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Resume des resultats de la revision des categories et criteres de l'UICN 1996 - 2000*

1. Objectifs

Au Congrès mondial de la Conservation, tenu à Montréal en octobre 1996, le mandat suivant a été confié à la CSE par la résolution WCC 1.4:

"Prie la CSE, dans la limite des ressources disponibles, d'achever de toute urgence son évaluation des catégories et critères de l'UICN pour les listes rouges, en faisant preuve d'un maximum d'ouverture et de transparence, en consultation avec les spécialistes concernés, afin de s'assurer que les critères sont des indicateurs effectifs du risque d'extinction pour le plus large éventail possible de catégories taxinomiques, eu égard notamment:

Dans le cadre du programme de l'UICN sur les listes rouges, la CSE a mis sur pied un groupe de travail chargé de réviser les critères. Ce groupe devait assumer le mandat confié à la CSE lors du Congrès Mondial de la Nature et de faire rapport au Comité exécutif de la CSE.

1.1 Procédure

Le groupe de travail sur la révision des critères était composé de 25 membres, représentant un large éventail des taxons animaux et végétaux, et comprenant des spécialistes de l'évaluation du risque d’extinction connaissant aussi l'application de ces critères. Le groupe a supervisé la révision et les recommandations finales.

La révision s'est déroulée par étapes, comme le montre le tableau ci-après.

Dates

Activité

   

Janv. – déc. 1997

Correspondance; demande à des membres de l’UICN et de la CSE d'apporter leur contribution.

Janv. – fév. 1998

Programmation de l'atelier sur le champ d'activité.

Mars 1998

Atelier sur le champ d'activité, Londres, R.-U. financé par l’UICN.

Mars - sept. 1998

Planification et collecte de fonds pour les activités énumérées lors de l'atelier.

Octobre1998

Groupe de travail pour l’évaluation régionale (Montréal, Canada). Rassemble les opinions sur les évaluations régionales. Soutien financier du Service canadien de la Faune.

Janvier1999

Atelier sur le milieu marin. Tokyo, Japon. Financé par le Gouvernement allemand. Contribution de la réunion japonaise sur l'évaluation des risques.

Mai 1999

Atelier sur les aires de répartition, les habitats et la notion d'incertitude. Manly, Sydney, Australie. Financé par les agences environnementales et agences techniques de Nouvelle-Galles-du-Sud, Australie.

Juin 1999

Atelier sur le Critère A. Cambridge, R.-U.Financé par le Gouvernement finlandais.

Juillet 1999

Atelier de révision. Cambridge, R.-U.Le groupe de travail pour la révision des critères s'est réuni pour discuter des recommandations de tous les rapports d'atelier et dégager une série définitive de recommandations. Financé par le Gouvernement finlandais.

Août 1999

Publication dans Species. Ebauche de critères révisés, préparée et publiée dans Species, pour diffusion à tous les membres de la CSE et de l’UICN.

Août- nov. 1999

Correspondance; demande à des membres de l’UICN et de la CSE d'apporter leur contribution.

Décembre 1999

Soumission de la deuxième version des propositions au Directeur exécutif de la CSE.

Janvier 2000

Atelier chargé de résoudre les problèmes d’échelle géographique. Suède.

Février 2000

Soumission des catégories et critères de l'UICN pour les listes rouges au Conseil de l’UICN.

Les ateliers organisés de janvier à juillet 1999 ont directement fait suite aux questions spécifiques dégagées par l'atelier sur le champ d’activité en mars 1998. Les participants à ces ateliers ont été sélectionnés pour refléter l'expertise technique et pratique dans les domaines où les discussions ont été menées. Tous les ateliers ont débattu de problèmes spécifiques et ont essayé de fournir des lignes d'action recommandées, grâce à l'analyse et la discussion. Dans le but d'assurer la continuité et la cohérence du processus, au moins 4 à 5 membres du groupe de travail pour la révision des critères ont participé à chaque atelier thématique. En outre, chaque membre du groupe était tenu de prendre part à au moins un atelier.

