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SITUATION DE LA TORTUE IMBRIQUEE AUX PLANS REGIONAL ET MONDIAL
VUE D'ENSEMBLE
L'état de la tortue imbriquée (Eretmochelys imbricata) dans les Caraïbes et dans le monde a fait l'objet de nombreux rapports, dont une étude globale faite par Groombridge et Luxmoore (1989) pour le Secrétariat CITES. En 1999, la revue Chelonian Conservation and Biology a consacré un volume entier à une étude approfondie de cette espèce, comportant notamment les articles suivants: "Status Justification for Listing the Hawksbill Turtle (Eretmochelys imbricata) as Critically Endangered on the 1996 IUCN Red List of threatened animals" de Meylan et Donnelly, et "Status of the Hawksbill Turtle (Eretmochelys imbricata) in the Caribbean région" de Meylan. Ces deux articles sont à la base du présent rapport. Les données à jour disponibles sur les populations pondeuses, leurs tendances et les menaces pesant sur elles, ont été fournies.
La tortue imbriquée remplit les critères de 1996 d’inscription aux listes rouges de l'UICN où figurent les espèces en danger critique d'extinction, sur la base de déclins de la population mondiale de 80% ou plus durant les trois dernières générations (105 ans) et des déclins projetés sur les trois prochaines générations. La plupart des populations sont en déclin ou épuisées, ou sont des vestiges de rassemblements plus grands. Le Nicaragua, le Panama, Madagascar, le Sri Lanka, la Thaïlande, la Malaisie, l'Indonésie et les Philippines sont des régions dans lesquelles des déclins de populations de cette ampleur ont été enregistrés. Dans plusieurs régions, le déclin a été de 80% en moins de 50 ans. Il n'y a plus que cinq populations régionales (Seychelles, Mexique, Indonésie et deux en Australie) qui regroupent chaque année plus de 1000 femelles pondeuses. Trois d'entre elles – celles d'Indonésie, des Seychelles et une d'Australie – sont en déclin. Les populations de tortues imbriquées d'Australie – les plus nombreuses qui soient – sont classées "Vulnérables" par le Gouvernement australien.
Certaines populations petites mais épuisées sont à présent stables et quelques populations ont commencé à augmenter mais seulement après des années de protection. Des augmentations de populations de tortues imbriquées pondeuses n'ont été documentées que dans quelques sites: péninsule du Yucatán (Mexique), Mona Island (Porto Rico), et Cousin Island (Seychelles). Tous ces sites sont effectivement protégés depuis deux décennies. Si les augmentations de population de tortues imbriquées sont actuellement l'exception plutôt que la règle, ces quelques succès prouvent que les populations de tortues imbriquées peuvent réagir positivement aux mesures de conservation à long terme. Il faudra un appui régional pour que ces programmes continuent de réussir. Le Groupe UICN de spécialistes des tortues marines (1995) a déterminé qu'il fallait que les populations de tortues marines devaient se rétablir pour qu'elles jouent leur rôle écologique.
Les tortues imbriquées étaient jadis abondantes, comme en témoignent les données historiques, la forte densité de nids sur les quelques sites restants, et les statistiques du commerce. Parsons (1972) écrivait que parmi les diverses espèces de tortues marines, la tortue imbriquée était celle qui avait enduré l'exploitation la plus longue et la plus soutenue. En plus des menaces communes à toutes les tortues marines – disparition des habitats où elles pondent et où elles se nourrissent, pollution par les hydrocarbures, débris qu'elles ingèrent et où elles se prennent, prises incidentes par les engins de pêche, exploitation des œufs et de la viande, collisions avec les bateaux – les tortues imbriquées sont exploitées pour l'écaille de tortue, matériel précieux au même titre que l'ivoire, la corne de rhinocéros, l'or et les gemmes.
La demande mondiale d'écaille de tortue, forte et qui remonte loin en arrière, a une grande influence sur la survie de cette espèce (Carr, 1972; Parsons, 1972; Mack et autres, 1979; Nietschmann, 1981, Mortimer, 1984; Milliken et Tokunaga, 1987; Cruz et Espinal, 1987; Groombridge et Luxmoore, 1989; Meylan, 1989; Canin, 1991; Eckert, 1995; Limpus, 1997; Palma, 1997). Meylan (1999a) estime que la véritable portée de cet effet n'était pas reconnue auparavant et que notre perception actuelle de l'état des populations de cette espèce est affectée par le syndrome des conditions de départ fluctuantes (Pauly, 1995; Sheppard, 1995; Jackson, 1997). Ce syndrome se réfère à la tendance qu'ont les hommes à mesurer les changements par rapport à ce qu'ils considèrent être le point ou les conditions de départ – habituellement le moment auquel eux-mêmes ont vu pour la première fois le phénomène en question. Les conditions de départ sont ainsi constamment (et inconsciemment) remises à zéro, ce qui entraîne une perte de perspective historique.
Carr (cité dans Bustard, 1973) a pu augurer des conclusions sur les conditions de départ fluctuantes pour la tortue imbriquée quand il déclarait que la répartition géographique moderne des tortues imbriquées n'est que l'ombre de ce qu'elle était à l'origine. Limpus (1995b) concluait lui aussi que la nidification dispersée qu'on observe aujourd'hui résulte de la surexploitation de colonies jadis importantes. Autre élément confortant l'idée de conditions de départ fluctuantes: il reste quelques sites de ponte regroupant quelque 200-660 nids/km/saison, comme ceux des îles Daymaniyat à Oman (Salm et autres 1993), Shitvar en Iran (Groombridge et Luxmoore, 1989), et Cousin aux Seychelles (J. Mortimer, com. pers.). A l'époque moderne, on a souvent dit que les tortues imbriquées étaient naturellement rares (Groombridge et Luxmoore, 1989, et autres) et qu'elles avaient une nidification plus dispersée que celle des autres espèces. Cette perception est peut-être due au fait que leurs populations avaient déjà considérablement diminué par suite de siècles d'exploitation avant que les biologistes n'en prennent la mesure (Meylan et Donnelly, 1999). Les données historiques parlent d'elles même: des millions de tortues imbriquées ont été vendues dans le monde, et pourtant aujourd'hui, à quelques exceptions près, il n'y en a que de petites populations.
Les tortues imbriquées sont chassées pour la viande, l'écaille et les œufs dans la majorité des régions où on les trouve. Leur exploitation s'est intensifiée par suite des progrès technologiques dans les engins de pêche et de la possibilité d'utiliser des hors-bord permettant d'aller loin en mer. Les tortues imbriquées sont faciles à capturer sur les plages de ponte et en mer. La présence de ces tortues dans les mêmes habitats de récifs que des poissons et des homards commercialement intéressants les rend particulièrement vulnérables face à l'exploitation et facilite la poursuite de leur exploitation au-delà de point d'extinction économique. Avec l'expansion de la pêche, et les prises incidentes, la pression sur elles devrait augmenter. Le manque d'intérêt pour la conservation et l'absence de mise en œuvre de législations de protection sont des problèmes importants.
Les habitats terrestres et marins des tortues imbriquées sont dégradés et dans certains cas, ils disparaissent. Les plages de ponte sont dégradées du fait des effets négatifs du développement côtier: exploitation du sable pour la construction, lumière artificielle qui désoriente les tortues, accès limité aux zones appropriées des plages de ponte en raison des structures permanentes (routes, bâtiments, murs, revêtements, etc.), et perturbations dues à l'homme et aux véhicules. Les tortues imbriquées sont étroitement associées aux récifs coralliens, qui constituent l'un des types d'écosystèmes les plus fragiles et menacés qui soient. Les scientifiques de l'UICN ont établi qu'une part importante des coraux du monde étaient morts en 1998 par suite de la montée des températures en mer. La dégénérescence des coraux a été largement observée dans l'océan Indien et dans le Pacifique ouest, du Viet Nam aux Philippines et à l'Indonésie. Les récifs coralliens ont une superficie limitée, de quelque 617.000 km2.
Bien que Hendrickson (1980) ait suggéré que la tendance à une répartition dispersée des nids pourrait conférer aux tortues imbriquées une meilleure capacité de survivre, cela n'est pas confirmé. La pression de la chasse s'est intensifiée à mesure que les côtes étaient plus peuplées; en maints endroits, toutes les tortues imbriquées venant pondre sont capturées.
Répartition géographique
Les tortues imbriquées sont réparties dans toutes les eaux côtières tropicales. On les trouve dans les eaux et sur les plages de 82 entités géopolitiques et peut-être aussi dans 26 autres (Baillie et Groombridge, 1996). La ponte a lieu sur des plages d'au moins 60 pays, même si les tortues y sont souvent peu nombreuses (Groombridge et Luxmoore, 1989). L'on n'a pas observé de colonies dans l'Atlantique est, le long de la côte pacifique de l'Amérique, ou dans le Pacifique central (Groombridge et Luxmoore, 1989; Eckert, 1993; Limpus, 1995a).
Les tortues imbriquées passent leurs premières années dans l'océan, en surface. Les juvéniles plus âgés et les adultes sont étroitement associés aux récifs coralliens mais ils se nourrissent aussi dans les habitats des fonds durs des tropiques et, dans une moindre mesure, des régions subtropicales. Les tortues imbriquées pondent sur les plages sableuses des îles et du continent.
Catégories de menace actuelles
En 1968, l'UICN a classé pour la première fois dans sa Liste rouge la tortue imbriquée comme étant en danger – la plus haute catégorie de menace – et l'a maintenue à ce niveau dans ses publications suivantes jusqu'en 1996, ou elle l'a classée comme en danger critique d'extinction sur la base de critères révisés, fondés sur des éléments chiffrés (Baillie et Groombridge, 1996). Le Groupe UICN de spécialistes des tortues marines a conclu que la tortue imbriquée était en danger critique d'extinction après avoir examiné des données historiques, des informations et des données sur le nombre d'animaux commercialisés. L'inscription repose sur les critères suivants: 1 ) une diminution observée, estimée, déduite, ou suspectée d'au moins 80% sur les trois dernières générations sur la base de l'observation directe, d’un indice d'abondance approprié et d’une exploitation réelle ou potentielle, et 2) une diminution d'au moins 80%, projetée ou suspectée dans les trois prochaines générations, sur la base d'un indice d'abondance approprié, d’une diminution de la zone d'occupation, de l'ampleur de l'occurrence et/ou de la qualité de l'habitat et de niveaux d'exploitation réels ou potentiels.
