Notification aux Parties

5 mai 1999

Veuillez donner la référence suivante dans votre réponse:

FWS/OSA

Willem Wijnstekers, Secrétaire général
Secrétariat CITES
Geneva Executive Center
15, chemin des Anémones
Case postale 456
CH-1219 Châtelaine
Genève, Suisse

Monsieur,

Les Etats-Unis d'Amérique ont le plaisir de soumettre ci-joint au Secrétariat une "évaluation d'espèce" consacrée aux hippocampes (Hippocampus spp.) pour distribution aux Parties à la CITES en application de la résolution Conf. 8.21, paragraphe b. Ce document, bien que n'étant pas techniquement une proposition d'amendement, présente des informations biologiques et commerciales indiquant qu'Hippocampus spp. remplit les conditions d'inscription à l'Annexe II de la CITES aux termes de la résolution Conf. 9.24, Annexe 2a. Les Etats-Unis d'Amérique souhaiteraient recevoir les commentaires des Parties à la CITES ayant des populations d'hippocampes, notamment des Etats de l'aire de répartition ayant des niveaux élevés de prélèvements et d'exportations d'hippocampes. Nous souhaitons en particulier recevoir des commentaires scientifiquement fondés sur la conservation de ces espèces, et sur les effets du commerce international sur leurs populations. Se fondant sur les commentaires reçus, les Etats-Unis d'Amérique décideront de soumettre ou non à la CdP11 une proposition d'amendement formelle sur les hippocampes. Nous n'ignorons pas qu'une proposition révisée doit être soumise au Secrétariat au moins 150 jours avant la CdP11.

Les commentaires devraient m'être adressés par lettre à: Office of Scientific Authority, U.S. Fish and Wildlife Service, 4401 N. Fairfax Drive, Arlington, VA 22203, USA, ou par fax à: (703) 358-2276, ou par e-mail à: r9osa@fws.gov.

Je vous remercie de faciliter la distribution de ce document aux Parties à la CITES. Vous pouvez y joindre la présente lettre.

Sincères salutations,

Mme Susan S. Lieberman

Chef du bureau de l'autorité scientifique

Annexe mentionnée

Evaluation d'espèces

Espèces: Hippocampes Hippocampus spp.

Proposition: Inscription à l'Annexe II

Application des critères CITES

Les principales menaces pesant sur les populations d'hippocampes sont un déclin généralisé de leurs effectifs résultant de la surpêche et de la disparition de leur habitat. Les hippocampes (Hippocampus spp.) sont exploités dans le monde entier pour les médecines traditionnelles, l'aquariophilie et comme curiosités; on estime que les populations d'hippocampes des pays de l'Indo-Pacifique ont diminué de 25-75% depuis cinq ans (Vincent 1997). La taille des individus diminue du fait de l'augmentation des prises de mâles immatures dans les pêcheries, ce qui pourrait avoir de graves implications pour le potentiel reproducteur.

Compte tenu des menaces substantielles à ces espèces et de leur importance dans le commerce international des espèces sauvages, les espèces du genre Hippocampus pourraient remplir les conditions d'inscription à l'Annexe II de la CITES. En l'état actuel, Hippocampus spp. remplit le critère A de l'Annexe 2a de la résolution Conf. 9.24: à moins que le commerce de ce genre ne soit réglementé, Hippocampus spp. remplira au moins un des critères d'inscription à l'Annexe I (le critère C). Un déclin des effectifs a été observé dans des régions où l'hippocampe est pêché et ce déclin a pu empirer en raison de la dégradation de l'habitat, du déclin du potentiel reproducteur et d'une augmentation prévue de 8-10% par an de la demande. Hippocampus spp. remplit aussi le critère B de l'Annexe 2a: le prélèvement de spécimens dans la nature pour le commerce international paraît avoir dépassé le niveau pouvant être maintenu indéfiniment.

Répartition des espèces

Il y a environ 35 espèces du genre Hippocampus. Toutes sont marines; les hippocampes vivent dans les herbiers marins, les mangroves et les récifs coralliens, entre 45o de latitude nord et sud, la plupart étant réparties dans l'Atlantique ouest et l'Indo-Pacifique (Pollard 1984). Bien que paraissant réparties sur de vastes aires, on ne les trouve que dans d'étroites bandes le long des côtes, dans des eaux peu profondes. Les hippocampes préfèrent les eaux d'1 à 15 m de profondeur; on trouve cependant certaines espèces à 45-60 m de profondeur. Leur densité est d'environ un individu par 6 m2 mais elle peut atteindre 10 à 15 par mètre carré dans certains herbiers marins (Vincent 1997). Certaines populations ont des migrations saisonnières sur de courtes distances; une certaine dispersion se produit durant les orages.

