MIKE - Qu'est-ce que MIKE?

 

Système de suivi à long-terme de la chasse illicite à l’éléphant (MIKE)

1. But de MIKE

Le système MIKE a pour but de fournir aux Etats des aires de répartition les informations nécessaires pour prendre les décisions de gestion et de lutte contre la fraude appropriées, et créer ou renforcer leurs capacités institutionnelles pour la gestion à long terme de leurs populations d’éléphants.

Ce but comprend plusieurs objectifs:

a) mesurer les niveaux et tendances actuels de la chasse illicite aux éléphants;

b) déterminer les changements dans les tendances observées sur la durée; et

c) identifier les facteurs à l’origine des changements ou liés à eux et tenter d'établir dans quelle mesure les tendances observées résultent de décisions de la Conférence des Parties.

Voici quelques uns de ces facteurs:

Ecosystème: type/habitat

Historique de la chasse illicite

Ampleur des populations d'éléphants

Proximité de frontières internationales

Niveau de conflit éléphants/hommes

Incursions transfrontalières

Utilisation des terres adjacentes

Troubles civiles ou conflits militaires

Accessibilité à l'homme

Ampleur de la lutte contre la fraude

Pression de la population humaine

Sévérité des sanctions judiciaires

Présence d'eau

Corruption

Systèmes de propriété foncière

Trafic de drogues/d'armes

Activités de développement

Structure du commerce de l'ivoire

Activités touristiques

Décisions CITES


2. Contexte

La CITES a pour but de réglementer le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction et de leurs produits. Or, il n’existe à ce jour aucun moyen d'évaluer systématiquement et en détail les effets des décisions de la Conférence des Parties d'autoriser, de limiter, ou de suspendre le commerce d’une espèce (et de ses parties et produits), que ce soit pour l’ensemble des pays ou pour certains d’entre eux.

A sa 10e session (CdP10, Harare, 1997), la Conférence des Parties a adopté une résolution historique et ambitieuse, la résolution Conf. 10.10, pour mettre en place un système de suivi de l'aire de répartition de l'éléphant d’Afrique et de celle de l'éléphant d’Asie. Ce système, en fournissant des informations fiables et de qualité, devrait faciliter le dialogue entre les Parties et la prise de décisions par la Conférence des Parties concernant la protection des populations d’éléphants.

Les travaux sur le système de suivi commencèrent dès la fin de la CdP10 et le résultat, désigné aujourd’hui par l’acronyme MIKE (Suivi à long terme de la chasse illicite à l’éléphant), fut avalisé en février 1999 à la 41e session du Comité permanent. Cliquez ici pour accéder à la proposition d'établissement de MIKE adoptée à cette session.

A sa 11e session (CdP11, Gigiri, 2000), la Conférence des Parties procéda à un examen plus approfondi du programme MIKE, aboutissant à la révision de la résolution Conf.10.10. La résolution révisée se référait directement à la mise en œuvre de MIKE et en élargissait les objectifs en y incluant la création d’une base d’information pour aider à la prise de décisions sur une gestion adéquate et les besoins de protection et d’application de la réglementation et le renforcement des capacités des Etats des aires de répartition. Une nouvelle révision fut adoptée à la 12e session (CdP12, Santiago, 2002), indiquant que MIKE doit être établi de manière à pouvoir être maintenu lorsque l'appui financier (externe) prendra fin.

3. Résolution Conf. 10.10 (Rev. CoP16)

La résolution Conf. 10.10 (Rev. CoP16) indique que MIKE, créé sous la supervision du Comité permanent, sera élargi de manière à inclure les objectifs suivants:

i) mesurer et enregistrer les niveaux et tendances actuels de la chasse et du commerce illicites de l'ivoire dans les Etats des aires de répartition et dans les entrepôts commerciaux, ainsi que les changements dans ces niveaux et tendances;

ii) déterminer si, et éventuellement jusqu'à quel point, les tendances observées sont liées au changement d'inscription des populations d'éléphants aux annexes CITES et/ou à la reprise du commerce licite international de l'ivoire;

iii) établir une base d'informations pour appuyer la prise de décisions sur les besoins en matière de gestion, de protection et de lutte contre la fraude; et

iv) renforcer les capacités des Etats des aires de répartition.

L'annexe 2 à cette résolution précise la portée de MIKE et indique la méthodologie à suivre:

a) utiliser une méthodologie normalisée;

b) sélectionner les sites sur la base d'un échantillon représentatif couvrant un certain nombre de variables. Les sites doivent être sélectionnés en collaboration avec les Etats des aires de répartition, le Secrétariat et d'autres spécialistes;

c) réunir des données sur les tendances des populations d'éléphants, l'existence d'une chasse illicite et ses modalités, l'action et les moyens engagés pour détecter et prévenir la chasse et le commerce illicites; et

d) réunir des données et des informations en communiquant activement avec les Etats des aires de répartition par le biais de la mise en œuvre de MIKE et d'ETIS.

