convention de Berne relative à la conservation de la vie sauvage et du milieu naturel de l'Europe en décembre 1997. Une réserve a été formulée par l'UE en attendant des progrès dans la gestion d'autres espèces protégées figurant déjà dans la législation européenne.

4.2 Gestion de l'espèce

4.2.1 Surveillance continue de la population

Il y a très peu de suivi de cette espèce - pas assez pour disposer d'informations suffisantes pour déterminer de façon fiable les tendances de population. Les prises de requins pèlerins sont enregistrées par certains services de la pêche, notamment ceux de la Norvège et de la Nouvelle-Zélande (prises incidentes) et, jadis, celui de l'Ecosse. Toutefois, la plupart (sinon tous) les autres pays enregistrant leur prises d'élasmobranches ne font pas la distinction entre les différentes espèces de requins (et donnent seulement le tonnage total débarqué); le poids des produits plutôt que le nombre de poissons est enregistré et il y a peu ou pas de données sur l'effort de pêche. Même lorsque les prises sont enregistrées avec précision, il n'y pas de données sur les prises par unité d'effort permettant une extrapolation des rendements pour avoir des tendances de population générales.

Trois plans d'enregistrement des observations de cette espèce faites par le public sont en cours au R.-U. La Marine Conservation Society réunit des données depuis 1986 dans le cadre d'un projet national qui inclut quelques données d'Irlande. Un projet régional (Seaquest) dans le sud-ouest de l'Angleterre et les zones adjacentes contribue à la base de données de la Marine Conservation Society. Le projet sur le requin pèlerin de l'île de Man inclut un plan d'observation de l'effort de pêche et un programme d'observations faites par le public. Ce plan reçoit également des données sur les zones adjacente en Angleterre et en Ecosse (Watterson in litt). Berrow & Heardman (1994) ont fait état d'un projet à court terme enregistrant les observations faites par les pêcheurs sur les côtes irlandaises.

Toutes ces observations dépendent des conditions météorologiques et de l'activité des observateurs. La variation des chiffres d'une année à l'autre ne peut donc pas être imputée de façon fiable à des changements dans la taille de la population; de plus, les requins se trouvant à une courte distance sous la surface ne sont habituellement pas comptabilisés. Comme indiqué dans le tableau 1, point 2.4, les données sur les observations à l'île de Man indiquent un déclin régulier du nombre de requins depuis la fin des années 1980. La même tendance apparaît dans les données de la Marine Conservation Society sur les observations du public du programme d'enregistrement des données pour l'ensemble du R.-U. (figure 1).

Des données utiles peuvent être obtenues lors d'études aériennes sur les cétacés et les tortues, comme l'a montré Owen (1984), mais les requins pèlerins ne sont pas suffisamment prioritaires pour être inclus dans ces programmes.

Il faudrait obtenir des données beaucoup plus fiables sur les populations et la répartition géographique de cette espèce et des informations sur les quantités débarquées de prises incidentes et de la pêche ciblée, la dynamique de population, la reproduction et les migrations entre les zones d'hivernage et d'estivage, et les zones où les naissances ont lieu. Le projet britannique de Plan d'action sur la biodiversité (anon., sous presse) pour le requin pèlerin propose d'aborder quelques uns de ces points.

4.2.2 Conservation de l'habitat

N/A.

4.2.3 Mesures de gestion

Quota européen

La seule gestion connue de cette espèce a suivi l'établissement de la limite de pêche de 200 miles autour des pays de la Communauté européenne (y compris le R.-U. et l'Irlande) dans les années 1970. Un quota de prises annuel pour les prises norvégiennes dans les eaux de la CE a été fixé pour la première fois en 1978 dans le cadre d'un quota d'échange pour le poisson à chair blanche dans les eaux norvégiennes. Le quota de foie de requin pèlerin était de 800 t en 1982 et a depuis régulièrement diminué, passant à 400 t (800-1000 poisson) en 1985, puis à 200 t, et à 100 t (ou 200-300 requins par an avec un poids moyen de 0,4-0,5 t d'huile par requin) depuis 1994.