Les rapports écrits des ateliers fournissent tous les arguments et la documentation nécessaires au parachèvement du processus de révision tel que présenté ici. Tous les rapports d'ateliers adhèrent au même standard, revêtent un caractère exhaustif et seront disponibles sous la forme d'un tout, comportant le rapport final du groupe de travail sur les critères. Des exemplaires de ces rapports seront disponibles sur le site de l'UICN (http://www.iucn.org/themes/ssc/siteindx.htm) sur Internet; ils peuvent aussi être directement commandés auprès du chargé de programme des listes rouges de l'UICN. Un descriptif complet de l'ébauche des critères révisés a été publié dans Species 31à 32, pages 43 à57.

Plus de 60 personnes ont participé directement à ces ateliers. Tous les membres du groupe de travail pour la révision ont participé à au moins un atelier thématique. Suite au processus d’évaluation, plusieurs nouveaux thèmes ont fait l’objet de recherches actives et de publications dans les milieux universitaires; on peut citer, par exemple, la notion d’incertitude, les problèmes d’échelle et les mesures de superficie, l'incidence du cycle biologique sur le degré de menace et la nature des populations en déclin.

2. Changements apportés aux catégories et critères

Les changements indiqués dans cette partie suivent l’ordre des règles de l’UICN (voir Catégories de l’UICN pour les listes rouges, UICN, Gland, Suisse).

2.1 Introduction

Il importe d'expliciter le rôle et l'objectif des listes rouges (y compris la base et l'historique de la procédure de classification actuelle), notamment en expliquant de quelle manière il convient d'interpréter l'inscription sur ces listes, les rapports entre les différents critères, leur fondement en biologie théorique et ce qu’ils sont censés indiquer ou non. La différence entre la quantification des menaces et l'évaluation des priorités de conservation doit également être élargie car bon nombre de personnes interprètent les listes rouges comme un moyen de déterminer les priorités. L'introduction a été identifiée comme étant le niveau auquel il convient d'examiner plus en détail certaines de ces questions, les autres seront couvertes dans les directives détaillées.

RéSULTAT

Une nouvelle introduction explique le rôle et l’utilisation appropriée des catégories et critères. La numérotation de la nouvelle version est ajoutée.

2.2 Préambule

Différents changements ont été apportés au préambule, à la lumière des modifications introduites dans le reste du document. Une question particulièrement importante concernait la façon d'aborder la notion d’incertitude dans les critères. Bien que les notes accompagnant les critères actuels reconnaissent le problème de l’incertitude des données, il n’existe pas d'indication claire concernant la manière de le résoudre, que ce soit du point de vue de l’évaluation des espèces ou de l’interprétation des classifications. Cet aspect constitue un problème majeur qui limite l’utilisation et l’interprétation des critères et catégories de l'UICN pour les listes rouges et entraîne des débats interminables sur certaines questions. Beaucoup d’autres problèmes inhérents aux critères ont un lien avec cette question, par exemple l’utilisation de "Données insuffisantes", l'absence de critères pour "Quasi menacé", et l’évaluation des espèces dont l’état n’est connu qu'à partir d'une petite partie de l'aire de répartition. De nouvelles méthodes et approches découlant du processus de révision fournissent une meilleure compréhension de la notion d’incertitude et nous permettent d’aller de l’avant.

RESULTAT

1. Réorganisation des différents points dans un souci de clarté.

2. Remaniements mineurs du libellé dans un souci de clarté.

3. Nouvelle figure 1 reflétant les changements apportés aux catégories (à une date ultérieure).

4. Nouvelle partie sur la notion d’incertitude, une Annexe I détaillée étant ajoutée pour donner à la notion d’incertitude une orientation compatible avec les méthodes utilisées dans le logiciel RAMAS Red List ã .

5. La documentation requise est précisée à l’Annexe II.

6. Nouvelle partie sur les évaluations au niveau régional renvoyant aux lignes directrices publiées par RAWG.

2.3 Définitions

De nombreux changements mineurs ont été suggérés durant le processus de révision dans un souci de clarté, de cohérence et/ou de précision de la définition des termes utilisés pour les critères.