L'annexe 2 indique aussi que le Secrétariat CITES demandera un appui technique aux spécialistes appropriés, ou leur établira des contrats de sous-traitance, avec l'avis du Groupe technique consultatif (GTC) de MIKE, pour:

a) sélectionner des sites en tant qu'échantillons représentatifs pour assurer le suivi;

b) établir une méthodologie normalisée pour la réunion et l'analyse des données;

c) assurer la formation des agents désignés par les pays ayant des sites sélectionnés et celle des organes de gestion CITES des Etats des aires de répartition;

d) réunir et traiter toutes les données et informations provenant des sources identifiées; et

e) soumettre un rapport au Secrétariat CITES qui le transmettra au Comité permanent et aux Parties à la CITES.

4. Résultats et avantages escomptés

Le principal avantage sera une meilleure connaissance des mouvements et des effectifs des éléphants et une meilleure compréhension des menaces à leur survie, ainsi qu'une meilleure connaissance générale d'autres espèces et de leur habitat.

Résultats escomptés:

a) La gestion durable des populations d’éléphants et de leurs écosystèmes en Afrique; et

b) Des rapports d’observation réguliers et des données disponibles sur les espèces menacées d’extinction dans les Etats des aires de répartition.

5. Ce qu’est MIKE et ce qu’il n’est pas

MIKE est un système qui suit, sur le terrain, les tendances des populations d'éléphants et de la chasse illicite.
MIKE est un système fondé sur la collecte et l’analyse de données qui seront normalisées pour tous les Etats des aires de répartition, y compris un calendrier pour leur production.
MIKE concerne le renforcement des capacités – en particulier au niveau national – en vue d'une meilleure gestion de la conservation.
MIKE est conçu pour utiliser les meilleures techniques de suivi et de gestion des données.
MIKE n’estpas une opération anti-braconnage visant à mettre un terme à l’abattage illicite des éléphants, même si l’information qu’il fournit peut y contribuer.
MIKE n’estpas un système favorisant un modèle ou système donné.

 

6. Sélection des sites

Dans un premier temps, 45 sites répartis dans 27 Etats de l'aire de répartition ont été sélectionnés en Afrique et 15 dans 11 Etats en Asie. La méthodologie utilisée devrait permettre d'obtenir un échantillon représentatif fondé sur une combinaison de divers facteurs:

a) forêt ou savane;

b) taille relative des populations d’éléphants;

c) statut de protection du site;

d) existence d'une chasse illicite dans le passé;

e) situation du commerce de l'ivoire;

f) existence de troubles civiles et des conflits armés;

g) ampleur de la lutte contre la fraude, et

h) place dans les annexes CITES.

Il faudra peut-être à l'avenir recourir à l’analyse statistique combinée à une certaine modélisation "basée sur des hypothèses" pour sélectionner les sites. Il faudra pour cela réunir des données géographiques, environnementales et socio-économiques (données covariantes) permettant des analyses spatiales et statistiques.

Quoi qu'il en soit, les sites MIKE ne se limitent pas à cela. En effet, si des ressources sont disponibles, plusieurs Etats des aires de répartition s’emploieront à appliquer les processus de MIKE à d’autres sites importants, d’autant plus que déterminer les structures et les tendances nationales et sous-régionales constituera un autre objectif majeur de MIKE. Il est donc essentiel de comprendre que la raison d’être de MIKE est de faciliter l’analyse à l’échelon des sites, des pays, des sous-régions et des continents – même si l’analyse des structures et des tendances au niveau national pourrait ne pas être faite facilement tant qu'un plus grand nombre de sites n'auront pas été inclus.

7. Les données requises et leur collecte

Compte tenu des objectifs du programme de suivi, et pour éviter des conclusions hâtives et erronées, il convient d’évaluer:

a) le nombre d’éléphants trouvés morts ou vivants sur un site ou, grâce à une autre variable adéquate, les fluctuations des effectifs sur une durée raisonnable;

b) les causes de la mortalité (si possible); et

c) le niveau de mortalité par rapport aux efforts déployés par les patrouilles.

La figure 1 indique les données requises par site, la réunion des données et les résultats attendus.

 

8. Analyse des données

Les informations réunies sont saisies dans un système informatique de gestion des données pour en faciliter l'analyse. Il est important de mettre au point un système normalisé de communication des données puisque l’exploitation de l’analyse des données est tributaire d’un tel système. Il est particulièrement important de pouvoir commencer l’analyse au niveau des sites avant de l’élargir et de la développer aux échelons national, sous-régional et continental, en suivant une approche normalisée.

Il est très important de disposer d'un système normalisé pour les rapports sur les données car cela affectera grandement ce pourra être fait de l’analyse des données. Cette analyse sera plus particulièrement axée sur:

a) les tendances des populations;

b) les modalités de la lutte contre la fraude; et

c) les structures spatiale et temporelle des facteurs qui influent sur les populations d'éléphants et la chasse illicite.