Plan d'action international de la FAO pour la conservation et la gestion des requins

Un plan de gestion et de suivi du requin pèlerin et autres espèces de requins sera nécessaire à l'avenir dans le cadre du Plan d'action international pour la conservation et la gestion des requins (IPOA-Sharks), approuvé lors d'une session intergouvernementale de la FAO à Rome, en octobre 1998. Ce document a été approuvé par consensus lors d'une session du Comité de la pêche de la FAO en février 1999 et sera soumis à la Conférence de la FAO en novembre 1999 pour adoption. L'objectif de l'IPOA est de garantir la conservation et la gestion des requins et leur utilisation durable à long terme. Ce plan note que l'état actuel des connaissances sur les requins et les pratiques de la pêche aux requins pose des problèmes pour la conservation et la gestion des requins en raison du manque de données sur les prises, l'effort de pêche, les quantités débarquées et le commerce. Entre autres choses, l'IPOA requiert des Etats qui adoptent le Plan (volontaire) qu'ils identifient les espèces vulnérables ou menacées et leur accordent une attention particulière, et qu'ils facilitent l'identification et l'établissement de rapports sur des données biologiques et commerciales au niveau des espèces. La CITES offre actuellement le seul moyen de suivre effectivement les données sur le commerce international au niveau de l'espèce.

4.3 Mesures de contrôle

4.3.1 Commerce international

Aucun

4.3.2 Mesures internes

Aucune connue.

5. Information sur des espèces semblables

Le requin pèlerin est la seule espèce de la famille des Cétorhinidés. Son apparence est très distinctive et il est difficile de le confondre avec une autre espèce, sauf peut-être avec les grands spécimens du grand requin blanc (Carcharodon carcharias) dans les zones où leurs aires de répartition se chevauchent (au sud de l'Australie, par exemple) s'il n'est pas vu clairement. Les ailerons des adultes sont très grands, de sorte que la confusion avec d'autres espèces est peu probable lorsqu'ils sont détachés du corps. Le requin baleine (Rhincodon typus) a lui aussi de très grands ailerons mais sa peau est tachetée et les ailerons sont arrondis aux extrémités alors que ceux du requin pèlerin sont pointus.

L'ordre des Lamniformes compte 16 espèces regroupées en sept familles, dont Carcharias et Odontaspis spp., Alopias spp. et Carcharodon carcharias, Isurus spp. et Lamna spp. Le requin pèlerin, le requin baleine et une espèce pélagique très rarement observée, Megachasma pelagios, sont les seuls requins planctonivores connus mais ils ne sont pas étroitement apparentés.

6. Autres commentaires

Le R.-U. propose d'inscrire le requin pèlerin à l'Annexe II de la CITES pour garantir qu'à l'avenir, le commerce international ainsi que la pêche ciblée et les prises incidentes seront durables. Le requin pèlerin est actuellement protégé ou partiellement protégé dans les eaux territoriales du R.-U., des E.-U. et de la Nouvelle-Zélande, et dans les eaux de l'Etat de Floride. La protection légale est en instance dans toute la Méditerranée et proposée pour les eaux territoriales d'autres Etats. Toutefois, l'espèce est vulnérable face à la pêche ciblée lorsqu'elle quitte ces eaux pour ses migrations. La pêche non gérée peut donc compromettre la viabilité de populations légalement protégée de cette espèce vulnérable. Les témoignages disponibles indiquent déjà que certaines populations de requins pèlerins sont très petites ou présentent une tendance au déclin, ou sont à un niveau encore trop bas après le déclin des décennies précédentes. Le rétablissement paraît extrêmement lent et une gestion prudente est conseillée pour cette espèce.

Les produits du requin pèlerin entrent dans le commerce international et les ailerons sont particulièrement précieux. On peut même dire que la valeur des ailerons sur le marché international non seulement maintient la rentabilité de pêches ciblées, mais encourage les prises incidentes qui, autrement, prélèveraient moins d'individus. Aucune pêche de requin pèlerin n'est gérée à part le quota de la pêche norvégienne dans les eaux de l'Union européenne (qui n'est pas fondé sur une évaluation du stock), et peu, voire aucune, recherche ou surveillance continue indépendante de la pêche n'est effectuée et ce, bien que de nombreux pays reconnaissent que les pêcheurs doivent rechercher de nouvelles espèces à mesure que la pêche traditionnelle décline, et qu'une espèce précieuse et vulnérable comme le requin pèlerin est une cible potentielle facile. Malheureusement, les plans de gestion de la pêche sont très lents à mettre en place lorsqu'une pêche s'est développée.