RéSULTAT

1. Version légèrement remaniée de la plupart des définitions.

2. Nouvelle partie traitant des problèmes d’échelle d'évaluation pour la "Zone d’occupation".

3. Nouveau libellé pour l’analyse quantitative afin que son utilisation soit claire dans les cas où la modélisation relève de processus environnementaux plutôt que démographiques et n’équivaut pas directement à l’application de l’analyse quantitative.

2.4 Catégories

  1. Définitions qualitatives

Les définitions qualitatives des catégories menacées tendent à exagérer le caractère prédictif de l’exactitude du système. Elles ne transmettent pas adéquatement au lecteur le fait que le critère requis par la présente évaluation et qui détermine l’énumération des catégories, est une évaluation à base scientifique. La difficulté réside dans la manière de les formuler sans utiliser de termes quantitatifs tout en véhiculant une notion d’urgence.

RéSULTAT

Nouveau libellé pour les définitions qualitatives des catégories menacées.

2. Dépendant de mesures de conservation

L’usage courant de la notion de "Dépendant de mesures de conservation", en tant que catégorie indépendante et à faible risque des listes rouges, n’est pas cohérent, car un taxon peut être tout aussi bien menacé que dépendant de mesures de conservation. En outre, les experts en évaluation ont utilisé cette catégorie dans divers contextes, parfois subjectifs, la rendant ainsi moins utile que souhaité. Deux options logiques ont été examinées. Premièrement, la notion de dépendant de mesures de conservation pourrait être utilisée comme bannière pour toutes les catégories menacées d’extinction. Mais ceci pourrait ne pas être une solution satisfaisante car elle exigerait de nombreux avis complexes sur l'efficacité des programmes de conservation.

RéSULTAT

Suppression de la catégorie "Dépendant de mesures de conservation".

3. Quasi menacée

On utilise de plus en plus cette catégorie plus formellement que prévu. Sa définition actuelle est si sommaire qu’une meilleure indication des circonstances et du mode d'utilisation s’impose. L’élaboration de critères a été suggérée, mais cette option pourrait entraîner de nombreuses difficultés. Les directives fourniront des méthodes pratiques et plus cohérentes pour classer une espèce dans la catégorie "quasi menacé". Un tel cas pourrait se présenter lorsqu’un taxon ne remplit que des sous-critères, ou lorsqu’il existe une évaluation plausible d'une catégorie menacée, mais que l'évaluation fondée sur les meilleures estimations suggère l'inscription dans la catégorie "préoccupation mineure". En outre, cette catégorie comportera certains taxons qui auparavant, auraient été classés dans la catégorie "dépendant de mesures de conservation".

RéSULTAT

Nouvelle définition de la catégorie "Quasi menacé", plus spécifique quant à son utilisation et incluant les espèces qui étaient classées auparavant dans la catégorie "Dépendant de mesures de conservation".

4. Préoccupation mineure

Cette catégorie a été établie pour faire la distinction entre les espèces qui, ayant été évaluées, se sont révélées "non menacées". Cela suggère qu’une évaluation formelle s'impose pour les taxons notoirement communs. A partir d'observations élémentaires, il est facile de constater sans évaluation formelle que la plupart de ces taxons extrêmement communs ne remplissent pas les conditions de classification.

RESULTAT

Nouvelle définition rendant le rôle de cette catégorie plus clair. Il en découle que l’ancienne catégorie "Faible risque" devient inutile.

Les changements apportés aux catégories ont entraîné un nouveau schéma pour la structure des catégories de l’UICN pour les listes rouges, qui est plus simple que dans la version de 1994 (voir fig. 1).

Figure 1: Nouvelle structure des catégories et critères de l’UICN pour les listes rouges

2.5 Changements apportés aux critères

1. Critère A

Le processus d'évaluation a permis de relever plusieurs problèmes posés par le Critère A. Les seuils quantitatifs actuels, surtout pour la catégorie "Vulnérable", sont considérés comme trop restrictifs. En outre, les taux de déclin ne tiennent pas compte des populations gérées, au sein desquelles les prélèvement s'opèrent à des niveaux où le rendement est plus élevé, ou lorsque de sérieux déclins ont été enregistrés dans un lointain passé, mais sont aujourd'hui maîtrisés ou même inversés. Ce critère n'offre aucune orientation quant à la projection dans l'avenir, surtout pour les espèces d’une grande longévité, pour lesquelles de telles évaluations pourraient se révéler à la fois peu fiables et inopportunes. Il s'agit en outre de savoir plus précisément si ce critère permet d’utiliser un cadre temporel mobile pour des espèces sur lesquelles peu de données sont disponibles. L’intervalle de confiance des données sur les populations en déclin est également une question importante, étant donné que l’application stricte du principe de précaution pourrait entraîner une classification abusive en vertu des ce critère.