La tortue imbriquée est protégée par la CITES depuis 1975, année de l'entrée en vigueur de la Convention. A cette époque, la population de l'Atlantique était inscrite à l'Annexe I et celle du Pacifique à l'Annexe II. En 1977, la population du Pacifique a été transférée à l'Annexe I. Douze ans plus tard, dans une étude de la situation mondiale de la tortue imbriquée, parrainée par la CITES, Groombridge et Luxmoore (1989) ont conclu que les populations de l’espèce étaient épuisées ou en déclin dans 56 des 65 entités géopolitiques pour lesquelles des informations sur la densité de ponte était disponible, dont des déclins bien documentés dans 18 régions et suspectés dans les 38 autres. Ces auteurs ont alors recommandé le maintien de l'espèce à l'Annexe I. Si l'interdiction de commerce international de l'espèce s'est progressivement mise en place à mesure que les principaux pays d'importation et d'exportation appliquaient la CITES, le commerce CITES licite n'a cessé que vers la fin de 1992, avec l'adoption par le Japon d'un quota d'importation zéro accompagnant sa réserve sur E. imbricata. Le commerce entre pays non signataires est légal, et la vente de produits, principalement aux touristes, a lieu dans de nombreux pays.
La tortue imbriquée figure à l'Annexe I et à l'Annexe II de la Convention sur les espèces migratrices (CEM). En 1991, les Parties à la Convention de Cartagena ont voté à l'unanimité l'inscription d'E. imbricata à l'Annexe II du Protocole SPAW (aires et faune spécialement protégées) de la Convention de Cartagena, qui protège pleinement l'espèce. Toutes les espèces de tortues marines de l'hémisphère occidental seront protégées en 2001, quand la Convention interaméricaine pour la protection et la conservation des tortues marines entrera en vigueur.
Estimation de la taille des populations
Les tortues marines sont difficiles à recenser car elles sont très mobiles. Pour des raisons d'accès, la méthode la plus courante pour suivre les tendances de population est de compter le nombre de femelles arrivant annuellement sur les plages de ponte (Meylan, 1982). L'estimation des populations se complique du fait que les femelles pondent plusieurs fois au cours d'une saison, que l'intervalle de ponte n'est pas annuel (et est variable), et qu'elles peuvent se reproduire pendant des décennies (Carr et autres, 1978; Fitzsimmons et autres, 1995; Mortimer et Bresson, 1999). Le suivi à long terme est donc indispensable pour documenter les véritables changements d'effectifs. L'accès limité aux mâles reproducteurs et aux éléments non reproducteurs de la population rend difficile l'estimation de la population totale.
La longue durée des générations chez les tortues marines a aussi des implications dans l'analyse des tendances de population (Congdon et autres, 1993). Les générations sont calculées sur la base de l'âge à la maturité sexuelle, auquel on ajoute la moitié de la durée de la vie reproductive (Pianka, 1974). Les estimations de l'âge à la maturité sont élevées pour la tortue imbriquée: 20 à 40 ans (Boulon, 1983, 1994; Limpus, 1992, com. pers.; Mortimer, 1998; C. Diez et R. van Dam, com. pers.). Le MTSG donne une estimation prudente de la génération pour la tortue imbriquée: 35 ans sur la base des données sur la croissance et la durée de la vie reproductive obtenues dans le monde entier (Meylan et Donnelly, 1999). L'évaluation des tendances de population nécessite ainsi des données remontant à 105 ans en arrière. La collecte des données est compliquée par le fait que le suivi scientifique des populations de tortues marines sur les plages de ponte n'a commencé que vers le milieu des années 1950 et que relativement peu de projets ont porté sur les tortues imbriquées.
Une des conséquences de la longue durée d'une génération est que les études des plages de ponte mesurent avec plus de précision le succès de la reproduction des femelles de la génération précédente (et la survie de leurs descendants) que celui de la population actuelle. Les futures tendances sont déterminées par des individus qui n'ont pas atteint la maturité sexuelle. L'étude des plages de ponte ne détecte pas les changements dans les populations de juvéniles et de subadultes survenant quand la surexploitation des œufs et des femelles sur les plages de ponte gène la production de descendants. Quand cette surexploitation est intense, le déclin de l'effectif des femelles venant pondre n'apparaît qu'après que les classes d'âge des juvéniles et des subadultes ont été pratiquement éliminées (Bjorndal et autres, 1985; Mortimer, 1995a). Au moment où le nombre de femelles pondeuses commence à diminuer, le déclin de la population tout entière est déjà bien entamé.
Pour comprendre ce qui est arrivé aux populations de tortues imbriquées depuis un siècle, il faut examiner la littérature, les statistiques commerciales et les données qualitatives, en plus des données du suivi des plages de ponte quand elles existent. Une approche prudente est nécessaire compte tenu de ce que l'espèce est menacée d'extinction.
Il vaut mieux utiliser le nombre annuel de nids plutôt que le nombre de tortues pour mesurer la taille de population car maints projets n'impliquent pas de marquer les tortues mais seulement leurs traces, de sorte qu'on ne peut pas distinguer les nids multiples creusés par une même tortue. L'utilisation de totaux annuels permet aussi d'éviter d'avoir à marquer les animaux pour les reconnaître lors des futures saisons de ponte et de prendre en compte les différences géographiques dans la fréquence des retours. Le nombre annuel de nids creusés peut être rapporté au nombre annuel de femelles venant pondre en le divisant par le nombre de nids par femelle (Richardson et autres, 1989; Guzmán et autres, 1995; Hillis, 1995). Aux fins de cette étude, on a utilisé le chiffre de 3-5 nids par femelle. Le nombre de femelles pondeuses peut être rapporté à la taille de la population totale (mais sans précision) si les données de population appropriées sont connues (sex ratio, structure de population). On le fait rarement faute de données suffisantes.
L'une des conséquences du fait que les biologistes n'ont plus que quelques vestiges de populations de tortues imbriquées à étudier est que peu de projets de suivi des nids ont été réalisés (Meylan, 1999a). Il en découle de médiocres estimations démographiques et un suivi inadéquat des changements survenant dans les populations dans toute l'aire de répartition. Les données sur la tortue imbriquée sont souvent réunies dans le cadre d'études sur d'autres espèces de tortues marines. Il faut avoir ces contraintes à l'esprit en examinant les tendances de population présentées ici et ne pas manquer de distinguer les changements démographiques survenus ces deux à quatre dernières décennies (cadre de référence habituel) de ceux survenus dans les 105 dernières années – ces derniers étant en fait les plus pertinents pour les critères de la Liste rouge de l'UICN. Certaines populations qui avaient connu un déclin sensible au 20e siècle paraissent à présent stables ou présentent même des signes d'augmentation. Quoi qu'il en soit, du fait de leur petite taille, elles contribuent peu aux perspectives de survie à long terme de l'espèce.
SITUATION DES POPULATIONS DE TORTUES IMBRIQUEES
Caraïbes (Atlantique ouest tropical, golfe du Mexique, mer des Caraïbes)
Se fondant sur des travaux antérieurs de Groombridge et Luxmoore (1989), de Meylan (1989), et d'Eckert (1995) et sur des données plus récentes étudiées en 1997, Meylan [1999 (a)] estime qu'au maximum 5000 tortues imbriquées pondent annuellement dans les Caraïbes, à l'exception du Guyana, de la Guyane française, du Suriname et du Brésil, où l’on estime, sur la base des estimations suivantes, que 600 tortues imbriquées au maximum viennent pondre: 1-5 nids/an en Guyane française (J. Fretey, 1987, com. pers.), 30 nids/an au Suriname (Reichart et Fretey, 1993), et 1200-1500 nids/an au Brésil (M. Marcovaldi, com. pers.). Il y a peu de nids de tortues imbriquées au Guyana; l'on ne dispose pas d'estimation à l'échelle du pays.
La situationdes populations de tortues imbriquées dans les Caraïbes a fait l'objet de nombreuses études. Groombridge et Luxmoore (1989) ont conclu que l’espèce est "épuisée dans toute la région de l'Atlantique ouest/Caraïbes". D'après les calculs de Groombridge et Luxmoore (1989), le nombre de femelles pondant dans les Caraïbes est estimé à 4975 (Meylan, 1989). Meylan (1989) a examiné la situation des tortues imbriquées pour le second symposium sur les tortues de l'Atlantique ouest et a conclu que presque tous les pays des Caraïbes accueillaient chacun moins de 100 femelles pondeuses par an. La plus grande population restante était au Mexique.
Meylan (1999a) a évalué la situation des tortues imbriquées dans les 35 entités géopolitiques des Caraïbes. Il signale que les populations de tortues imbriquées sont en déclin ou épuisées dans 22 des 26 entités géopolitiques pour lesquelles des informations sur l'état et les tendances étaient disponibles (il n'y a pas eu de ponte dans trois autres entités) (Barmes et autres, 1993; Bjorndal et autres, 1993; Burnett-Herkes, 1987; Butler et autres cités dans Groombridge et Luxmoore, 1989; Carr et autres, 1982; Cordoba, 1997; Cruz et Espinal, 1987; d’Auvergne et Eckert, 1993; Dropsy, 1987; Eckert, 1995; Eckert et autres, 1992; Eckert et Honebrink, 1992; Edwards, 1984; Finley, 1984; Fletemeyer, 1984; Fuller et autres, 1992; Groombridge et Luxmoore, 1989; Higgs, 1984; Horrocks, 1992; Hunte, 1984; Incer, 1984; Kaufmann, 1975; Lescure, 1987; Medina et autres, 1987; Meylan, 1983; Moll, 1985; Morris, 1984; Murray, 1984; Nietschmann, 1981; Ottenwalder, 1981, 1987, 1996; Rosales-Loessner, 1984; Scott et Horrocks, 1993; Smith et autres, 1992; Sybesma; 1992; Wilkins et Meylan, 1984). Leur nombre au Mexique et à Porto Rico (Mona) est en augmentation et il est considéré comme stationnaire à Antigua (Jumby Bay) et dans les îles Vierges américaines (Buck Island).