Le Plan d'action international de la FAO pour la conservation et la gestion des requins (IPOA-Sharks), récemment adopté, reconnaît de l'effort de pêche et des prises des pêcheries de requins des dernières décennies et le fait que la biologie des requins les rend vulnérable s face à la surpêche; il reconnaît la nécessité d'accorder une attention particulière aux espèces vulnérables ou menacées, et de faciliter l'identification et l'établissement de rapports sur des données biologiques et commerciales au niveau des espèces. Cependant, l'IPOA-Sharks est volontaire et il n'y a pas d'autres dispositifs que l'inscription aux annexes CITES pour que ce dernier objectif soit suivi. L'inscription du requin pèlerin à l'Annexe II de la CITES permettrait aux Parties d'atteindre une partie des buts de l'IPOA-Sharks. Les pays d'exportation Parties à la CITES seraient tenus de garantir que le commerce international (qui motive de nombreuses pêcheries) ne nuit pas à la survie de cette espèce. Elle inciterait à la gestion de la pêche et à la recherche, qui font actuellement défaut, pour garantir la durabilité des prises.

7. Remarques supplémentaires

La vulnérabilité du requin pèlerin face à la pêche ciblée du fait de sa biologie et de son écologie a déjà été reconnue en 1996 par l'UICN qui l'a évalué comme espèce"Vulnérable" dans sa Liste rouge. De plus, plusieurs Parties à la CITES ont jugé nécessaire de prendre des mesures législatives pour protéger l'espèce dans leurs eaux territoriales. Le point suivant évalue le requin pèlerin sur la base des critères biologiques CITES.

7.1. Evaluation du requin pèlerin sur la base des critères biologiques CITES

La présente proposition d'inscription du requin pèlerin à l'Annexe II de la CITES repose sur l'évaluation suivante du statut biologique de l'espèce sur la base du critère Bi d'inscription à l'Annexe II de la CITES (voir encadré 1).

1. L'espèce fait l'objet d'une pêche non durable dans plusieurs régions du monde, notamment l'Atlantique Nord-Est et le Pacifique Nord-Est et Nord-Ouest (voir résumé à l'Annexe 1). Cette pêche paraît avoir dépassé les niveaux de la durabilité et a causé un effondrement de population en 10-20 ans.

2. Quelques uns au moins des produits de ces pêcheries sont entrés dans le commerce international.

3. Ces dernières années, les pêcheries du requin pèlerin en Europe ont été rentables largement grâce à la valeur de l'aileron de requin dans le commerce international.

Le critère A est lui aussi rempli dans cette évaluation, sur la base des critères C i & ii, pour l'inscription à l'Annexe I.

Encadré 1. Les critères d'inscription aux annexes CITES

Article II Principes fondamentaux

2. L'Annexe II comprend:

a) Toutes les espèces qui, bien que n'étant pas nécessairement actuellement menacées d'extinction, pourraient le devenir si le commerce des spécimens de ces espèces n'étaient pas soumis à une réglementation stricte ayant pour but d'éviter une exploitation incompatible avec leur survie;

Critères d'inscription d'espèces à l'Annexe II

Une espèce devrait être inscrite à l'Annexe II lorsque l'un ou l'autre des critères suivants est rempli.

A. Il est établi, déduit ou prévu que l'espèce satisfera à l'un au moins des critères énumérés à l'Annexe 1 dans un avenir proche, à moins que le commerce de ladite espèce ne soit strictement réglementé.

B. Il est établi, déduit ou prévu que le prélèvement de spécimens dans la nature aux fins de commerce international nuit ou pourrait nuire à l'espèce pour l'une ou l'autre des raisons suivantes:

i) il excède, sur une longue période, le niveau pouvant être maintenu indéfiniment; ou

ii) [non pertinent].