RESULTAT

1. Nouveau sous-critère offrant des seuils de taux de déclin supérieurs pour les espèces ayant cessé de décliner.

2. Nouveau sous-critère donnant la possibilité de changer de cadre temporel.

3. Seuils de déclin plus élevés pour la catégorie 'Vulnérable'.

4. Nouveaux seuils pour les taux de déclin:

Sous-critères

CR

EN

VU

       

A1, A3, A4

>30%

>50%

>80%

A2 (le déclin a cessé)

>50%

>70%

>90%

La figure 2 illustre les principes justifiant les changements apportés au Critère A. Le graphique montre trois types de déclins. Dans A, la population a décliné rapidement mais s’est stabilisée par la suite, bien avant que les effectifs actuels aient cessé de décliner. Cette population serait évaluée sur la base du nouveau critère A2 qui offre des seuils plus élevés. Les courbes B et C montrent deux façons différentes dont un déclin peut se dérouler sans toutefois s’arrêter. Les seuils des Critères A1, A2 et A4 s’appliqueront à ces cas.

Figure 2 : Modes de déclin des effectifs auxquels pourrait s’appliquer le Critère A. Dans A, le déclin a cessé; dans B, le taux de déclin a diminué et dans C, le taux de déclin augmente.

2. Critère B

Les seuils actuels de superficie inhérents au Critère B ne conviennent pas pour tous les organismes. Cela ne pose généralement pas de problème, le Critère B n’étant destiné à être appliqué qu'aux espèces menacées du fait des caractéristiques de leur aire de répartition et de leur distribution, et non pas à celles dont les effectifs et la structure sont mesurables et adéquats. Toutefois, des seuils fixés à un niveau trop élevé pourraient aboutir à une classification abusive de certains taxons localement abondants et micro-endémiques. En outre, l’échelle d'évaluation a une incidence considérable sur l'estimation de la zone d'occupation.

RéSULTAT

1. Nouvelle structure pour ce critère, différenciant explicitement les classifications effectuées par zone d’occurrence et par zone d’occupation.

2. Lignes directrices supplémentaires concernant le choix des échelles d'évaluation pour les superficies représentées sous forme de quadrillage.

3. Critère C

En vertu de l’un des sous-critères de classification, tous les individus doivent être regroupés au sein d'une seule sous-population, ce qui est trop exclusif et ne permet pas la classification des populations dont la distribution est asymétrique et dans lesquelles un petit nombre d’individus matures existent en dehors de la population principale.

RéSULTAT

Nouvelle formulation du sous-critère C2 ii) permettant de mieux appliquer le principe de précaution et de distinguer une petite proportion de la population.

4. Critère D

Le sous-critère D2 de la catégorie "Vulnérable" était destiné à être appliqué aux espèces à très faible distribution. Toutefois, même s’ils n’étaient donnés qu’à titre indicatif, les seuils pour les zones d’occupation et le nombre de localités étaient souvent interprétés trop littéralement. Certaines personnes estiment que le sous-critère est trop inclusif et entraîne une classification abusive tandis que d’autres trouvent qu'il est trop exclusif (pour beaucoup d'espèces marines) et entraîne par conséquent une sous-classification. Il convient d'insister davantage sur l'aspect "menaces" que sur l'aspect "distribution restreinte".

RéSULTAT

Nouveau libellé du sous-critère D2 de la catégorie "Vulnérable" indiquant que les seuils quantitatifs ne sont là qu’à titre indicatif, pour éviter la classification abusive d'espèces micro-endémiques.

 

 

GEORGINA M. MACE
Institute of Zoology, Regent’s Park
London NW1 4RY UK.
Email: Georgina.Mace@ioz.ac.uk