Dans le présent document, les totaux annuels révisés des nids sont fournis pour Antigua (Jumby Bay), la Barbade, les îles Caïmanes, le Costa Rica (Tortuguero), le Mexique, Porto Rico (Mona Island), et les îles Vierges américaines (Buck Island) (Annexes I et II). Les menaces actuelles à ces populations sont indiquées ci-dessous. Une révision de l'évaluation de 1999 pour les Caraïbes (Meylan, 1999a) donne ce qui suit: sur 35 entités géopolitiques, dans 22 des 26 entités géopolitiques pour lesquelles des informations sur les tendances étaient disponibles, les populations sont en déclin ou épuisées (mais voir le commentaire sur la Barbade), dans deux les populations sont en augmentation: au Mexique et à Porto Rico (Mona Island), et deux sont stationnaires: à Antigua (Jumby Bay) et Buck Island (îles Vierges américaines). Le Mexique est la seule entité géopolitique ayant plusieurs milliers de nids. La Barbade a signalé une augmentation régulière du nombre de nids ces dernières années (Annexe II) mais les chercheurs ne sont pas encore certains que cela correspond à une augmentation de la population (Horrocks, com. pers.). Aucune information sur les tendances n'a été signalée pour Cuba, la Floride, la Grenade, le Guatemala, Montserrat, Trinité-et-Tobago, le Venezuela et les îles Caïmanes. On pensait autrefois que les tortues imbriquées ne venaient pas pondre sur les îles Caïmanes mais des études récentes indiquent qu'il y a une ou deux femelles par an sur Little Cayman et Grand Cayman (Aiken et autres, sous presse). L'on n’a pas vu de nids à Aruba ou aux Bermudes. Les tendances aux Bahamas et aux îles Turques-et-Caïques sont controversées mais il y a peu de pontes.
Des informations supplémentaires sur les lieux de ponte importants dans les Caraïbes sont données ci-dessous.
Antigua. La population qui vient pondre à Jumby Bay, Antigua, paraît stationnaire (Meylan, 1999a; Richardson et autres, 1999) avec un pic de 139 nids en 1991 et une population estimée à 78 femelles adultes (Richardson et autres, 1999) (voir Annexe II). La surveillance de la plage de ponte de Jumby Bay est étroite. Les femelles et les nids sont actuellement bien protégés car la plage relève d'un site privé axé sur la conservation. Il n'y a pas d'autres sites connus à Antigua où la ponte se concentre.
Menaces actuelles: Développement du tourisme à Jumby Bay et présence humaine accrue.
Barbade. Le nombre de nids est en augmentation à la Barbade depuis quelques années (voir Annexe II) mais les chercheurs estiment qu'il est trop tôt pour dire que la population elle-même augmente (J. Horrocks, in litt.) En 2000, 103 femelles pondeuses ont été marquées.
Menaces actuelles: Dégradation des habitats où les tortues pondent et se nourrissent (et éclairage des plages de ponte), braconnage local, exploitation hors de la plage de ponte. Les marques récupérées et le suivi par satellite révèlent que pour se nourrir, les femelles pondeuses migrent vers des pays voisins où la protection des tortues imbriquées est limitée.
Costa Rica. La plage de ponte de 35 km est située dans le parc national de Tortuguero, créé en 1975. Les tortues vertes y sont suivies depuis 1955 (Carr et Giovannoli, 1957) et les pontes de toutes les espèces rencontrées sont notées. Carr et Stancyk (1975) ont comparé le nombre de tortues imbriquées rencontrées par patrouille durant deux périodes de quatre ans. Les rencontres ont beaucoup diminué, passant de 2,3 tortues imbriquées par patrouille en 1956-59 à 0,60 en 1970-73. Bjorndal et autres (1993) ont calculé que la valeur équivalente pour 1988-91 était de 0,35 tortues imbriquées, soit un déclin de 85% par rapport à 1956-59 (durée inférieure à une génération). La longueur moyenne de la carapace des tortues imbriquées venant pondre à Tortuguero a beaucoup diminué par rapport à 1955-1977 (p=0,0005), signe de l’instabilité de la population (Bjorndal et autres, 1985). L'analyse des données de 1972 à 1991 (comprenant les années à effort de patrouille normalisé) révèle une nette tendance à la baisse (p=0,014) qui conduit les chercheurs à conclure que la population venant pondre à Tortuguero connaît un déclin continu depuis le début du suivi en 1956 (Bjorndal et autres, 1993). Depuis 21 ans (1980-2000), un maximum annuel de 13 nids de tortues imbriquées ont été enregistrés à Tortuguero sur les 8 km de plage où il y a constamment des patrouilles (voir Annexe II).
Au total, 17 nids de tortues imbriquées ont été enregistrés en 2000 (jusqu'en juillet) à Gandoca, dans le sud du Costa Rica (D. Chacon, com. pers.).
Menaces actuelles: Les nids et les femelles font l'objet d'un braconnage à Tortuguero et à Gandoca, bien que la surveillance dans le parc national de Tortuguero se soit beaucoup améliorée. L'éclairage et la présence humaine sont préoccupants à Tortuguero. Les données génétiques provenant de Tortuguero indiquent que les femelles pondeuses vont dans des pays tels que Cuba, où les tortues imbriquées sont exploitées. Une exploitation pétrolière est prévue au large des côtes des Caraïbes et certains des futurs sites sont situés juste au large du parc national de Tortuguero. Ils menaceront l'intégrité de la plage de ponte et les nouveau-nés qui se dispersent en mer.
Cuba. Se fondant sur des études, Moncada et autres (1999) suggèrent que bien que Cuba ait de nombreuses côtes qui paraissent propices à la ponte des tortues imbriquées, la plupart des pontes sont limitées à de petites plages d'îlots au large de Cuba. Le plus important site de ponte constaté à ce jour est celui des îlots de Doce Leguas, à 60 km de la côte sud (province de Camagüey) (Moncada et autres, 1999). Le nombre total annuel de nids documentés à Doce Leguas durant les saisons de 1994-1995 à 1997-1998 va de 105 à 251 (Moncada et autres, 1999). Les auteurs précisent que ces totaux ne reflètent pas toute l'activité de ponte et que le véritable total est indubitablement plus élevé. Quoi qu'il en soit, ils signalent aussi que la ponte a diminué à Doce Leguas en 1997-1998 par rapport aux saisons précédentes; ils attribuent ce déclin aux perturbations humaines et à l'érosion des plages. En 1997/1998, 403 nids de tortues imbriquées, soit 101 femelles, ont été trouvés lors de contrôles ponctuels dans toute la zone sud-est de Cuba (y compris Doce Leguas). Ces tortues pondent aussi dans d'autres régions de Cuba (Moncada et autres, 1999); les auteurs concluent qu'on ne connaît pas l'ampleur des pontes des tortues imbriquées à Cuba et que celle-ci ne peut pas être estimée de manière fiable. Toutefois, par une série d'extrapolations, ils proposent une estimation de 1700-3400 nids par an (soit 425-850 femelles sur la base de quatre nids/femelle/an). Aucune estimation récente n'est disponible.
L'importance des eaux cubaines pour l'alimentation des tortues imbriquées est établie depuis longtemps. Les îlots de Doce Leguas (autrefois connus sous le nom d'archipel des Jardins de la reine), au large de la côte sud de Cuba, étaient un centre du commerce d'écaille de tortue et c'est là que les pêcheurs caïmanais pêchaient au filet les tortues imbriquées (Parsons, 1972). La recherche génétique a révélé les populations des lieux de nourrissage se composent d'environ 65% de tortues nées à Cuba, les autres venant du Belize, du Costa Rica, du Mexique, de Porto Rico, des îles Vierges américaines, et d'Antigua (Bass, 1999; Caribbean Conservation Corporation, données non publiées). Une pêche organisée à la tortue imbriquée existe à Cuba depuis 1968. De 1968 à 1990, les prélèvements annuels pour l'écaille et la viande consommée localement ont été en moyenne de 4744 animaux par an (Carrillo et autres, 1999). Après 1990, le quota de prélèvement a diminué de 90%, passant à 500 animaux. J. Frazier (dans la litt.) note que l'augmentation du nombre de tortues imbriquées venant pondre au Mexique coïncide avec la diminution des prélèvements dans les eaux cubaines adjacentes. Si la diminution des prélèvements à Cuba est un facteur possible, le recrutement accru de nouveau-nés produits au Mexique dans la population reproductrice et les taux de survie plus élevés des juvéniles, des subadultes et des adultes grâce aux mesures locales de conservation, sont considérés comme les causes premières de l'augmentation des pontes au Mexique (Garduño et autres, 1999).
Menaces actuelles: Le développement du tourisme à Cayo Largo pourrait entraîner une présence humaine accrue et l'éclairage artificiel de cette zone de ponte. L'érosion est elle aussi un problème pour les plages cubaines.
Jamaïque. Sur la base d'études des plages menées en 1991-1996, on estime à 200-275 le nombre de femelles pondant à la Jamaïque (R. Kerr, com. pers.).
Menaces actuelles: La Jamaïque a perdu plus de 90% de ses récifs coralliens depuis 1980 (R. Kerr, dans la litt). Les plages de ponte sont menacées par le développement du tourisme et les problèmes qu'il pose.
Mexique. Le Mexique est le seul pays des Caraïbes où le nombre de nids est relativement grand et en augmentation (Guzmán et autres, 1995; Garduño et autres, 1999). En 1996, 4522 nids ont été enregistrés dans les Etats de Campeche, Yucatán et Quintana Roo, soit une aire étudiée sept fois plus grande qu'en 1977 avec 56 fois plus de nids qu'il n'y avait de nids protégées en 1977 (Garduño et autres, 1999). Garduño et autres (1999) considèrent que la meilleure explication de l'augmentation des nids en 1977-1992 est la surveillance continue accrue; ils attribuent cependant les changements survenus entre 1993 et 1996, quand la couverture des plages était optimisée, à un véritable changement démographique. Guzmán et autres (1995) ont conclu que l'augmentation du nombre de nids enregistré dans l'Etat de Campeche ces dernières années était le signe d'une vraie récupération, graduelle, et ont noté qu'elle suivait 17 ans de protection des plages. Le tableau 2 donne les totaux annuels de nids pour 1997-2000. En 2000, 5595 nids ont été enregistrés dans le Yucatán (V. Guzman, M. Garduño, K. López, et M. Medina, com. pers.), soit 1119-1865 femelles (sur la base d'une moyenne de 3-5 nids/femelle/saison, Richardson et autres, 1989; Hillis, 1995; et Guzmán, et autres, 1995). Cependant, toutes les plages précédemment suivies n'étaient pas couvertes cette année là.