Critères biologiques de l'Annexe I

Une espèce est considérée comme menacée d'extinction si elle remplit ou est susceptible de remplir au moins l'un des critères suivants.

C. Un déclin du nombre d'individus dans la nature, soit:

i) en cours ou passé (mais avec la possibilité qu'il reprenne); ou

ii) déduit ou prévu sur la base d'une quelconque des caractéristiques suivantes:

- des niveaux ou modes d'exploitation; ou

- [les autres ne sont pas pertinentes]

Mesures de précaution

A. Lorsqu'elles examinent les propositions d'amendement des annexes, les Parties, en cas d'incertitude quant à l'état d'une espèce ou à l'effet du commerce sur la conservation d'une espèce, agissent au mieux de l'intérêt de la conservation de l'espèce.

8. Références

Anon. in press. UK Biodiversity Group Tranche 2 Action Plans. Volume V: maritime species and habitats. English Nature, Peterborough.

Beddington, J.R. and Cooke, J.G. (1983). The potential yield of fish stocks. FAO FisheriesTechnical.Paper (242) 47p.

Berrow, S.D. & Heardman, C. (1994). The basking shark Cetorhinus maximus (Gunnerus) in Irish waters - patterns of distribution and abundance. Proceedings of the Royal Irish Academy 94B, 2. 101-107.

Berrow, S.D. (1994). Incidental capture of elasmobranchs in the bottom set gill-net fishery off the south coast of Ireland. Journal of Marine. Biological Association UK, 74. 837-847.

Bonfil, R. (1994). Overview of world elasmobranch fisheries. FAO Fisheries Technical Paper 341. FAO, Rome, Italy.

Buranudeen, F. & Richards-Rajadurai, P.N. (1986). Squalene. Infofish Marketing Digest n1/86:42-43.

Cailliet, G.M., Holts, D.B., & Bedford, D. (1993). A review of the commercial fisheries for sharks on the west coast of the United States. In: J.Pepperell, J.West, & P.Woon (eds). Shark Conservation. Zoological Parks Board of NSW. Australia.

Casey, J.G., Mather, F.J., Mason, J.M. & Hoenig, J. (1978). Offshore fisheries of the Middle Atlantic Bight. In: H. Clepper, (ed.). Marine recreational fisheries 3: Proc. of the Second Annual Marine Recreational Fisheries Symposium. 107-129. Sport Fishing Institute, Washington DC.

Castro, J.I., Woodley, C.M., and Brudek, R.L. (In preparation). Status of shark species. NMFS, National Oceanographic and Atmospheric Administration, USA, for FAO, Rome.

Chen, C.T., Liu, K.M., Joung, S.J. and Phipps, M.J. 1996. TRAFFIC report on shark fisheries and trade in Taiwan. In: Phipps, M.J. TRAFFIC report on shark fisheries and trade in the East Asian Region. TRAFFIC International, Cambridge, UK.

Clemens, W.A. & Wilby, G.V. (1961). Fishes of the Pacific coast of Canada. Fisheries Research Board of Canada, Bull. 86, 2nd Edition.

Compagno, L.J.V. (1984). Sharks of the World. Hexanchiformes to Lamniformes. FAO Fisheries Synopsis No. 124, Volume 4, Part 1. FAO, Rome.

Darling, J.D. & Keogh, K.E. (1994). Observations of basking sharks Cetorhinus maximus in Clayoquot Sound, British Columbia. Canadian Field Naturalist 108, 199-210.

Earll, R.C. (1990). The basking shark: its fishery and conservation. British Wildlife. 121-129.

Fairfax, D. (1998). The basking shark in Scotland: natural history, fishery and conservation. Tuckwell Press, East Linton, Scotland. 206 pp.

Fleming, E.H. and Papageorgiou, P. (1996.) European regional overview of elasmobranch fisheries and trade in selected Atlantic and Mediterranean countries. TRAFFIC Europe.

Fowler, S.L. (1996). Status of the basking shark Cetorhinus maximus (Gunnerus). Shark News 6:4-5. Newsletter of the IUCN Shark Specialist Group.