Cette démarche sera facilitée en fournissant un programme d’analyse des données utilisant Microsoft Access en conjonction avec ESRI Arcview 8.x et un logiciel de statistique approprié tel que GENSTAT.

Les principes suivants ont été suivis dans la création de la base de données:

a) La base de données a une structure identique (tables et relations) au niveau des sites et aux niveaux supérieurs.

b) La base de données stocke aussi bien des données sur la lutte contre la fraude que sur les recensements d'éléphants.

c) La base de données a une interface facile à utiliser pour entrer les données.

d) La base de données génère des rapports résumés, des résumés de statistiques et une analyse spécifique des données LEM au niveau des sites. Elle fournit des informations et des analyses utiles aux gestionnaires des sites. Elle les informe sur les activités illicites dans différents secteurs de leur zone et sur les tendances de ces activités dans le temps. Cela devrait les aider à prendre les décisions de gestion et à gérer au mieux les activités de protection et de gestion des éléphants et autres espèces sauvages. L'analyse au niveau des sites et le retour des informations sont importants pour motiver le personnel, réunir des données fiables et maintenir la qualité de la gestion des données et des rapports.

e) Si les données brutes et les rapports résumés partent des sites vers les niveaux supérieurs, les mécanismes de retour des informations garantissent que les résultats de l'analyse et de l'entrée des données qui sont faits aux niveaux supérieurs reviennent sur les sites.

f) Un système correct de transfert et de sauvegarde des données sera mis au point.

Une base de données Microsoft Access est donc en cours de développement. Elle facilitera l'entrée, la gestion et l'extraction des données. Elle sera reliée à Arcview 8.x pour faciliter l'analyse requise. Elle sera à la disposition des cadres sur site dans un système informatique actuellement fourni pour chaque site avec une formation appropriée. Des dispositions similaires seront prises pour les cadres nationaux, les cadres d'appui sous-régionaux et l'Unité centrale de coordination.

Enfin, ces informations seront reliées à celles fournies par le programme de suivi du Système d’information sur le commerce des éléphants (ETIS), afin d'avoir une idée aussi complète que possible de la situation.

9. MIKE ne concerne pas seulement les éléphants

a) MIKE engage les Etats des aires de répartition à apprécier l'intérêt des informations dans la prise de décisions;

b) MIKE développe la capacité de ces Etats de réunir eux-mêmes des informations;

c) MIKE permet aux gestionnaires des sites de réunir, d'analyser et d'utiliser les informations pour orienter au mieux l'utilisation de leurs ressources limitées;

d) MIKE favorise une réelle collaboration transfrontalière et une démarche harmonisée systématique pour la gestion des données à différents niveaux, y compris subrégional;

e) MIKE élimine le sentiment de certaines sous-régions d'être désavantagées au niveau de l'information; et

f) MIKE sert de catalyseur pour harmoniser les divers systèmes utilisés par les différents donateurs parce qu'il a été mandaté par les Etats des aires de répartition eux-mêmes, y compris pour la nomination des cadres nationaux et sur sites.

10. Dispositions institutionnelles

Le mandat de la CdP11 charge le Comité permanent de veiller à la mise en œuvre de MIKE. Le Comité a mis en place un sous-comité – le Sous-Groupe sur MIKE – auquel il a confié cette tâche. Avant la création de l’Unité centrale de coordination et la désignation d’un directeur pour gérer le programme MIKE, le volet de la mise en œuvre était pris en charge par le Secrétariat CITES. Aujourd’hui, cette fonction relève du directeur de programme, qui rend compte directement au Secrétaire général adjoint de la CITES et au Sous-Groupe sur MIKE. Le directeur et l’Unité centrale de coordination sont basés à Nairobi, Kenya.

La région Afrique est organisée en quatre sous-régions: Afrique de l’ouest, Afrique centrale, Afrique australe et Afrique de l’est. La région Asie est divisée en deux sous-régions. La mise en œuvre du programme MIKE dans chacune des sous-régions est supervisée par un Comité directeur (composé habituellement des directeurs nationaux de la faune et de la flore) avec l’assistance d’un responsable de l’appui au niveau sous-régional, qui rend compte au directeur. Chaque Etat de l’aire de répartition dispose d’un responsable national et de cadres sur site – principal personnel réalisant MIKE dans leur territoire respectif.

En outre, MIKE dispose également d’un Groupe technique consultatif (GTC), composé d’un spécialiste de chaque sous-région et, à ce jour, de quatre spécialistes désignés. La fonction principale du GTC est de conseiller et d'orienter la qualité technique des processus et techniques du programme MIKE. Le GTC fait aussi office de groupe de pairs chargé d'examiner toute contestation au sujet des résultats des analyses qui lui est transmise.

Les figures 2.1 et 2.2 illustrent cette structure.

 

Figure 2.2: Organigramme de MIKE au niveau sous-régional (exemple: Afrique de l’est)