S'il ne fait pas de doute que le nombre de nids a considérablement augmenté, deux éléments empêchent d'estimer avec précision l'augmentation du nombre de femelles se reproduisant annuellement dans le Yucatán: en 1990, le Mexique a imposé une interdiction totale de prélever les tortues marines, et les prélèvements dans les lieux de nourrissage adjacents à Cuba ont grandement diminué depuis 1993, après l’adoption par le Japon – principal débouché de l'écaille cubaine – d’un moratoire sur l’importation de tortues imbriquées (Donnelly, 1991; TRAFFIC, 1994). Ces deux éléments ont sans doute permis à un plus grand nombre de tortues immatures de survivre suffisamment longtemps pour creuser des nids et également permis à des tortues déjà en âge de se reproduire de compléter plus de cycles de ponte. La population mexicaine – qui représente plusieurs milliers de nids chaque année – est la seule de cette taille dans l'hémisphère occidental.
Menaces actuelles: Le développement d'importantes plages de ponte de la péninsule du Yucatan pour le tourisme et les maisons de vacances, la construction de routes ouvrant l'accès à des plages autrefois reculées, et la dégradation du récif.
Etats-Unis d’Amérique (continent), Porto Rico, îles Vierges américaines. Dans une étude de 1995 sur l'état des tortues imbriquées dans les eaux sous juridiction américaine de l'Atlantique et des Caraïbes (Floride, Porto Rico, îles Vierges américaines), Eckert (1995) estimait que la région abritait au moins 650 nids par an, ce qui représente 130-216 femelles pondeuses. Meylan (1999b) a porté cette estimation à 1050 nids (650 à Porto Rico, 400 dans les îles Vierges américaines) en raison de la ponte accrue sur Mona Island (Diez et autres, 1998; C. Diez et R. van Dam, com. pers.) et des données de la surveillance continue à Porto Rico (K. Hall, in litt.; C. Diez, in litt.). La population de tortues imbriquées pondant à Mona Island (Porto Rico) est considérée comme en augmentation, avec un nombre record de nids (541, soit 108 à 180 femelles) enregistrés en 2000 (C. Diez et R. van Dam, com. pers.) (voir Annexe II). Diez et Van Dam (sous presse) considèrent Mona Island comme la plus grande colonie de tortues imbriquées des Caraïbes. Ils attribuent l'augmentation récente de nids à la protection des nids à Mona et à la diminution de la pêche dans les Caraïbes.
La population venant pondre dans le site du monument national du récif de Buck Island, îles Vierges américaines, paraît stationnaire, avec un pic de 135 nids en 1995.
Seuls 1-4 nids ont été enregistrés chaque année en Floride de 1979 à 2000 (Meylan et autres, 1995, base de données d'étude des plages de ponte de Floride).
Menaces actuelles: Il y a de nombreuses menaces dans ces régions: le développement des plages de ponte, la présence humaine accrue sur les plages et dans les lieux où les tortues se nourrissent, l'exploitation du sable, le pillage des nids, le braconnage des femelles et des œufs, les marées noires, l’enchevêtrement dans les filets, et la dégradation des lieux de nourrissage.
TENDANCES A LONG TERME DANS LES CARAÏBES
Les changements à long terme (sur 100 ans) de l'état des populations de tortues imbriquées sont difficiles à évaluer car les programmes de suivi formels n'existent que depuis quelques décennies. Pour avoir une perspective à long terme, il faut évaluer les données provenant de diverses sources (nombre de femelles pondeuses, changements dans la taille de ces femelles, nombre d'individus commercialisés, changements dans les taux de capture en mer). Chaque fois que ces données existent pour les Caraïbes, elles suggèrent d'importants déclins.
Panama. L'une de ces régions est la plage de Chiriqui, dans la province de Bocas del Toro, que Carr (1956) considérait comme la plus importante plage de ponte des tortues imbriquées dans les Caraïbes. Les données sur cette plage remontent au début du 19e siècle: Roberts mentionnait dès 1827 son importance dans son récit sur le troc d'écaille de tortue dans la région en 1815. Le rendement de tortues imbriquées pour cette plage de 29 km était suffisamment important pour l'économie locale au 20e siècle pour que la plage ait été divisée en secteurs de 1500 m loués par le gouvernement. Les Veladores ("ceux qui restent éveillés") versaient une taxe pour chaque tortue imbriquée pondant dans leur secteur. Les anciens veladores interviewés séparément dans les années 1980 indiquent avoir capturé jusqu'à 35 à 50 tortues imbriquées par nuit dans leur secteur au début des années 1950 (Meylan et Meylan, données non publiées). Sur la base d'une densité de nids égale sur toute la plage, cela représenterait un maximum de 900 femelles pondant par nuit. Le secteur appelé "Satu" a produit 200-300 tortues imbriquées en 1942. Les mêmes veladores estimaient qu'on ne pouvait plus capturer que 1-5 tortues imbriquées par nuit en 1980 (soit un déclin de 90% par rapport aux années 1950). Le système de location mis en place par le gouvernement n'était plus appliqué en 1980. Cependant, les Indiens Ngobe attribuaient encore des droits sur les tortues imbriquées pondant sur la plage de Chiriquí. Des études au sol de toute la plage faites en 1980 et 1981 durant la saison de ponte ont révélé respectivement 17 et 13 traces; ces traces avaient été faites par des tortues de divers âges qui avaient fait des tentatives de ponte fructueuses ou vaines (Carr et autres, 1982). Sur la base d'un maximum de 17 nids pour toute la plage, cela représente un déclin de 98% par rapport aux niveaux de 1950. Des études aériennes de la plage faites de 1979 à 1981 n'ont pas révélé de signes de ponte importants. Une étude au sol de toute la plage durant la saison de ponte 1990 a révélé un nid et deux émergences sans ponte (Meylan et Meylan, données non publiées). Durant la nuit de l'étude, six groupes de Ngobe ont été rencontrés en train de chercher des tortues imbriquées sur la plage. On peut considérer ce site de ponte comme très épuisé.
Colombie. En 1969, une mission colombienne de recherche est rendue à Providencia et sur les rivages adjacents de Quitasueño et Serrana pour évaluer l'état des ressources marines (Ben-Tuvia et Rios, 1970). Les pêcheurs interviewés ont indiqué qu'autrefois (la période exacte n'était pas précisée), ils prenaient jusqu'à 100 tortues imbriquées par jour. Dans le cadre de la mission, des plongeurs locaux ont été engagés pour capturer des tortues imbriquées. Quatre plongeurs travaillant durant sept heures n'ont capturé qu'une tortue imbriquée à Quitasueño (taux de capture: 1 tortue imbriquée pour 28 homme-heures); trois ont travaillé huit heures pour en capturer six à Serrana (1 tortue imbriquée pour 4 homme-heures).
En 1980, Archie Carr a fait des interviews et des études au sol dans l'archipel de San Andrés (sur les îles de San Andrés et Providencia et sur quatre atolls de l'est-sud-est, d'Albuquerque, et des rivages de Roncador et de Serrana); il signalait que là aussi, le stock de tortues imbriquées était épuisé (Carr et autres, 1982). Les prises combinées de tortues imbriquées et de tortues caouannes sont passées de 100 par bateau par saison à 25 (75% de déclin), selon les données des interviews. Carr a identifié un problème crucial: les pêcheurs font des prises incidentes de tortues imbriquées dans la pêche à la lance de tortues voraces, de mérous et lors du piégeage de homards, et ils continueront de le faire même quand les tortues imbriquées deviendront très rares (Carr et autres, 1982). Ce phénomène touche toutes les Caraïbes et les tropiques du fait du chevauchement des habitats de ces espèces précieuses des récifs, et de la relative facilité de capturer les tortues imbriquées (Carr et Meylan, 1980). Ainsi, les prélèvements excessifs peuvent aboutir à une totale extinction, et pas seulement à une "extinction commerciale".
En 1996, Cordoba (1997) a étudié les tortues imbriquées de l'archipel de San Andrés, y compris les îles de San Andrés, Providencia, Catalina, Bolivar, Albuquerque, Roncador, Serrana, et Serranilla. Lors des études des plages conduites de la mi-avril à la fin novembre (couvrant la saison de ponte), 21 nids de tortues imbriquées (soit 4-7 femelles) ont été enregistrés (Cordoba, 1997; Cordoba et autres, 1998).
Nicaragua. L'on dispose de données sur les changements dans le taux de capture des tortues imbriquées de 1969 au milieu de 1997 le long de la côte est du Nicaragua. Nietschmann (1981) estimait que 1000-1200 de ces tortues y étaient prélevées annuellement de la fin des années 1960 au début des années 1970. Lagueux (1998) a noté l'arrivée de 86 tortues imbriquées en 1994, de 109 en 1995 et de 53 en 1996 (moyenne: 83) dans huit des principales communautés de pêcheurs de tortues et centres commerciaux côtiers des Caraïbes, de Sandy Bay dans le nord à Set Net dans le sud (juste au nord de Bluefields), c’est-à-dire dans la majeure partie de la région où ont lieu les prélèvements. Elle n'inclut par les prises des Indiens Rama dans le sud du pays. Le minimum de prises enregistré par Lagueux représente un déclin du taux de capture de 92% en 28 ans (moins d'une génération pour la tortue imbriquée).
Lagueux (1998) a également comparé les prises totales de tortues imbriquées faites par les Tasbapaune durant la même période de six mois en 1968 et 1971 (Nietschmann, 1972, 1973) avec celles de la même période de six mois en 1995, 1996 et 1997. La moyenne pour 1968 et 1971 était de 67; pour 1995, 1996 et 1997, elle était de 14 par an (soit un déclin de 79%). Lagueux (1998) attribue ce changement à un déclin des populations plutôt qu'à un déclin de la demande de carapaces. Elle signale que le marché de l'écaille de tortue au Nicaragua reste actif, la demande de carapace étant créée par l'artisanat et la vente au détail en bijouterie. Les produits en écaille de tortue sont vendus dans tout le pays, y compris à l'aéroport international.