Fowler, S.L. (in press). Status of the basking shark Cetorhinus maximus (Gunnerus). In: Fowler, S.L., Camhi, M., Burgess, G., Fordham, S., and Musick, J. In press. Sharks, rays and chimaeras: the status of the Chondrichthyan fishes. IUCN Species Survival Commission Shark Specialist Group. IUCN, Gland, Switzerland, and Cambridge, UK.

Gauld, J.A. (1989). Records of Porbeagles landed in Scotland, with observations on the biology, distribution and exploitation of the species. Scottish Fisheries Research Report 45. Aberdeen.

Holden, M.J. (1968). The rational exploitation of the Scottish-Norwegian stocks of spurdogs (Squalus acanthias L.). Fishery Investigations Series II, 25(8), 28 pp.

Holden, M.J. (1974). Problems in the rational exploitation of elasmobranch populations and some suggested solutions. In: Harden Jones, F.R. (ed.) Sea Fisheries Research. pp 117-137. John Wiley and Sons.

Hueter, R.E. (1998). Philopatry, natal homing and localised stock depletion in sharks. Shark News 12, 1-2. Newsletter of the IUCN Shark Specialist Group.

ICES (1995). Report of the Study Group on Elasmobranch Fishes. ICES CM 1995/G:3. International Council for the Exploration of the Sea. Denmark.

IUCN (1996). IUCN Red List of Threatened Animals. IUCN-The World Conservation Union, Gland, Switzerland, and Cambridge, UK.

Kunzlik, P.A. (1988). The basking shark. Scottish Fisheries Information Pamphlet No. 14. Department of Agriculture and Fisheries for Scotland. Aberdeen.

Last, P.R. & Stevens, J.D. (1994). Sharks and rays of Australia. CSIRO Division of Fisheries, Australia.

Lien, J. and Aldrich, D. (1982). The basking shark (Cetorhinus maximus) in Newfoundland. Report to the Department of Fisheries, Government of Newfoundland and Labrador. 186 pp.

Lien, J. and Fawcett, L. (1986). Distribution of basking sharks Cetorhinus maximus incidentally caught in inshore fishing gear in Newfoundland. Canadian Field-Naturalist, 100, 246-252.

Lum, M. (1996). Every mouthful of shark's fin in high demand. Singapore Sunday Times, (Straits Times) May 19 1996, Leisure page.

McNally, K. (1976). The Sun-Fish Hunt. Blackstaff Press, Belfast.

Olsen, A.M. (1954). The biology, migration and growth rate of the school shark Galeorhinus australis (Macleay) (Carcharhinidae) in south-eastern Australian waters. Australian Journal of Marine and Freshwater Research 5:353-410.

Owen, R.E. (1984). Distribution and ecology of the basking shark Cetorhinus maximus (Gunnerus 1765). A Thesis submitted in partial fulfillment of the requirements for the Degree of Master of Science in Oceanography. University of Rhode Island.

Parker, H.W. and Stott, F.C. (1965). Age, size and vertebral calcification in the basking shark Cetorhinus maximus (Gunnerus). Zoologische Mededelingen, 40, 305-319.

Parry-Jones, R. 1996. TRAFFIC report on shark fisheries and trade in the People's Republic of China. In: Phipps, M.J. TRAFFIC report on shark fisheries and trade in the East Asian Region. TRAFFIC International, Cambridge, UK.

Pauly, D. 1978. A critique of some literature data on the growth, reproduction and mortality of the lamnid shark Cetorhinus maximus (Gunnerus). International Council for the Exploration of the Sea. Council Meeting 1978/H:17 Pelagic Fish Committee, 10 pp.

Pauly, D. 1980. On the interrelationships between natural mortality, growth parameters, and mean environmental temperature in 175 fish stocks. Journal du Conseil International pour l'Exploration de la Mer 39(3): 175-192.

Pauly, D. in press. Growth and mortality of the basking shark Cetorhinus maximus and their implications for management of whale sharks Rhincodon typus. In: Fowler, S.L. in press. Proceedings of International Seminar and Workshop on Elasmobranch biodiversity, conservation and management, Sabah, July 1997.