Informations sur les espèces ou le taxon

Les hippocampes sont caractérisés par des populations peu nombreuses, une faible mobilité, un lieu de vie peu étendu, une faible mortalité naturelle des adultes, une faible fécondité, des soins parentaux prolongés et la fidélité des couples. L'hippocampe d'Australie mesure 1 à 2 cm, celui du Pacifique, 30 cm. Leur longévité est inconnue mais elle serait d'environ quatre ans pour la plupart des espèces de taille moyenne de l'Indo-Pacifique (Vincent 1997). Les mœurs des hippocampes rendent possible la surexploitation de leurs populations: a) ils s'occupent de leurs jeunes aussi doivent-ils survivre pour que leurs petits survivent; b) les taux de reproduction sont limités par les soins parentaux prolongés et les portées de petites taille; c) la répartition peu nombreuse, la faible mobilité et le lieu de vie peu étendu limitent le remplacement des partenaires perdus et la capacité des juvéniles à recoloniser les zones d'où les hippocampes ont disparu; et d) la faible mortalité naturelle des adultes est compensée par la forte activité de la pêche, qui exerce une pression sélective sur les populations.

La croissance rapide du commerce d'Hippocampus spp. pour la médecine traditionnelle chinoise et ses remèdes, l'aquariophilie et comme souvenirs et curiosités, aboutit à la surexploitation des populations dans la nature. Les hippocampes sont capturés à la main, à l'épuisette ou au moyen de petites sennes par les pêcheurs de subsistance. Ils font partie des prises incidentes dans la pêche à la crevette et autres formes de pêche au filet. L'on estime qu'au moins 20 millions d'hippocampes sont capturés chaque année dans la nature. Au moins 20 pays exportent des hippocampes; les plus importants pays d'exportation connus sont l'Inde, l'Indonésie, les Philippines, la Thaïlande et le Viet Nam, avec des exportations annuelles pour chaque pays estimées à 3 à 15 t d'hippocampes séchés. Les hippocampes représentent 80 à 100% du revenu de certains pêcheurs aux Philippines et en Inde; ils sont parmi les ressources de la mer exportées les plus précieuses du Viet Nam et des Philippines (Vincent 1995). Les quantités d'hippocampes débarquées aux Etats-Unis d'Amérique (Floride) augmentent régulièrement depuis qu'elles ont commencé à être enregistrées, en 1992: plus de 112 000 hippocampes ont été pris en 1994.

Les plus importants pays d'importation d'hippocampes séchés sont la Chine, Hong Kong et Taïwan. La consommation annuelle est estimée à 45 t en Asie (16 millions d'hippocampes). Les hippocampes sont vendus entiers et séchés (à Hong Kong ils sont blanchis) pour la préparation de tonics. On note une augmentation récente des remèdes préparés (pilules) en Asie, peut-être parce que les individus pêchés sont plus petits. Les hippocampes sont également utilisés dans les médecines traditionnelles de l'Indonésie, des Philippines et de l'Inde; au moins huit remèdes à base d'hippocampe sont à présent en vente en Amérique du Nord (Fratkin 1986). La demande à des fins médicinales a été multipliée par 10 dans les années 1980 et continue d'augmenter de 8 à 10% par an pour la seule Chine; des tendances similaires pourraient survenir dans des pays ayant des communautés chinoises importantes. Les hippocampes séchés sont vendus comme curiosités sur les plages et dans les boutiques de coquillages partout dans le monde.

Les spécimens vivants vendus à des aquariophiles sont exportés principalement en Amérique du Nord, en Europe, au Japon et à Taïwan. Les cinq espèces les plus recherchées pour les aquariums sont des espèces de l'Indo-Pacifique du complexe H. histrix et du complexe H. kuda, et une espèce nord-américaine, H. erectus; plusieurs autres espèces sont également vendues. Presque tous les hippocampes d'aquarium proviennent de la nature. Les hippocampes ne conviennent pas pour l'aquariophile: rares sont ceux qui survivent en captivité (Vincent 1997).

La demande internationale d'hippocampes n'est plus assurée. En plus des grands spécimens, très appréciés, qui étaient autrefois les seuls à être pêchés, une part substantielle du commerce porte aujourd'hui sur de petits hippocampes, précédemment rejetés. Les hippocampes des Philippines de moins de 10 cm, par exemple, n'étaient pas pêchés dans les années 1970 alors que ceux de 5 cm sont capturés aujourd'hui (Vincent 1997). Cela signifie que les juvéniles et les adultes, ainsi que d'autres espèces auparavant non exploitées (adultes de plus petite taille) sont maintenant vulnérables face à la pression de la pêche.

Tableau 1 Principaux pays d'importation d'hippocampes séchés. Toutes les données émanent de Vincent (1997); les quantités et valeurs sont extrapolées des statistiques publiées et d'interviews.