OCEAN ATLANTIQUE EST
L'état et la répartition géographique des tortues imbriquées dans l'Atlantique est sont mal connus. Groombridge et Luxmoore (1989) n'ont pas trouvé d'éléments suggérant un grand nombre de pontes mais selon certaines indications qui auraient besoin d'être corroborées, 200 femelles pondraient chaque année dans les îles Meio, en Guinée Bissau (Paris et Agardy, 1993). En résumant la présence de nids sur la côte ouest de l'Afrique, Fretey (1998) indiquait que la répartition géographique des tortues imbriquées était sporadique le long de la côte atlantique de l'Afrique, avec des nids également présents dans les îles du Cap-Vert, en Mauritanie, au Sénégal, à Bioko, à Sao Tomé-et-Principe. Dans le golfe de Guinée, les îles de Sao Tomé-et-Principe ont été signalées à la fin des années 1800 comme des sites où les tortues imbriquées viennent pondre et où des articles en écaille de tortue sont fabriqués et vendus (Greef, 1884). Les données récentes de Sao Tomé, Principe et Bioko confirment qu'il y a encore des pontes. Cependant, il n'y a pas d'estimation du nombre de nids (Castroviejo et autres, 1994). Ces auteurs indiquent que ces populations sont gravement épuisées par la surexploitation pour le commerce des carapaces. Graff (1996) signalait que les prises de tortues à Sao Tomé ne sont pas réglementées et que des articles en écaille de tortue sont vendus aux touristes.
Aucune estimation du nombre total de tortues imbriquées pondant dans l'Atlantique est n'a été publiée. Sur la base des informations actuelles, il semble que quelques centaines d'animaux seulement pondent chaque année dans la région.
Menaces actuelles dans l'Atlantique est: L'exploitation non réglementée des œufs et des adultes et les prises incidentes.
MEDITERRANEE
L'on n'a jamais signalé de pontes de tortues imbriquées en Méditerranée et les rapports documentés sur des observations en mer sont presque inexistants (Groombridge, 1990).
OCEAN INDIEN
Les populations de tortues imbriquées pondant en Afrique et en Asie et sur la plupart des îles ont connu un déclin considérable depuis 100 ans (Dupont, 1929; Petit, 1930; Polunin, 1975; Hughes, 1973; Bain et Humphrey, 1980; Ginsberg, 1981; Frazier, 1982; Salm, 1984; Schulz, 1984, 1987, 1989; Mortimer, 1984; 1988; Groombridge et Luxmoore, 1989; UICN/PNUE, 1996). Historiquement, l'océan Indien est une zone extrêmement importante pour la tortue imbriquée, dont de grandes populations incluant probablement des dizaines de milliers de femelles viennent pondre chaque année (Meylan et Donnelly, 1999). Les populations de la mer Rouge ont été décrites comme "immenses" (Hirth et Latif, 1980) et celles présentes autrefois aux Seychelles comme "en quantité prodigieuse" (Parsons, 1972). Toutefois, les femelles pondeuses et les œufs sont exploités depuis longtemps dans toute la région et les rapports indiquent une nette diminution des populations. De nos jours, sur la base de nos connaissances actuelles sur la ponte des tortues imbriquées dans l'océan Indien, on sait que 6000 à 7000 femelles pondent chaque année dans la région, en comptant les femelles pondant sur les plages de la Thaïlande et de Malaisie de l'océan Indien mais à l'exclusion des femelles qui pondent sur les plages d'Indonésie et d'Australie de l'océan Indien (Meylan et Donnelly, 1999).
Une bonne indication de l'ancienne importance des populations de tortues imbriquées de l'océan Indien est que trois des six classes géographiques d'écaille de tortue reconnues dans le commerce européen sont originaires de l'océan Indien: Zanzibar-Bombay, Maurice-Seychelles et Sri Lanka (Parsons, 1972). Madagascar, les Seychelles, Maurice, l'archipel des Chagos, les Maldives, les îles Lakshadweep (anciennement Laccadives) et la côte sud du Sri Lanka sont d'importants producteurs d'écaille depuis des années (Parsons, 1972). Le volume du commerce relativement récent d'écaille de tortue dans l'océan Indien donne une indication de la taille des populations de tortues imbriquées au 20e siècle. Dans une étude détaillée du commerce japonais des tortues marines de 1970 à 1986, Milliken et Tokunaga (1987) signalaient que les importations japonaises de bekko (écaille de tortue imbriquée) étaient de 67.331 kg (soit 90.987 tortues imbriquées) de l'ouest de l'océan Indien (Kenya, R.-U. de Tanzanie, Somalie, Maldives, Ethiopie, Madagascar, Mozambique, Réunion et Comores). Le Japon est l'un des pays qui importent d'importantes quantités d'écaille de cette région depuis 50 ans.
Il y a peu de programmes de suivi des tortues imbriquées dans l'océan Indien mais les études de la faune et les données du commerce indiquent que les populations sont en déclin dans toute la région. Comme indiqué ci-dessous, le déclin est parfois très important et dans certaines régions, les femelles ont pratiquement disparu des sites de ponte traditionnels. Seules deux populations (Seychelles et plateau nord-ouest de l'Australie) comprennent plus de 1000 femelles pondant chaque année (Mortimer, 1984; Limpus, 1997); sur la base d'études faites il y a 27 ans, on estime en gros qu'un tiers (Iran) représente 1000 femelles pondeuses (Kinunen et Walczak, 1971). La taille actuelle de la population iranienne n'est pas connue. La population des Seychelles était déjà considérée comme épuisée en 1984 (Mortimer, 1984) et a encore diminué depuis (Mortimer, 1998).
OCEAN INDIEN OCCIDENTAL
Frazier (1982) a étudié l'état des populations de tortues imbriquées dans l'océan Indien central occidental, sur la base d'études préliminaires conduites à la fin des années 1960 et au début des années 1970; il a donné les estimations suivantes du nombre de tortues imbriquées pondant chaque année: Seychelles: 600, Comores: 50, Mayotte: 25, R.-U. de Tanzanie: 50, Kenya: 50 et Somalie: inconnue (en tout, quelque 800 tortues imbriquées pondant annuellement dans la région). Des données plus récentes sur l'océan Indien occidental figurent dans les rapports nationaux des pays suivants: Erythrée, Kenya, R.-U. de Tanzanie, Zanzibar, Mozambique, Afrique du Sud, Madagascar, Seychelles, Maurice, Comores, Mayotte, îles Eparses (Réunion, Tromelin et Europa) présentés lors d'ateliers régionaux en 1995 (UICN/PNUE, 1996). D'après ces rapports, les tortues imbriquées pondent en petit nombre dans toutes ces régions sauf en Afrique du Sud mais aujourd'hui, la seule population connue importante est aux Seychelles. Presque tous les autres rapports nationaux témoignent du déclin ou de l'épuisement des populations de tortues imbriquées et de la poursuite de leur exploitation (UICN/PNUE, 1996). De plus, des estimations récentes de Mortimer et Day (1999) suggèrent que 300-700 femelles pondent chaque année dans les territoires britanniques de l'océan Indien.
Seychelles. Les plus grandes populations de tortues imbriquées de l'océan Indien occidental se trouvent aux Seychelles, où l'on estime que 1230-1740 femelles pondaient chaque année au début des années 1980 (Mortimer, 1984). Depuis, les populations ont connu un nouveau déclin car presque toutes les femelles qui venaient pondre sur la plupart de ces îles 30 ans avant 1994, année où une interdiction totale des prélèvements de tortues a été mise en œuvre, avaient été capturées (Mortimer, 1998). La petite population de l'île Cousin (30-80 femelles/an), qui est bien protégée depuis 1970, est une exception à la tendance à la baisse. Cette population présente des signes d'augmentation (Mortimer et Bresson, 1994b; Mortimer, 1995b) mais ne représente que 2-7% du nombre total de tortues imbriquées qui venaient pondre aux Seychelles au début des années 1980 (Mortimer, 1984). L'exploitation des tortues imbriquées aux Seychelles s’est intensifiée depuis le milieu des années 1960, avec l'arrivée des masques et tubas, des fusils à harpons, de l'éclairage sous-marin, des hors-bords, et l’augmentation du prix élevé des carapaces brutes (Mortimer, 1984).
Madagascar. Le déclin des tortues imbriquées a été qualifié de "drastique" et a été noté dès 1930 (Hughes, 1973). La tendance à long terme est bien documentée; elle est attribuée à une importante exploitation. Les premiers signes de déclin ont été observés peu après la première Guerre mondiale (Petit, 1930). Au milieu du 20e siècle, les exportations étaient tombées à 1000 kg/an; en 1973, le commerce n’avait plus d'importance économique (Hughes, 1973). Hughes (1973) attribuait l'effondrement de la population à la surexploitation. D'après ses calculs, au moins 1600 tortues adultes ont dû être tuées chaque année sur 100 ans. Groombridge et Luxmoore (1989) ont contesté l'interprétation de Hughes (1973) des tendances de population entre la fin de la deuxième Guerre mondiale et 1973, estimant que la baisse des exportations de carapaces brutes a pu être en partie compensée par l'augmentation des exportations d'écaille travaillée. Ces auteurs notaient que les prélèvements accrus de tortues immatures de ces dernières années auront des effets à long terme sur les dernières populations. Le commerce et l'exploitation continuent et sont favorisés par le tourisme, notamment les croisières (Rakotonirina et Cooke, 1994).
Menaces actuelles dans l'océan Indien occidental: Destruction des habitats où les tortues pondent et se nourrissent, exploitation des œufs et des femelles sur les plages de ponte, et dépérissement généralisé des récifs coralliens.