Pawson, M. and Vince, M. (1998). Fishery management case studies: Management of shark fisheries in the Northeast Atlantic (FAO Zona 27). A report prepared for FAO on the shark, dogfish, skate and ray fisheries and their management in the ICES Zona, February 1998. Centre for Environment, Fisheries and Aquaculture Science, Lowestoft, England.

Phillips, J.B. (1947). Basking shark fishery revived in California. California Fish and Game. V.? 11-23.

Phipps, M.J. (1996). TRAFFIC report on shark fisheries and trade in the East Asian Region. TRAFFIC International, Cambridge, UK.

Rae, B.B. (1962). Porbeagle sharks. Scottish Fisheries Bulletin 18, 17-19.

Reid, P.C., Planque, B. and Edwards, M. (1998a). Is observed variability in the long-term results of the Continuous Plankton Recorder survey a response to climate change? Fish. Oceanography 7:3/4, 282-288.

Reid, P.C., Edwards, M. E., Hunt, H., and Warner, A.E. (1998b). Phytoplankton change in the North Atlantic. Nature 391: 546.

Reid, P.C. & Planque, B. In press. Long-term planktonic variations and the climate of the North Atlantic. In: D. Mills (ed.) Problems facing salmon in the sea. Fishing News Books, ?UK

Ripley, W.E. (1946). The biology of the soupfin Galeorhinus zyopterus and biochemical studies of the liver. Fishery Bulletin. California Department Fish Game, 64, 93pp.

Robinson, G.A. and Hunt, H.G. 1986. Continuous plankton records: annual fluctuations of the plankton in the western English Channel, 1958-83. Journal of the Marine Biological Association of the United Kingdom, 66, 791-802.

Roedel, P.M. and Ripley, W.M.E. (1950). California sharks and rays. California Department Fish Game, Fishery Bulletin 64:7-37.

Rose, D. (1996). An overview of world trade in sharks and other cartilaginous fishes. TRAFFIC International.

Russell, F.S. (1936). On the value of certain plankton animals as indicators of water movements in the English Channel and the North Sea. Journal of the Marine Biological Association of the United Kingdom, 20, 309-331.

Siccardi, E.M. (1960). Cetorhinus in el Atlantico sur. In: Actas y trabajos del Primer Congreso Sudamericano de Zoologia, La Plata, 1959. Vol. 4:251-63.

Siccardi, E.M. (1971). Cetorhinus in el Atlantico sur (Elasmobranchii: Cetorhinidae). Rev. Mus. Argent. Cienc. Nat. Bernardino Rivadavia Inst. Nac. Invest. Cienc. Nat. 6(2):61-101.

Sims, D.W., Fox, A.M., and Merrett, D.A. (1997). Basking shark occurrence off south-west England in relation to zooplankton abundance. Journal Fishery. Biology. 51: 436-440.

Sims, D.W. and Quayle, V.A. (1998). Selective foraging behaviour of basking sharks on zooplankton in a small-scale front. Nature 393: 460-464.

Southward, A.J. 1980. The western English Channel - an inconstant ecosystem? Nature, London, 285, 361-366.

Speedie, C. (1998). Basking shark report - Cornwall 1998. Shark focus No. 3, p.6.

Springer, S. and Gilbert, P.W. (1976). The basking shark Cetorhinus maximus, from Florida and California, with comments on its biology and systematics. Copeia, 1976, 47-54.

Squire, J.L. (1967). Observations of basking sharks and great white sharks in Monterey Bay 1948-1950. Copeia 1:247-250.

Squire, J.L. (1990). Distribution and apparent abundance of the basking shark Cetorhinus maximus off the central and southern California coast, 1962-85. Marine Fisheries Review 52(2): 8-11.

Tomás, A.R.G. and Gomes, U.L. (1989). Observacoes sobre a presenca de Cetorhinus maximus (Gunnerus, 1765) (Elasmobranchii, Cetrohinidae) no sudeste e sul do Brasil. B. Inst. Pesca, 16(1): 111-116.

Uchida, S. 1995. Basking shark. In "Basic data for the Japanese rare wild animals II (eds. by Japan Fisheries Resource Conservation Association)", p. 159-167. (In Japanese.)