Pays/
entité

Quantités utilisées
(t/an)

Valeur par kg
(déclarée)

Valeur par kg
(au détail)

Nombre
par kg

Période

Hong Kong

environ 10 t

USD 56

USD 275-412

USD 326-515

USD 1200

330

265

65

1995

Taïwan

10-12 t

USD 50-75

USD 210-270

USD 640-850

>300

<100

1991-1994

Chine

20 t

USD 40-294

USD 270-676

260

1990-1995

Tableau 2 Quantité et valeur des hippocampes des principaux pays d'exportation. Toutes les données émanent de Vincent (1997) et incluent des informations émanant de statistiques nationales et d'interviews. La valeur dépend de la taille de l'hippocampe, le prix le plus élevé allant aux animaux les plus grands.

Lieu

Spécimens

Quantité
exportée

Valeur

Année

Pêcheur

Acheteur

Inde

séchés

3,6 t

0,17-0,37 pièce

USD 62-118 kg

1995

Viet Nam

séchés

5 t

USD 95-109 kg

USD 118-127 kg

1995

Philippines

séchés

3,5-11 t

0,20-0,40 pièce

USD 112 kg

1993-1994

Philippines

vivants

>500 000

0,20-0,36 pièce

1-2,50 pièce

1993

Indonésie

vivants

>100 000

0,32-1,81 pièce

0,68-3,62 pièce

1995

E.-U.

vivants

(importations)

Grossiste: USD 5-9,40 pièce

1993

A ce jour, peu de stratégies de conservation ont été mises en œuvre; seule la Tasmanie (Australie) protège pleinement les hippocampes. Les hippocampes figurent sur les Listes rouges française, portugaise et vietnamienne d'animaux menacés mais leur commerce reste légal. Le 1er janvier 1998, l'Australie est devenu le premier pays à requérir un permis pour l'exportation des hippocampes; les permis ne sont délivrés que pour les animaux provenant de programmes de reproduction en captivité approuvés (Moreau 1997). Le chalutage côtier est interdit en Indonésie, à Taïwan et en Thaïlande, ce qui confère une protection indirecte à l'hippocampe en protégeant son habitat (à condition que l'interdiction soit bien appliquée). Il y a au Viet Nam et aux Philippines deux petits projets de gestion communautaire de l'hippocampe, comprenant des zones non exploitées et des enclos pour les mâles porteurs, qui ne sont pas tués avant la naissance des petits (Vincent 1995).

Les programmes de reproduction en captivité conçus pour réduire la pression exercée sur les populations dans la nature n'ont généralement pas abouti en raison des difficultés posées par l'élevage des jeunes et la nécessité de prélèvements répétés d'adultes dans la nature pour maintenir le cheptel parental. Il y a eu des programmes de reproduction en captivité en Chine des années 1950 aux années 1980 mais leur échec économique (dû principalement aux taux élevés de mortalité et à la faible productivité) ont entraîné la fermeture de tous les établissements (Vincent 1997). L'élevage d'hippocampes a aussi été tenté aux Philippines parce que la pêche sans discernement en avait épuisé les populations mais cette activité a là aussi été abandonnée. Le Seafarming Development Centre, à Sumatra, Indonésie, signale sa réussite dans la reproduction des hippocampes (53% de survie des jeunes) mais il faudrait une évaluation critique de cet établissement. Des essais de reproduction en captivité sont en cours au Viet Nam mais il est trop tôt pour en déterminer la rentabilité. Dans l'ensemble, les programmes de reproduction en captivité d'hippocampes ont montré que la reproduction est relativement simple mais que l'élevage des jeunes pose des problèmes de nutrition et de sensibilité aux maladies.

Information de l'UICN

Dans la Liste rouge UICN des animaux menacés de 1996, 31 des 35 espèces du genre Hippocampus sont inscrites comme "Vulnérables", ces espèces courant le plus haut risque d'extinction à l'avenir. Les autres espèces n'ont pas été classées faute de données suffisantes.

CdP précédentes

A ce jour, l'inscription des hippocampes Hippocampus spp. à l'Annexe II de la CITES n'a pas été proposée.

Références

Fratkin, J. 1986. Chinese herbal patent formulas: A practical guide. SHYA Publications, Colorado.

Moreau, M. December, 1997. Australia bans exports of wild-caught seahorses. SPC Live Reef Fish Information Bulletin #3. Pp. 45-46.

Pollard, D.A. 1984. A review of ecological studies on seagrass-fish communities, with particular reference to recent studies in Australia. Aquat. Bot. 18:3-42.

Vincent, A.C.J. 1995. Trade in seahorses for traditional Chinese médecines, aquarium fishes and curios. TRAFFIC Bulletin. 15(3): 125-128.

Vincent, A.C.J. 1997. International trade in seahorses. TRAFFIC International. 163 pp.