MER ROUGE, GOLFE D'ADEN, MER D'ARABIE, GOLFE D'OMAN, GOLFE ARABO-PERSIQUE
Les populations de tortues imbriquées de la mer Rouge et du golfe d'Aden ont été insuffisamment étudiées mais il y a des données suggérant que l'espèce pond largement sur les îles au large des côtes de l'Egypte (Frazier et Salas, 1984), du Soudan (Moore et Balzarotti, 1977; Hirth et Latif, 1980) et peut-être de l'Erythrée (Hillman et Gebremariam, 1996). Frazier et Salas (1984) ont estimé à 500 le nombre des individus pondant chaque année en Egypte. Moore et Balzarotti (1977) ont estimé que 300-350 tortues imbriquées pondent chaque année au Soudan mais Groombridge et Luxmoore (1989) ont suggéré que cette estimation était trop prudente. Il n'y a pas d'estimation pour l'Erythrée. Des études aériennes de la côte de l'Arabie saoudite sur la mer Rouge ont révélé une faible densité de nids de l'archipel des Farasan à l'île de Tiran, dans le golfe d'Aqaba (Miller, 1989). Les îles Perim et Jabal Aziz, au Yémen, sont considérées comme d'importants sites de ponte des tortues imbriquées (Hirth et Carr, 1970). Green (1996) signalait que ces tortues pondent régulièrement sur l'île de Kamaran et les îles Makran. Ross et Barwani (1982) estimaient que 500 femelles par an venaient pondre au Yémen. La plupart des études faites dans cette région ont été réalisées il y a au moins 15 ans; de nouvelles études seraient très nécessaires.
On estime à 600-800 le nombre de tortues imbriquées pondant chaque année à Oman, principalement le long des plages du golfe d'Oman (Salm et autres, 1993; Baldwin et Al-Kiyumi, sous presse ). Les îles Daymaniyat reçoivent 250-350 de ces femelles. Ces îles étant protégées, et le golfe arabo-persique étant très pollué, Salm et autres (1993) considéraient ces îles comme le dernier sanctuaire de la région réellement intéressant pour les tortues imbriquées.
Les tortues imbriquées qui pondent en Arabie saoudite sont concentrées sur deux îles du golfe d'Arabie: Jana et Karan (Miller, 1989; Pilcher, 1999). Ross et Barwani (1982) estimaient qu'une centaine par an pondaient en Arabie saoudite. Cette estimation doit être revue à la hausse car Pilcher (1999) a marqué respectivement 164 et 127 femelles sur Jana, Karan et les îles Kurayn en 1991 et 1992. Pilcher (1999) déclare que les rassemblements de tortues imbriquées pondant en Arabie saoudite sont situés sur quatre îlots du golfe d'Arabie, dont Jana et Karan. Une étude aérienne faite en 1991 et des études au sol de 1989 à 1992 n'ont révélé aucune aire de ponte importante le long des 1742 km de côte de l'Arabie saoudite sur la mer Rouge, ou le long des 450 km de côte du pays sur la mer d'Arabie (Pilcher, 1999).
Il y a des données limitées sur les tortues imbriquées en Iran dans des études plus anciennes (Kinunen et Walczak, 1971; Ross et Barwani, 1982) ; elles permettent d'estimer à 1000 le nombre annuel de femelles pondant en Iran. Il n'y a pas de nouvelles estimations de population mais une communication récente (Asghar Mobaraki, in litt.) confirme que des tortues imbriquées continuent de pondre en plusieurs endroits, notamment sur l'île de Shitvar et à Nakhiloo (province de Bushehr). Un recensement des populations de tortues marines est prévu. Les menaces actuelles sont le développement des plages de ponte, les prises incidentes dans les chaluts, la vente des tortues comme souvenirs, et plusieurs types de pollution. L'Iran pourrait être l'une des plus importantes zones de ponte dans l'océan Indien.
Menaces actuelles dans la mer Rouge, le golfe d'Aden, la mer d'Arabie, le golfe d'Oman et le golfe arabo-persique: L'exploitation, la pollution due au transport des hydrocarbures et les installations de chargements des hydrocarbures, la guerre.
OCEAN INDIEN CENTRAL ET ORIENTAL
Maldives. Les Maldives sont une source d'écaille de tortue depuis des siècles (Parsons, 1972; Frazier et autres, 1988). Frazier et autres (1988) signalaient l'existence d'un important commerce de souvenirs pour touristes et de tortues naturalisées, et l'exportation de carapaces. Ils notaient que les données sur les nids étaient inadéquates et concluaient que la ponte n'avait pas lieu partout mais qu'elle était concentrée, et estimaient que la population reproductrice annuelle se chiffrait par centaines d’animaux. Ils ont noté que sur de nombreuses îles inhabitées, les tortues venant pondre sont probablement toutes tuées. Sur la base de l'exploitation passée et actuelle, ils ont conclu que la population a subi un déclin considérable. Un moratoire de 10 ans sur la capture et l'abattage de toute tortue dans les eaux territoriales des Maldives est entré en vigueur en juin 1995 mais le ramassage des œufs est toujours autorisé (Zahir et Hafiz, sous presse).
Inde. Les tortues imbriquées pondant sur la côte continentale paraissent présente en nombre extrêmement faible et ont peu d'importance au plan national et régional (Groombridge et Luxmoore, 1989). Bhaskar (1993) estimait à 250 par an le nombre de tortues imbriquées pondant dans les îles Andaman et Nicobar – la majorité étant dans les îles Andaman. L'Inde est un important pays d'exportation d'écaille de tortue (Mack et autres, 1979) mais l'on ignore si ce pays est le lieu d'origine ou si c'est une filière de ce commerce.
Sri Lanka. Quelques tortues imbriquées pondent autour du Sri Lanka mais l'espèce y est considérée comme peu commune (Dattatri et Samarajiva, 1983). De juillet 1995 à juin 1996, 403 œufs de tortues imbriquées (probablement 3 nids) ont été transportés dans des écloseries des côtes ouest, sud-ouest et sud du Sri Lanka (Amarasooriya, 1996); 10 nids on été déposés le long de la côte sud du Sri Lanka en 1993-96 (Jaywaradene, 1996). Les tortues imbriquées étaient nombreuses à pondre le long de cette côte au 19e siècle. Dattatri et Samarajiva (1983) signalaient que le déclin de l'espèce se poursuit probablement.
Depuis le Moyen-Age, le Sri Lanka est un centre d’activité pour les négociants arabes, indiens, javanais et chinois qui recherchaient l'écaille de tortue (Parsons, 1972). Cette matière était importée pour être travaillée localement. Deraniyagala (1939) signalait que les tortues imbriquées étaient épuisées au Sri Lanka au moment où il écrivait et relatait un rapport de Bennett (1843) sur des pontes denses de tortues imbriquées sur la côte sud-est au milieu du 18e siècle. Bennett indiquait que les tortues imbriquées étaient si nombreuses à pondre que le gouvernement accordait à des personnes des droits de prélèvements (système similaire à celui des veladores appliqué à Panama). S'il y a encore un commerce d'écaille au Sri Lanka, la plupart des carapaces brutes sont à présent passées en fraude des Maldives (Jaywaradene, 1996). Il n'y a pas de données récentes pour les côtes nord et est du Sri Lanka en raison de troubles politiques. Cependant, les plages de ponte étaient jadis situées sur la côte sud.
Myanmar. Les tortues imbriquées sont considérées comme rares. On estime à 30 le nombre de femelles qui pondaient dans la région de Bawmi, district de Bassein, au début du 20e siècle (Groombridge et Luxmoore, 1989). On estime que ces populations sont en déclin, tout comme celles des tortues vertes (de 90%) (Groombridge et Luxmoore, 1989).
La Malaisie, la Thaïlande, l'Indonésie et l'Australie ont des plages de ponte dans l'est de l'océan Indien; elles sont traitées dans la partie sur l'océan Pacifique pour examiner ensemble ces entités géopolitiques.
Menaces actuelles dans l'océan Indien central et oriental: Exploitation des œufs et des adultes, gestion médiocre des écloseries, dépérissement généralisé des récifs coralliens due au réchauffement de l'eau.
OCEAN PACIFIQUE
La Malaisie, la Thaïlande, l'Indonésie et l'Australie ont des plages de ponte dans l'est de l'océan Indien qui sont traitées dans cette partie pour examiner ensemble ces entités géopolitiques.
Les rassemblements de tortues imbriquées qui pondent dans le Pacifique vont de grandes populations en l'Australie à des populations très épuisées en Asie du sud-est et dans les îles du Pacifique. Il est particulièrement difficile d'estimer le total pour la région car elle comporte des zones où les études sont incomplètes ou inexistantes, telles que les plages de Papouasie-Nouvelle-Guinée, d'Indonésie et du Vanuatu. Il n'est donc pas possible d'estimer valablement la population du Pacifique.
Thaïlande. Les tortues imbriquées pondent sur la côte ouest de la Thaïlande dans l'océan Indien (mer d'Andaman) et sur la côte est du golfe de Thaïlande. Le déclin du nombre d’œufs prélevés ces 40 dernières années indique que les populations de toutes les espèces ont subi un déclin important dans tout le pays par suite du ramassage des œufs, des prises incidentes, de l'abattage des adultes et de la destruction des lieux de ponte (Polunin, 1975; Humphrey et Bain, 1990; Ginsberg, 1981; Mortimer, 1988; Groombridge et Luxmoore, 1989; Monanunsap, 1997; Chantrapornsyl, sous presse). Dans l'océan Indien, seules quelques douzaines de femelles pondent chaque année (Mortimer, 1988; Monanunsap, 1997).
Dans le golfe de Thaïlande, Ko Khram (et les îles adjacentes) est reconnu depuis longtemps comme un important site à tortues vertes et à tortues imbriquées. Les populations de tortues imbriquées qui y pondent représentent les plus fortes concentrations de toute la Thaïlande (Mortimer, 1988; Monanunsap, 1997). Le ramassage des œufs sous licence y est largement pratiqué et l'on estime que vers le milieu des années 1950, une centaine de tortues imbriquées par an y pondaient (Groombridge et Luxmoore, 1989; Monanunsap, 1997). De 1973 à 1995, le nombre annuel de nids allait de 27 à 126 (soit 9-42 individus) (Monanunsap, 1997). En 1990-1995, une moyenne de 55 nids a été enregistrée, soit 11-18 femelles. Cela témoignerait d'un déclin de 76% depuis 40 ans. Malgré ce déclin à long terme, la population de tortues imbriquées de Ko Khram est considérée comme stable ces dernières années (Limpus, 1997). Monanunsap (1997) indiquait que cette population n'a pas connu de déclin significatif depuis 40 ans.