Walker, T. (1996). Localised stock depletion: does it occur for sharks? Shark News 6:1-2. Newsletter of the IUCN Shark Specialist Group.

Watkins, A. 1958. The Sea My Hunting Ground. London, Heinemann, 250pp.

Yano, K. [Ken-ichi] 1976. World of sharks. Shincho-sha, Tokyo, 230 pp. (In Japanese)

Yano, K. [Ken-ichi] 1979. Sharks. Hosei University Press, Tokyo, 267 + 10 pp. (In Japanese).

Annexe 1. Tendances des rendements de la pêche ou des observations de requins pèlerins

Régions
et description des observations


Périodes

Prises ou
observations
moyennes
par an

(Déclin) ou augmentation moyen des prises

(Déclin) ou augmentation
moyen
par décennie

Ile d'Achill, Irlande. Pêche côtière ciblée sur le requin pèlerin

1947-1975

360/an en 1947-1950; 1475/an en 1951-1955; 489/an en 1956-1960; 107/an en 1961-1965; 64/an en 1966-1970; 50/an en 1971-1975. Rarement vus dans les années 1990.

(>95% de déclin en 25 ans)

années 1940: augmente avec le développement de la pêche

(années 1950: 65% de déclin)

(années 1960: 30% de déclin)

(années 1970: 20% de déclin et fermeture)

Côte ouest de l'Ecosse

1946-1953

121/an partout

142/an en 1946-1949,

100/an en 1950-1953.

(~30% en 7 ans; tendance peu claire)

(~30%; tendance peu claire)

Embouchure de la Clyde, Ecosse

1982-1994

58,6/an les 5 premières années; 4,8/an les 5 dernières années.

(>90% en 12 ans)

(~90%)

Prises norvégiennes

1946-1996

837/an en 1946-1950

554/an en 1951-1955

1541/an en 1956-1960

1792/an en 1961-1965

3213/an en 1966-1970

2236/an en 1971-1975

1706/an en 1976-1980

797/an en 1981-1985

343/an en 1986-1990

403/an en 1991-1995

(87% de déclin entre le pic de quantités débarquées à la fin des années 1960 aux niveaux du début des années 1990)

~200% d'augm., années 1950

~100% d'augm., années 1960

(années 1970: 47% de déclin)

(années 1980: 80% de déclin)

(années 1990: 60% en tout)

Nord-est de l'Atlantique

(toutes prises combinées)

1946-1996

1254/an en 1946-1950

2094/an en 1951-1955

2030/an en 1956-1960

1899/an en 1961-1965

3277/an en 1966-1970

2385/an en 1971-1975

1706/an en 1976-1980

848/an en 1981-1985

355/an en 1986-1990

407/an en 1991-1995

(90% de déclin de la principale période de pic de débarq. à la fin des années 1960 aux débarq. de fin des années 1980).

Après 20 ans de fluctuation mais augm. des prises

~40% d'augm., années 1950

~20% d'augm., années 1960

(1970: 40% de déclin)

(1980: 65% de déclin)

(1990: 80% en tout)

Pacifique canadien

1956-années 1990

50-60/an tués dans les années 1950

<25/an observés dans les années 1990

(50% de déclin)

Données peu claires mais qq années de prises ont abouti à un déclin de 50% des observ. en 40 ans.

Californie

1946- années 1950

300/an en 1946; 200/an fin des années 1940; pêcheries fermées au début des années 1950

(30% de déclin en quelques années puis les pêcheries ont fermé)

Données peu claires mais quelques années de prises élevées ont été suivies par la fermeture de la pêche.

Japon

1967- années 1990

127/an en moyenne, 1967-1974

150 requins en 1975; 20 requins en 1976; 9 requins en 1977;6 requins en 1978; pêche fermée au début des années 1980

0-2/an vus dans les années 1990

(>95% de déclin en 10 ans)

Données résumées pour les 8 premières années; tendances peu claires au début mais déclin rapide dans la 2e moitié et persiste jusqu'à présent.

Chine

1960-1990

Pas de données quantitatives. Commune dans les années 1960, prises occasionnelles dans les années 1970, rare dans les années en 1980 et 1990.

(Pas de données quantitatives mais déclin à un niveau très bas.)

(Pas de données quantitatives mais déclin important pour les années 1960 et 1970.)

Observations à l'île de Man

1985-1998

Déclin des observations/effort; voir tableau 1.

(Moyenne des observations en baisse de ~90%)

(Moyenne des observations en baisse de ~90%)

Annexe 2. Données sur les quantités débarquées de requins pèlerins de l'Atlantique Nord-Est

2a. Nombre de requins pèlerins dans la pêche ciblée, 1946-1996


Ile d'Achill

Autres
prises
irlandaises


Ecosse


Norvège*

Norvège
moyenne
sur 5 ans


Total

Total
moyenne
sur 5 ans

1946

0

66

426

1947

6

245

250

501

1948

80

222

964

837

1266

1254

1949

450

35

782

913

1267

1673

1950

905

77

1764

942

2746

2026

1951

1630

147

806

868

2583

2128

1952

1808

68

392

848

2268

2243

1953

1068

110

596

554

1774

2094

1954

1162

0

682

498

1844

1879

1955

1708

294

472

2002

1570

1956

977

528

377

1505

1340

1957

468

258

747

726

1533

1958

500

122

1541

622

2030

1959

280

2532

1844

2812

2189

1960

219

4266

2046

4485

2320

1961

258

2042

2463

2300

2653

1962

116

1266

2384

1382

2526

1963

75

2210

1792

2285

1899

1964

39

2138

1748

2177

1813

1965

47

1304

2331

1351

2380

1966

46

1822

2521

1868

2570

1967

41

4180

2719

4221

2784

1968

75

3160

3213

3235

3277

1969

113

3130

3190

3243

3250

1970

42

3774

2642

3816

2706

1971

29

1708

2453

1737

2519

1972

62

1438

2256

1500

2337

1973

85

0

2214

2236

2299

2385

1974

33

150

2148

2194

2331

2338

1975

38

350

3670

2224

4058

2355

1976

0

?

1502

2095

1502

2209

1977

1586

2119

1586

2197

1978

1570

1706

1570

1706

1979

2268

1561

2268

1561

1980

1606

1430

1606

1430

1981

0

776

1268

776

1292

1982

1

930

992

931

1035

1983

122

758

797

880

848

1984

92

888

740

980

799

1985

40

631

624

671

683

1986

38

493

518

531

556

1987

1

352

392

353

411

1988

15

228

343

243

355

1989

3

256

310

259

314

1990

2

387

386

389

392

1991

1

325

456

326

459

1992

9

732

476

741

480

1993

0

582

403

582

407

1994

9

353

354

362

358

1995

0

22

231

22

232

1996

83

83

1997

114

114

* Les quantités de requins prises par la Norvège sont calculées à partir des quantités débarquées (en tonnes) en supposant un poids moyen de 5 t par requin. Il peut en résulter une sous-estimation de 30% du nombre de requins pris.

2b. Quantités débarquées* norvégiennes de requins pèlerins

enregistrées par zones de pêche de l'ICES depuis 1973

Zone I
Mer de
Barents

Zone IIa
N Norvège

Zone Iva
S. Norvège/
Shetland

Zone Vb(1)
Féroé

Zone VIa
O. Ecosse

Zone VIIb-c
O. Irlande


Total

1973

20

1850

150

160

2180

1974

1598

200

350

2148

1975

2776

444

450

3670

1976

14

1488

1502

1977

5

1581

1586

1978

1443

6

120

1570

1979

1

2206

60

2268

1980

1570

36

1606

1981

764

12

776

1982

849

80

930

1983

416

316

26

758

1984

1

375

530

906

1985

1

630

631

1986

493

493

1987

70

70

1988

3

43

46

1989

256

256

1990

71

315

387

1991

103

222

325

1992

221

511

732

1993

492

90

582

1994

301

51

353

1995

21

1

22

1996

83

83

1997

1998

Source: rapports du Groupe d'étude de l'ICES sur les Elasmobranches.

* Chiffres obtenus en convertissant les quantités débarquées (tonnes) en nombre de requins de 5 t. Il peut en résulter une sous-estimation de 30% du nombre de requins pris.