La Thaïlande figure en bonne place dans les rapports sur les importations et les exportations d'écaille de tortue (Mack et autres, 1979) mais Groombridge et Luxmoore (1989) suggéraient que l’"écaille de tortue" exportée pourrait en fait avoir été de l'écaille de tortue d'eau douce. Cependant, Ginsberg (1981) signalait que les tortues imbriquées étaient largement exploitées pour leur carapace aussi est-il possible qu'au moins une partie de ces exportations aient été des carapaces de tortues imbriquées.
Malaisie. Mortimer et autres (1993) ont compilé des estimations du nombre de nids de tortues imbriquées creusés chaque année dans les Etats de la Malaisie où l'espèce est présente; ils arrivaient à un total de 1325 nids (265-442 femelles). A Sabah, le parc de Turtle Islands, où des centaines de femelles par an viennent pondre, a récemment été cité comme étant peut-être la plus grande colonie de tortues imbriquées d'Asie du sud-est (Limpus, 1997). A l'époque, Limpus (1997) suggérait que cette population était peut-être en augmentation mais il notait que Mortimer incitait à la prudence dans l'interprétation de ces données en raison de problèmes de tenue des données apparus au cours des premières années du programme. Par la suite, les données sur la région ont montré un déclin rapide du nombre de nids en 1997 et 1998 (Limpus, in litt.).
Maints rapports ont été écrits sur le déclin important des populations de tortues marines en Malaisie au 20e siècle (de Silva, 1969, 1982, 1984; Siow et Moll, 1982; Mortimer, 1988; Mortimer et autres, 1993; Groombridge et Luxmoore, 1989; Liew, 1997; Limpus, 1997). Un grand nombre d’œufs ont été ramassés des décennies durant, ce qui a largement contribué à ce déclin (de Silva, 1982; Groombridge et Luxmoore, 1989). En 1927, l'état des tortues imbriquées étant jugé préoccupant à Sabah, une interdiction temporaire de la chasse et l'instauration d'une saison fermée ont été décidées (de Silva, 1982). Liew (1997) notait que bien qu'une action de conservation ait été entamée en Malaisie depuis 40 ans, la gestion paraît insuffisante. Le déclin – voire l'extinction – des populations se poursuit, à part celle de Turtle Islands à Sabah. La Malaisie n'exporte pas de quantités importantes d'écaille de tortue mais a commercialisé de grandes quantités d’œufs (Groombridge et Luxmoore, 1989).
Indonésie. L'état des tortues imbriquées d'Indonésie est particulièrement difficile à évaluer car il y a peu de données de recensement et l'habitat est vaste. Il y a 15 ans, Salm (1984) estimait que 20.000 nids de tortues imbriquées (4000-6666 tortues) étaient creusés chaque année en Indonésie. Schulz (1987) est parvenu à une estimation de 21.000 à 28.000 nids (5600-9333 les tortues). Limpus (1997) signalait que dans de nombreuses régions d'Indonésie, il y avait des dizaines voire des centaines de femelles venant pondre; il estimait qu'il y en avait plus de 2000 par an (C. Limpus, in litt).
Bien que cette estimation soit élevée par rapport à la norme régionale et même mondiale, les populations actuelles de tortues imbriquées en Indonésie ne sont plus qu'une petite fraction de ce qu'elles étaient jadis (Suganuma et autres, 1999). Pendant des décennies, ces tortues ont été largement exploitées pour les œufs, l'écaille, et plus récemment le commerce de spécimens naturalisés (Mack et autres, 1979; Polunin et Nuitja, 1982; Salm, 1984; Schulz, 1984,1987, 1989; Milliken et Tokunaga, 1987; Groombridge et Luxmoore, 1989; Greenpeace et TRAFFIC Japon, 1990; I. Suwelo in litt.).
Se fondant sur son étude approfondie, sa connaissance du pays et les données historiques, J. Schulz (in litt. à K. Bjorndal, 1995) concluait que le déclin sur 100 ans du nombre de tortues imbriquées venant pondre en Indonésie a pu atteindre 80%. Il s'est rendu personnellement sur 300 îles et îlots en 1984-92 et a trouvé 1-10 nids par an sur la moitié d'entre eux. Alors que sur 15 plages de la province de Riau plus de 100 nids par an étaient creusés avant les années 1970, la production annuelle de nids est tombée à moins de 10 sur chaque plage (soit un déclin de plus de 90%). Il notait que "pratiquement tous les œufs sont ramassés sur presque toutes les plages d'Indonésie, aussi petites ou éloignées soient-elles". Tous les pêcheurs se plaignaient que les tortues imbriquées étaient devenues rares, notamment les animaux de bonne taille.
Kitchener (1996) a donné les résultats de 13 expéditions effectuées dans l'est de l'Indonésie (Nusa Tenggara et Maluku Tenggara) entre 1988 et 1995. Toutes les colonies de tortues imbriquées et de tortues vertes alors examinées comportaient peu ou pas de nids. Certaines seraient en déclin depuis 1990. Seules quatre colonies de ces provinces comptaient plus de 10 tortues pondeuses par nuit.
Dans une étude récente de 15 des 30 colonies connues de tortues imbriquées dans la mer de Java, Suganuma et autres (1999) ont établi que la prédation des nids par l'homme était quasi totale. Sur les 1200 nids enregistrés sur 170 îles, seule un groupe d’œufs qui devaient éclore in situ et 10.000 œufs (soit quelque 80 nids) remis en terre chaque année dans le cadre du projet mené par la Japon Bekko Association (JBA) et l'Indonesian Directorate General of Forest Protection et Nature Conservation (PHPA) dans les îles Seribu et Segama, avaient été épargnés. Suganuma et autres (1999) notent que durant la dernière décennie, le nombre annuel de nids dans les îles Momperang, au nord-est de Belitung, était passé de 3250 (Schulz, 1987) à 400 en 1996 (soit un déclin de 88%), et que le déclin global dans la mer de Java était de 72%. Suganuma et Kamezaki (1997) ont estimé que 2900-3500 groupes d’œufs étaient pondus chaque année dans l'ouest de Java, dans le détroit de Makassar, et dans le détroit de Karimata.
Halim et autres (1997) signalaient que les tortues ne venaient plus pondre que sur quelques uns des 108 îlots des Seribu, dans la mer de Java. On considère néanmoins que c'est toujours une importante colonie de tortues imbriquées, où viennent pondre quelque 300 individus par an (I. Suwelo in litt.). L'exploitation et, depuis quelques années, le développement du tourisme, sont cités comme facteurs de déclin.
Bien que de nombreuses plages d'Indonésie n'aient pas été étudiées, les rapports récents cités plus hauts signalent tous un ramassage intensif des œufs et le déclin rapide du nombre de nids, et ce en quelques décennies – moins qu'une génération de tortues imbriquées. En 2000, l'Indonésie a classé la tortue imbriquée comme en danger critique d'extinction (Suwelo in litt.).
L'Indonésie fournit de l'écaille de tortue pour le commerce depuis des siècles. Plus récemment, pour la période de 1970-86, les statistiques japonaises officielles sur les importations indiquaient que l'Indonésie avait exporté 105.479 kg de bekko (soit 140.638 tortues imbriquées adultes) (Milliken et Tokunaga, 1987). La plus grande partie des 44.411 kg de bekko expédié de Singapour au Japon durant cette période serait d'origine indonésienne (Milliken et Tokunaga, 1987). Dans un rapport de 1974 à la Japanese Tortoise Shell Association, Kajihara estimait que 5000 tortues imbriquées par an étaient prises dans les lieux de pêche avant 1971; après 1972, les prises sont passées à 30.000 par an (cité dans Schulz, 1987). De plus, l'Indonésie a un important commerce intérieur de carapaces de tortues imbriquées (Limpus, 1986; Greenpeace, 1989, 1991; Greenpeace et TRAFFIC Japon, 1990). Ces tortues font aussi l'objet d'un important commerce d’objets en Indonésie. De 1970 à 1986, 428.859 jeunes tortues imbriquées naturalisées ont été exportées d'Indonésie au Japon et 88.539 tortues, probablement d'origine indonésienne, ont été exportées par Singapour (Milliken et Tokunaga, 1987). Au total, ces données pour 1970-86, qui n'incluent pas les exportations indonésiennes vers ses partenaires commerciaux, font état d'un commerce d'écaille de tortue et de spécimens naturalisés représentant plus de 700.000 tortues juvéniles et adultes (Milliken et Tokunaga, 1987).
Philippines. Il y a une faible densité de nids de tortues imbriquées dans toutes les Philippines et peu de grands rassemblements ont été observés (Palma, 1994, 1997). Il n'y a pas de données quantitatives sur les pontes sauf sur Turtle Islands, dans la mer de Sulu, où les tortues imbriquées forment une petite partie de la population qui vient pondre. La majorité des tortues imbriquées de Turtle Islands pondent sur les îles de la Malaisie (Groombridge et Luxmoore, 1989). Les populations de Turtle Islands, qui incluent des tortues vertes et des tortues imbriquées, on subi un déclin de 82% de la production d’œufs en 45 ans en raison des importants prélèvements (Palma, 1997).
Le déclin des populations de tortues marines aux Philippines, notamment des tortues imbriquées, est bien documenté (Alcala, 1980; de Celis, 1982; Groombridge et Luxmoore, 1989; Palma, 1994, 1997). Il résulte de l'exploitation des tortues pour les carapaces, la viande et les œufs. Palma (1997) indiquait que la principale raison de la rareté des tortues imbriquées est la préférence du marché international pour les carapaces de tortues imbriquées. Les Philippines sont la troisième source de bekko pour le Japon. De 1970 à 1986, les Philippines ont exporté 32.921 kg d'écaille de tortue (ce qui représente 44.488 tortues) et 8698 tortues naturalisées vers le Japon (Milliken et Tokunaga, 1987).
Papouasie-Nouvelle-Guinée. Spring (1982 a,b) indiquait que les tortues imbriquées sont largement présentes en Papouasie-Nouvelle-Guinée. Lors d'études faites sur la côte, la présence de tortues imbriquées dans les récifs a été notée près de pratiquement tous les villages (Spring, 1982 a,b); cependant, des données anecdotiques suggèrent que les tortues imbriquées ne sont plus aussi abondantes qu'autrefois (S. Spring, com. pers.). L'exploitation des tortues marines a augmenté avec l'abandon des méthodes de chasse traditionnelles (Spring, 1982 a,b). Ulaiwi (1997) signalait que les populations de tortues marines de Papouasie-Nouvelle-Guinée avait subi un déclin important depuis 20 ans. C. Limpus (com. pers.) estime que des plages de ponte de tortues imbriquées seront découvertes quand les chercheurs iront dans des zones reculées n'ayant jamais été étudiées.
En Papouasie-Nouvelle-Guinée, les tortues imbriquées sont exploitées pour leur carapace, leurs œufs et leur viande. Les œufs sont mangés quand ils sont ramassés; l'écaille est utilisée pour fabriquer divers objets traditionnels (bilas): bagues, peignes, hameçons et parures de mariées. Les carapaces servent d'éléments décoratifs ou sont vendues sur les marchés et dans les boutiques pour touristes (Spring, 1981, 1982 a,b). Il y a un petit commerce intérieur de carapaces et d'ornements et bijoux traditionnels en écaille de tortue.
Australie. Limpus (1997) a résumé la situation des populations de tortues imbriquées en Australie. Il existe deux grands rassemblements de tortues imbriquées, chacun composé de plusieurs grandes colonies: 1) le nord du récif de la Grande Barrière, le détroit de Torres, et le nord-est d'Arnhem Land, et 2) le plateau du nord-ouest. Le premier de ces rassemblements a été estimé dans le passé à plus de 3000 femelles pondeuses par an. D'après des données plus récentes, cette population compterait 6500 femelles dont 2500 pondant annuellement dans l'est d'Arnhem Land et 4000 dans le Queensland (Limpus et Miller, 2000). Des données préliminaires de Milman Island, plage témoin du nord-est de l'Australie pour la région indiquée en 1) ci-dessus, suggérant un déclin de cette population (Limpus, 1997; Limpus et autres, 1997, Dobbs et autres, 1999) ont été confirmées récemment. Dans un rapport résumant les résultats de 10 ans d'étude, Limpus et Miller (2000) concluent qu'un déclin annuel de 3% de la population venant pondre, associé au fait que plus de 20% des femelles se reproduisent pour la première fois, indique qu’un important problème de gestion de la conservation se pose pour cette population. Ils indiquent que les importants prélèvements de tortues imbriquées pour la viande et l'écaille dans les pays voisins sont la cause la plus évidente de la mortalité. La population qui vient pondre sur le plateau du nord-ouest n'a pas été complètement étudiée pour une quelconque année mais on l'estime à 2000 femelles pondeuses par an (Limpus, 1997). Limpus (in litt.) note que les estimations du nombre total de femelles pondant en Australie devraient augmenter à mesure que des régions nouvelles ou incomplètement étudiées sont parcourues. Broderick et Moritz (1998) ont trouvé des preuves génétiques de ce qui pourrait être une colonie abondante non découverte parmi les populations de tortues imbriquées se nourrissant dans le Pacifique ouest.
Faute de données de recensements prolongés, l'on ignorait précédemment si les populations australiennes étaient stables (Limpus, 1997). Les œufs de tortues imbriquées sont consommés dans le détroit de Torres et à Arnhem Land mais très peu de tortues imbriquées sont prises en Australie aujourd'hui (Limpus, 1997). Le projet de Plan de rétablissement des tortues marines en Australie (1998) signale que les effets des prélèvements indigènes d’œufs et la prédation excessive par les dingos et les varans est "substantielle" dans les populations de tortues imbriquées du Territoire du Nord. L'on estime que les prélèvements d'animaux ayant migré vers des pays limitrophes, en particulier les îles Salomon et l'Indonésie, diminuent les populations australiennes. Limpus (1997) considérait comme "vulnérables" ou "peut-être en danger" les populations australiennes en raison de la diminution des pontes dans les pays voisins, des forts taux de prélèvement, et des contraintes biologiques de l'espèce pour compenser les pertes dans les populations. La tortue imbriquée est classée officiellement comme Vulnérable à l'Annexe 1 de la loi australienne de 1992 sur la protection des espèces en danger.
Menaces actuelles dans le Pacifique ouest: Les prélèvements intensifs œufs, la déprédation des nids, l'abattage des juvéniles pour le commerce de souvenirs et des adultes pour les carapaces, le développement des zones côtières, les prises incidentes, la gestion insuffisante.
PACIFIQUE SUD
Les tortues imbriquées sont fortement exploitées dans les îles du Pacifique pour l'exportation de carapaces brutes et pour le commerce de souvenirs (Groombridge et Luxmoore, 1989). L'augmentation des populations humaines, l'amélioration des transports, l'accès aux îles inhabitées, la disparition des croyances traditionnelles qui limitaient la chasse, et l'augmentation du tourisme ont tous contribué à l'augmentation de l'exploitation ces dernières décennies. Dans les années 1970, le ramassage des œufs et l'exploitation des grandes tortues étaient intensifs sur de nombreuses îles; depuis 25 ans, les populations venant pondre sont en déclin, épuisées, ou résiduelles dans les Tonga, le Samoa américain, le Samoa-Occidental, les Etats fédérés de Micronésie, Tuvalu, Fidji, Tokelau, et Palau (Hirth, 1971; Bustard, 1972; Pita, 1979; Witzell et Banner, 1980; Balazs, 1982; McCoy, 1982; Pritchard, 1982a, 1982b; Johannes, 1986; NMFS et USFWS, 1998).
Geermans et Farago (1993) estimaient à 500 à 1000, le nombre de tortues imbriquées pondant chaque année dans le Pacifique sud mais ils indiquaient qu'il n'y avait pas de données pour plusieurs régions clés (Papouasie-Nouvelle-Guinée, Vanuatu, Chuuk dans les Etats fédérés de Micronésie, Samoa américain et Samoa-Occidental). Une étude dans le Samoa américain (Tuato’o-Bartley et autres, 1993) a permis d'estimer à 120 le nombre total de tortues vertes et de tortues imbriquées venant y pondre chaque année.
Limpus (1997) a fourni une vue d'ensemble des populations du Pacifique sud. On considère que les îles Salomon ont le plus grand rassemblement de nids de la région, plusieurs centaines de femelles venant pondre chaque année. Ces dernières années, dans les îles Salomon les chercheurs ont découvert que plus de 90% des tortues imbriquées venaient pondre pour la première fois (vérifié par laparoscopie), ce qui signifie que la plupart des femelles ne survivent pas plus d'une saison de ponte (C. Limpus, in litt.). Après huit ans de marquage, aucune femelle marquée n'était revenue pondre (C. Limpus, in litt.). Bien que les données de comptage soient inadéquates, Limpus (1997) estimait un déclin de 50% pour cette population depuis 10 ans et indiquait que le déclin était peut-être même plus important encore. Il attribuait le problème au prélèvement annuel de milliers de tortues imbriquées pour la consommation locale et le commerce japonais d'écaille de tortue. Broderick et Limpus (NMFS et USFWS, 1998) ont suggéré que les populations de tortues imbriquées pondant dans les îles Salomon devaient "dans un passé récent, se chiffrer en dizaines de milliers" pour avoir produit le volume d'écaille réuni sur ces îles au milieu du 20e siècle. Selon les statistiques commerciales gouvernementales, les îles Salomon ont exporté 18.650 kg d'écaille (représentant 20.000 tortues imbriquées adultes) en 1983-90 (Geermans et Farago, 1993). Les prélèvements dans les îles Salomon se poursuivent bien qu'il n'y ait actuellement pas d'exportation légale de ce pays (Limpus, 1997).
Le Plan de rétablissement des populations de tortues imbriquées dans la région américaine du Pacifique (NMFS et USFWS, 1998) affirme que l'espèce approche rapidement de l'extinction dans la région. L'équipe chargée du plan estime que le manque d'étude quantitative régulière sur l'état et la répartition ont contribué au fait qu'elle n'a pas compris à quel point les populations de tortues imbriquées étaient épuisées dans le Pacifique. Elle notait que "l'état de cette espèce dans le Pacifique est très préoccupant" et a recommandé que "des mesures immédiates soient prises pour en empêcher l'extinction". La population annuelle de 20-50 femelles pondant à Palau, qui a subi un déclin considérable, est considérée comme la plus grande de Micronésie (NMFS et USFWS, 1998). Le nombre de femelles pondant annuellement dans toutes les îles de Micronésie (des milliers d'îles et d'atolls) est peut-être limité à quelques centaines de femelles seulement (NMFS et USFWS, 1998). Peu de tortues imbriquées pondent dans d'autres zones, notamment dans le nord des Marianes, en Nouvelle-Calédonie, à Guam et en Polynésie française. Limpus (1997) indiquait qu'un grand nombre de tortues imbriquées étaient prélevées dans leurs lieux de nourrissage à Fidji; il estimait que quelque 2000 tortues imbriquées étaient prélevées chaque année jusqu'en 1994.
Menaces actuelles dans le Pacifique sud: La présence humaine accrue, les prises ciblées d’œufs et de tortues (y compris le pillage sur les îles éloignées par les équipages des navires les approvisionnant et les bâtiments de pêche commerciaux), le développement des plages de ponte, les prises incidentes dans les eaux lointaines, et la prédation par les mangoustes.
PACIFIQUE EST
Peu de tortues imbriquées pondent dans le Pacifique est (Witzell, 1983). Il y a quelques nids sur certaines plages le long de la côte d'Amérique centrale du Pacifique mais aucune grande colonie n'est connue (Cornelius, 1982; Witzell, 1983; Groombridge et Luxmoore, 1989).
Remerciements
Je tiens à remercier A. Abreu Grobois, J. Aiken, C. Bell, J. Blumenthal, Caribbean Conservation Corporation, D. Chacon, C. Diez, M. Donnelly, G. Ebanks Petrie, M. Garduño, V. Guzmán, Z. Hillis-Starr, J. Horrocks, C. Limpus, K. López Gonzales, M. Medina, P. Meylan, A. Mobaraki, J. Richardson, et S. Troeng, qui ont fourni des données pour ce document ou qui ont prêté leur concours.
Références
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